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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 12:48

Mirabeau, un homme politique des Lumières

PORTRAIT . 220 ANS APRÈS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

1749-1791 . L’homme qui établit l’autorité de l’Assemblée face au pouvoir royal le 23 juin 1789, et finit par conseiller le roi et la reine, luttait contre le despotisme mais redoutait ce qu’il pensait être la dictature populaire.

« Merde », aurait murmuré entre ses dents l’élégant et jeune marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies de Versailles, en entrant dans la salle du Jeu de paume. Trois jours auparavant les députés qui y sont assemblés, de la noblesse, du clergé et du tiers-état pour les états généraux convoqués par le ministre Necker qui tente de résoudre ainsi les problèmes économiques du pays, ont fait le serment de ne pas se séparer avant d’avoir rédigé une constitution. Mais ce même 23 juin, pour une séance royale, Louis XVI est arrivé avec tout l’apparat du pouvoir, la Cour, les soldats en armes et en nombre. Le message, malgré quelques concessions, est une fin de non-recevoir et un ultimatum. Il maintient le régime ancien, la féodalité, la distinction des trois ordres et, surtout, il refuse la délibération collective des députés selon une règle majoritaire. En d’autres mots et bien que le pays soit en ébullition, il réaffirme l’absolutisme : « Réfléchissez, messieurs, qu’aucune de vos dispositions ne peut avoir force de loi sans mon approbation spéciale. » Et tombe la phrase comme un couperet dont il ignore qu’il sera celui de la guillotine : « Je vous ordonne de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain chacun dans les chambres affectées à votre ordre pour y reprendre vos séances. » Il repart en musique. La plupart des représentants du clergé et des nobles le suivent. Ils représentent 561 députés sur 1 139. Les députés du tiers-état sont restés sur place. L’un d’eux, Bailly, déclare : « La nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordres. » Alors, lorsque Dreux-Brézé entre, le chapeau sur la tête, les députés crient pour qu’il se découvre devant le peuple assemblé. Il jure et d’une voix mal assurée : « Vous avez entendu, messieurs, les intentions du roi. » Arrive devant lui, enjambant les sièges, Honoré Gabriel de Riqueti, marquis de Mirabeau. Il est noble mais il a été élu sur la liste du tiers-état à Aix-en-Provence. « Oui, monsieur, oui, monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au roi. Mais vous ne sauriez être son organe auprès des états généraux. Vous qui n’avez ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous n’en sortirons que par la puissance de la baïonnette. » L’histoire a retenu l’apostrophe en la résumant : « Dites au roi que nous sommes ici par la force du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes.  » À Dreux-Brézé, le roi dira : « Ils veulent rester… Eh foutre, qu’ils restent ! » Mirabeau commente son recul : « C’est ainsi qu’on mène les rois à l’échafaud. » Trois semaines plus tard, la Bastille est prise. Mirabeau a tout juste quarante ans. Il a mené une vie incroyable de bâton de chaise, de libertin. Son propre père, Victor Riqueti, marquis de Mirabeau, mais surnommé l’Ami des hommes pour ses essais économiques dans l’esprit des Lumières, le fait enfermer à plusieurs reprises à Vincennes, à la fois pour le soustraire à ses créanciers et le faire tenir tranquille. Au reste il ne l’aime guère. L’enfant est tellement laid que dès sa naissance le marquis le considère comme un monstre. Il tente même de le faire passer pour un bâtard tant il n’accepte pas qu’il soit de sa lignée. Plus tard il ne cesse de balancer. Tantôt il parlera de lui comme d’un « coeur haut sous la jaquette d’un bambin  », tantôt comme d’une « chenille raboteuse et crottée qu’on ne déchenille pas ». Quelques mois plus tard, « c’est une intelligence, une mémoire, une capacité qui saisissent, ébahissent, épouvantent  »… Honoré-Gabriel est d’une intelligence exceptionnelle. Il captive, il fascine. Il séduit. Incorporé à un régiment, il commence à multiplier ses dettes. Il épouse la fille du marquis de Marignane qui demande la séparation à peine deux ans plus tard. Après des années de vie tumultueuse et de femmes, de prison donc, il est exilé, toujours à la demande guerre car il ne croit pas à un grand élan révolutionnaire en Europe. Mais il a entamé sa dernière partie. Il a accepté, en secret, de conseiller le roi et la reine. Les contreparties financières le lavent des dettes qui l’ont toujours poursuivi et lui permettent de goûter enfin au luxe. Belle demeure, château, dîners fins et parties fines. Aucun historien sérieux, Jaurès lui-même, ne pense cependant qu’il se soit renié et trahi. Mais son autorité est affaiblie. L’affrontement devient toujours plus vif entre ceux qui, comme lui, entendent borner la Révolution et ceux qui veulent plus, comme Robespierre parlant de « prélever l’argent des riches ». Mirabeau est en outre ravagé par la maladie, peut-être due à ses excès. « Je brûle encore alors que je ne suis plus que cendres. » Il meurt le 2 avril 1791. 300 000 personnes, la moitié de la population de Paris, suivent ses funérailles et son entrée dans l’église Sainte-Geneviève qui devient à ce moment le Panthéon. Il en sera sorti le 27 novembre 1972 après la découverte des documents secrets sur ses rapports avec le couple royal. Les cendres de celui qui paraissait, selon les termes de Victor Hugo, « pétrir de ses mains, lorsqu’il parlait, le marbre de la tribune de l’Assemblée nationale  », sont jetées dans une fosse commune, à Clamart. Maurice Ulrich de son père, au château de Joux, près de Besançon. Il s’enfuit avec Marie Thérèse Sophie Richard de Ruffey, épouse du marquis de Monnier, président de la cour des comptes de Dole. Il est condamné à mort par contumace, extradé des Provinces-Unies, de nouveau emprisonné à Vincennes de 1777 à 1780. L’un de ses voisins est le marquis de Sade. Il y écrit des Lettres à Sophie, chef-d’oeuvre de la littérature érotique et amoureuse, des pamphlets contre l’arbitraire et les lettres de cachet. En 1776, déjà, il a écrit un Essai sur le despotisme qui est un brûlot : « Ô, vous à qui la nature n’a pas donné plus d’organes et de facultés qu’à tout autre homme, vous ne tenez au peuple que par le lien étroit de l’utilité. Le pouvoir n’a été confié à un seul que pour le bien de tous. » LouisXVIest « un salarié de l’État ». Mirabeau est farouchement opposé au despotisme. Il ne l’est pas cependant à la monarchie. Sa vision est celle d’un équilibre des pouvoirs entre une assemblée populaire et un exécutif royal, au-dessus des paris et des intérêts égoïstes. Il va devoir ferrailler contre ceux qui veulent le retour à l’ordre antérieur et ceux, encore peu nombreux toutefois, qui pensent déjà à la république. Dès la fin de juillet il va s’opposer au moins une fois au député d’Arras, lequel n’est autre que Robespierre, à propos des nobles qui commencent à quitter la France. Pour Robespierre, « dès lors que toute une nation est en danger, ce qui est un crime dans un autre temps devient une action louable ». Mirabeau le fixe. « Quel est donc ce chat qui a bu du vinaigre  », dit-il à voix basse puis : « Il ne convient pas à un peuple qui veut devenir libre de blesser la morale après avoir été si longtemps victime de ceux qui la violent. » Plus largement, il récuse l’idée que tout serait à faire à partir d’une sorte de table rase : « Nous ne sommes pas des sauvages arrivant sur les bords de l’Orénoque pour fonder une société. » Mais la situation se tend avec le roi et la reine. Ils pensent déjà à fuir. Ils s’adaptent mais ce n’est qu’en apparence. Les factions s’en mêlent. Le duc d’Orléans, futur Philippe-Égalité, complote. Choderlos de Laclos approche Mirabeau pour Orléans. Mirabeau reste prudent vis-à-vis de cette liaison dangereuse, mais ouvert  : « S’il faut un mannequin, autant ce con-là qu’un autre. » Le 6 octobre, la foule marche sur Versailles. C’est la fameuse journée du pain et des brioches mais l’anecdote n’est pas attestée. À la fin de la journée et malgré les 20 000 hommes en armes de La Fayette qui se garde d’intervenir, le couple royal est amené à Paris. Pour Michelet, « après le 6 octobre, les deux premiers hommes de France, La Fayette et Mirabeau, reviennent à Paris royalistes ». Mirabeau a dès lors un plan en tête. Il faut sortir le roi de Paris pour qu’il ne soit pas pris en otage, mais pour qu’il se place lui-même à la tête de la Révolution en garantissant la souveraineté populaire, les libertés de la Déclaration des droits de l’homme, l’abolition des privilèges prononcée dans la nuit du 4 août. C’est lettre morte. La vision politique de Mirabeau, en apparence « centriste », ne le détourne pas cependant des combats des Lumières dont se affranchis alors nombre de députés. De fait beaucoup d’entre eux ne sont pas autres que les représentants des citoyens actifs, c’est-à-dire, selon les termes de l’historien Jean-Paul Desprat (1), « des 45 000 possédants qui viennent de prendre le pouvoir en France ». En mars 1790, il se bat à l’Assemblée pour l’abolition de la traite et de l’esclavage : « Les Blancs réservent-ils la pratique de la liberté pour certains lieux et pour certains jours ? » Il n’est soutenu que par une dizaine de députés sur les 800 présents. Athée, il se bat contre l’adoption d’une religion d’État quand bien même il plaide pour un certain équilibre dans la confiscation des biens du clergé et le statut des prêtres. Il fonde les principes de la laïcité en distinguant la foi et l’exercice du culte et est favorable au mariage des prêtres. Il est lucide en matière internationale, conscient qu’il faut sans doute préparer la

(1) Mirabeau, de Jean-Paul Desprat. Éditions Perrin. Environ 800 pages. 26,50 euros.

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Published by Pierre MANSAT
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