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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:07

Des symboles du capitalisme triomphant

Tours à Paris

Les premiers gratte-ciel datent de la fin du XIXe siècle dernier aux États-Unis, New York, Memphis et Minneapolis. Il s’agissait pour les grandes firmes américaines d’exhiber leur richesse en s’offrant un totem emblématique. Les tours sont ainsi le symbole du capitalisme par excellence. L’urbanisme de tours n’a rien de moderne, c’est un vieux rêve de puissance, totalement ringard, face aux enjeux écologiques actuels.

Les défenseurs des tours s’appuient sur une série de contrevérités :

Première idée fausse, l’urbanisme de barres et de tours permettrait de gagner de l’espace et donc de réaliser plus de mètres carrés sur un terrain identique. C’est le principal argument répété en boucle depuis les années 1960. Il est pourtant totalement faux.

La densité d’un quartier de tours est d’environ cent habitants à l’hectare, contre trois cents pour le centre de Paris. Ainsi, vous avez plus d’habitants sur la même surface dans le quartier des Gobelins (dans le 13e arrondissement) que dans le quartier des Olympiades.

Par ailleurs, l’urbanisme de barres et de tours serait la perfection écologique. C’est tout simplement faux. Pour quatre raisons :

- 1. Construire en hauteur implique d’employer des matériaux à forte résistance, acier et béton principalement. Ces deux matériaux sont parfaitement anti-écologiques, par l’énergie grise que leur production nécessite, par les matières premières qu’ils emploient et par leur bilan carbone absolument effroyable.

- 2. Les déperditions thermiques d’un bâtiment sont proportionnelles à la surface des parois en contact avec l’extérieur. Ainsi plus un bâtiment est compact, et donc l’enveloppe extérieure réduite en surface, meilleure sera la performance énergétique du bâtiment. C’est exactement le contraire de l’urbanisme de barres et de tours.

- 3. La verticalité entraîne une consommation supplémentaire d’énergie : ascenseurs et pompes sont indispensables, pour permettre aux personnes, charges et fluides d’être acheminés aux étages. Autant d’énergie consommée qui rend l’urbanisme de barres et de tours absolument énergivore. Les tours de la Défense oscillent entre 350 et 400 kW/m2/an. Les tours les plus étudiées permettraient d’atteindre à 130 kW/m2/an. Bien au-delà des 50 kW/m2/an prévus par le Grenelle de l’environnement et le plan climat adopté par le Conseil de Paris.

Mais les tours ne posent pas qu’un problème écologique. L’urbanisme de barres et de tours est ingérable et coûteux. Combien de copropriétés ou de bailleurs sociaux se sont trouvés totalement défaillants du fait de problèmes de gestion ? Dans ce type d’urbanisme, les charges représentent souvent un second loyer. Charges d’énergie, d’entretien des ascenseurs et réseaux, mais aussi toutes les difficultés liées à la grande hauteur. Un carreau cassé au

18e étage doit mobiliser un vitrier agréé « grande hauteur ». Au-dessus de 50 mètres, une permanence des pompiers est obligatoire. Alors effectivement, pour pouvoir économiquement assumer la gestion d’un immeuble de grande hauteur, seul un opérateur de logements de luxe ou de bureaux peut avoir les moyens de se payer une tour ! Ce gaspillage n’est absolument pas adapté à la gestion d’équipements publics ou de logements sociaux.

Les tours sont à l’urbanisme ce que le 4X4 est à l’automobile : hors de prix, ostentatoires et anti-écologiques.

Le plan local d’urbanisme voté en 2005 a consacré la priorité donnée aux bureaux face aux logements dans la capitale. Deux millions de mètres carrés de bureaux ont été réservés dans le PLU. Ils seront en partie réalisés dans les tours aux portes de Paris. Les Verts s’étaient alors abstenus, considérant que ce PLU faisait la part trop belle aux bureaux et encourageait la spéculation.

Aujourd’hui, nous continuons de penser que, face à l’étalement urbain, aux besoins criant de logements des Franciliens, il faut construire en priorité des logements sociaux, et cela de façon dense, compacte et écologique. Exactement le contraire d’un urbanisme de barres et de tours.

Par René Dutrey, conseiller de Paris, groupe Les Verts, président de la commission urbanisme du Conseil de Paris
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Sauter la barrière du périphérique

Par Paul Chemetov ,architecte et urbaniste

Tours à Paris

Que veulent symboliser ces gratte-ciel ? Ils traduisent, en raison de leur coût d’édification et d’entretien, l’existence d’une manne financière disponible, indépendante de l’économie réelle : l’argent des spéculations, des paradis fiscaux, de l’économie parallèle se recycle, se blanchit aussi dans ces érections. De tout temps, toutes les sociétés ont bâti leurs symboles, leurs représentations du monde, les pyramides comme les cathédrales, comme Versailles, comme la tour de mille pieds. Mais c’est la première fois que ces signes expriment non le pouvoir matériel ou spirituel mais l’empilement du seul argent, montrant aussi le premier pouvoir de notre temps.

Les images que nous montrent ces jours-ci les journaux des projets parisiens frappent par leur côté fragile, maquettes agrandies à la taille d’une ville.

Il y a du colifichet, du tiers-mondisme, de la verroterie dans les bananes en pâmoison, les chiches-kebabs qui nous sont proposés. La Défense, avec tous les défauts, a protégé la forme acquise de la densité parisienne. Néanmoins en dehors de la tour Fiat ou de la tour Nobel on peut constater le vieillissement formel des tours de La Défense. Le débat va donc se poursuivre et s’élargir. 50 mètres au dernier plancher habitable, ce n’est pas plus haut que la tour Saint-Jacques ou les tours de Saint-Sulpice. 170 mètres de haut pour gagner quelques mètres carrés de bureaux sur le seul territoire de Paris est autiste, à l’heure de la métropolisation du Grand Paris, que certains avancent.

La question est de se servir du levier de ces investissements pour sauter la barrière du périphérique plutôt que de le couvrir enfouissant les automobilistes dans des tunnels anxiogènes, demain, sans raison, à l’heure des véhicules électriques ou à hydrogène.

Les tours sont un élément de la polarité métropolitaine, à la condition qu’elles signalent et magnifient les noeuds d’un maillage de transports élargi. Pour y parvenir, ce n’est pas de dix-sept milliards d’euros dont le STIF (1) a besoin, mais du double.

La réalisation du métro de Bienvenüe en moins d’une génération a mobilisé cinq milliards de francs-or ; c’est un effort comparable qu’il faut consentir pour la périphérie métropolitaine et dans des temps aussi courts. Le coût des couvertures souhaitées du périphérique, comme celui de l’enfouissement de la N12 à Neuilly, dépasse celui du maillage en transports en commun de la périphérie, c’est pourtant le seul remède à l’extension illimitée du seul transport automobile. Il faut choisir.

Pourquoi des plantations de l’avenue d’Italie s’arrêtent-elles au périphérique ? Les tours d’Italie devraient trouver leur pendant au Kremlin-Bicêtre ou à Villejuif jalonnant une avenue d’Italie poursuivie, comme celles de l’avenue de Flandre à Pantin et à Bobigny aussi. On pourrait continuer ces exemples et souhaiter que l’avenue du Président-Wilson gomme l’échangeur de la Chapelle, ou que l’avenue de France trouve son aboutissement et son atterrage à Ivry. Autant de projets qui voudraient dire l’unité du transport, l’égalité des territoires, la péréquation des ressources, la répartition stratégique des grands équipements. L’architecture saura-t-elle être à la mesure de ce projet ? Pourquoi douter à ce point d’elle pour l’espérer extravagante ? Elle sera. C’est d’abord ce qu’on peut souhaiter.

(1) Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF).

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Un combat d’arrière-garde

Par Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, professeur des universités, éditeur de la revue Urbanisme (*)

Tours à Paris

Comment rester - insensible au « skyline » de Chicago ou de New York ? Ce sont des villes « debout » dont la physionomie énergise chaque citadin. Malgré de trop nombreuses destructions, elles témoignent de l’architecture des gratte-ciel et offrent encore aux visiteurs, charmés et impressionnés, une belle collection d’objets célibataires de grande qualité architecturale parmi pas mal d’horreurs ou de buildings sans grâce. L’américanisation du monde a mis à la mode les autoroutes, les tours, l’air conditionné, le centre commercial et bien d’autres signes de la modernité, alors conquérante. La tour, née au XIXe siècle avec la construction métallique, l’ascenseur et le téléphone, est avant tout l’expression bâtie du capitalisme arrogant, elle marque la réussite d’un groupe financier, la puissance d’un quotidien ou d’une chaîne de télévision, la suprématie d’une compagnie d’assurances. Bref, elle est un logo et peu importe son coût et sa rentabilité. Sa raison d’être dépend de sa taille. D’où cette surenchère invraisemblable, quasi puérile, d’une ville à une autre, entre les firmes et aussi les architectes pour édifier la plus haute. En plus d’un siècle, les constructeurs de cet objet daté - et dorénavant obsolète - sont passés de l’avant-garde à l’arrière-garde. Les architectes méritent mieux. Quant à la ville « tourée », elle se banalise, adopte une image de déjà-vu, perd sa singularité, devient une copie de copie. Paris possède une incroyable personnalité, résultat d’une longue et tumultueuse histoire, n’en faisons pas une ville standardisée. Les partisans de l’arrière-garde justifient les tours pour trois raisons : la densité, l’économie d’énergie, l’urbanité. La densité ? Paris intra muros affiche une densité de 20 240 habitants au km2 - avec la première couronne 8 087 habitants au km2 -, Londres en compte environ 15 000 et Berlin 3 806. Paris est donc une ville dense. Le piéton observe qu’il est facile de monter un étage ou deux sur tel immeuble, d’occuper telle dent creuse, de réutiliser pour des logements tel équipement, etc. Le pro-tour hausse les épaules et prenant un ton pleurnichard évoque le logement social et la mixité ! La tour ne peut abriter que des logements de luxe. Un locataire d’un T3 aux Olympiades paie 400 à 500 euros par mois de charges alors qu’un autre habitant du 13e débourse la même somme par trimestre. Bien sûr, une tour peut emmagasiner d’innombrables habitants empilés les uns sur les autres mais, heureusement, la règle du prospect exige qu’elle ne condamne pas à l’ombre tout un quartier et les espaces. Les pro-tours refusent la dalle - il était temps ! - et imaginent des jardins en pied d’immeuble, ce qui a un coût d’entretien et de surveillance et casse la continuité bâtie, qui justement confère à la rue sa dimension urbaine. L’économie d’énergie ? Les matériaux sont de plus en plus sophistiqués et énergivores dans leur fabrication, sans oublier le transport. Quant à la consommation énergétique domestique d’une tour, elle est encore considérable et disproportionnée eu égard à l’habitation parisienne, malgré d’incontestables efforts pour la réduire. L’urbanité ? La tour préfigure la gated community, avec ses vigiles, sa vidéosurveillance, ses codes et son accès dûment contrôlé. La tour est une impasse en hauteur, sans aucun espace public et la suggestion de réaliser une fausse place publique au trentième étage, avec des boutiques, des cafés équipés d’ersatz de terrasses, des plantations d’arbres, tout cela est ridicule. La tour exige un mode de vie qui privilégie la livraison à domicile, elle hiérarchise les catégories sociales (les plus riches en haut), etc. Affirmer une mixité des fonctions est absurde. Quel client d’un hôtel de luxe accepterait de partager son ascenseur avec un étudiant en sociologie se rendant à son cours au dixième étage ou avec une mère de famille venant à la crèche au second ? Alors que faire ? Inventer l’habitat urbain de notre époque, celle de la préoccupation environnementale, de la rupture avec le mono-fonctionnalisme des pièces, des écoquartiers pédestres à l’architecture surprenante et familière. Pour d’éventuelles tours expérimentales, raisonnons à l’échelle d’un Paris plus grand, avec La Défense, par exemple, et surtout un réseau de transports collectifs particulièrement bien maillé. Que nos édiles prennent soin des habitants et des lieux, sans suivre les modes, avec originalité et créativité !

(Auteur de la Folie des hauteurs. Pourquoi construit-on des tours ? (à paraître en septembre 2008 chez Bourin Éditeur).



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Published by Pierre MANSAT - dans Débat "tours à Paris"
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