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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 12:14

Les Promenades Urbaines sont orphelines...

Samedi 10 décembre à l’aube, Yves Clerget, leur fondateur, est mort. Souffrant depuis plusieurs années d'une maladie neurologique dégénérative, il continuait à participer activement à leur développement, insufflant dans chaque projet l’esprit de partage qui l’animait depuis toujours. Infatigable arpenteur de villes, passeur de savoirs et d’enthousiasmes, Yves Clerget a transmis à des générations de promeneurs, d’architectes et d’amateurs sa curiosité et sa culture. Jusqu’au dernier moment, il a continué à participer aux promenades de l’association, et à ses projets.



Impossible ici de mentionner les innombrables personnes qui ont compté dans sa vie riche en collaborations, confrontations et complicités. Les quelques noms qui suivent sont des arbres qui ne doivent pas cacher la forêt de ses amis.

Yves Clerget (4 septembre 1951-10 décembre 2011)

Né en 1951à Sézanne (Marne), Yves Clerget grandit à Sézanne puis à Reims, où il commence ses études et développe son intérêt pour la ville et une pratique assidue (quoique encore purement personnelle) de la promenade urbaine. Dans un milieu familial curieux et ouvert, il est très jeune attentif à l’architecture contemporaine (alors celle de la Reconstruction), qu’il découvre lors de vacances à Saint-Jean-de-Monts, ou lors d’excursions familiales un peu inattendues comme l’inauguration de l’église de Royan en 1958. À Reims, c’est de la reconstruction Art déco des années vingt qu’il devient familier.

D’abord attiré par les mathématiques, il se tourne rapidement vers l’architecture, intégrant en 1970 l’École spéciale d’architecture (Paris), dont il est diplômé en 1977. De 1973 à 1976, en marge de ses études à l’ESA, il travaille en agence, chez Chaulet et Faisant, chez Viguier et Jodry, et au sein de l’entreprise Coignet (développement des modèles Innovation). Par ailleurs, il suit des séminaires sur la construction et l’aménagement du territoire au Conservatoire national des arts et métiers (1973-1974) puis sur l’usage du logement et des équipements collectifs à la Maison des sciences de l’homme (Territoire de formation sociale, 1976-1977). Ses premiers travaux de recherches portent sur les pratiques sociales et spatiales des habitants (à Londres, Berlin-Est et Bologne, 1974-1975) et sur la notion de patrimoine urbain, envisagée sous l’angle « traces et mémoires bâties/traces et mémoires sociales » (enquêtes urbaines à Berne, Florence, Venise, Lyon, Amiens, Brême, Longwy, Roubaix, Le Creusot, Mulhouse, 1976-1977). Ces réflexions nourrissent son projet de diplôme de l’ESA, une étude détaillée de l’histoire urbaine et architecturale de Reims (« Mémoire et palimpseste au-delà d’une reconstruction »). L’année suivante, il est chargé par l’ESA d’un cours sur « Structures urbaines et Histoire comme outil de la réhabilitation » (1978-1979).

Les premières actions de médiation culturelle d’Yves Clerget, à une époque où ce mot n'existait pas encore, remontent à des promenades dans un nouveau quartier à Reims, organisées sous la houlette de Monique Faux alors qu’il était adolescent. En 1980, il s’engage concrètement dans le domaine de la médiation de la ville et de l’architecture à Saintes (Charente-Maritime), où il est chargé par la mairie, dans le cadre des procédures « Habitat et Vie Sociale », d’animer une concertation avec les habitants du quartier de Boiffiers pour les amener à être acteurs des transformations de leur cadre de vie.

Yves Clerget est alors un militant engagé, tant à la Ligue communiste révolutionnaire que pour différentes causes – notamment le débat participatif sur les cadres de vie, l’importance de la présence de l’art dans la ville (avec Monique Faux) et, surtout, les droits des homosexuels (au FHAR, Front homosexuel d’action révolutionnaire, entre autres). De 1980 à 1982, il participe à la création de la librairie-restaurant Les Mots à la bouche (alors rue Simart, 18e), dont il tient les cuisines pendant deux ans. Il suit parallèlement des cours d’histoire de l’art et de sémiologie urbaine à l’EHESS avec Hubert Damisch, puis de muséologie et scénographie d’exposition à l’École du Louvre. Il noue tout au long de ces années des amitiés durables et des échanges intellectuels intenses avec de nombreuses personnalités de milieux souvent éloignés du domaine architectural, comme le juriste et militant homosexuel Gérard Bach-Ignasse, la philosophe Isabelle Stengers, ou Philippe Pignarre, fondateur de la collection (puis maison d’édition) Les empêcheurs de penser en rond.

Yves Clerget intègre en 1981 l’équipe de projet de la Cité des sciences et de l’industrie à La Villette (sous la présidence de Paul Delouvrier depuis 1979). Selon la volonté de François Mitterrand, une travée de cette Cité doit être consacrée à la Ville. Chargé du thème Construire, Yves Clerget participe en ce sens à la conception de l’exposition générale « La ville, la construction et l’architecture ». Il y conçoit plus particulièrement l’un des axes structurants, « Grandes Métropoles », une promenade muséographique à travers les maquettes de grandes métropoles mondiales. Il est aussi chef de projet d’« Habiter demain », un équipement spécifique dans le parc de la Villette, qui doit présenter les nouvelles technologies bousculant l’environnement domestique ou les nouvelles pratiques imaginables dans les « maisons du futur ». Ces deux projets ne verront pas le jour. À la Cité, il s’impliquera particulièrement dans la formation des animateurs culturels (1985-1986).

À partir de 1985, Yves Clerget s’engage activement dans l’enseignement de l’architecture ou du regard sur l’art : IUT de Cergy, université de Grenoble, Paris X Nanterre, Paris VIII Vincennes, Sorbonne, etc. (1985-1993). Il anime un séminaire de Projet architectural à l’EFET (aujourd’hui École de communication visuelle à Paris). Il conçoit aussi quelques projets d’architecture – réhabilitation et extension de maisons rurales, restaurant parisien des Foyers féminins de France (1987-1988) – et se charge d’études urbaines (Niort, 1988, Haguenau, 1990-1991). Il s’intéresse également aux nouvelles technologies de communications et à l’audiovisuel : stage de formation à Paris X Nanterre (1988), séminaire Descartes (1989-1990), premier assistant réalisateur au CNRS Images-média. Dans ce dernier cadre, il élabore des films à caractère scientifique, dont l’un notamment lui tient beaucoup à cœur, Le Cerveau, morceaux choisis (1989-1990).

Mais la médiation culturelle reste au centre de son action. En arrivant en 1991 au Centre de création industrielle, au Centre Pompidou, Yves Clerget se rapproche rapidement du service Liaison/adhésion pour explorer les moyens de sensibiliser le grand public à l’architecture. En plus de l’organisation de nombreux programmes de conférences et de colloques, il donne toute son énergie à l’élaboration d’une pédagogie repensée, héritière des sorties hors du Centre qui avaient accompagné l’exposition Le Corbusier de 1987 (dont le commissaire était Jean-Louis Cohen) et des « promenades architecturales » qui s’ensuivirent.

La richesse et le succès de cette approche fondée sur l’expérience sensible de l’espace et du déplacement ne se sont pas démentis pendant 20 ans. Elle s’est même, à partir de 1994, propagée au Louvre où, plutôt qu’une ambition, ce fut l’engagement d’un petit groupe soudé autour d’Yves Clerget : Régis Labourdette et Rémi Rouyer, ses partenaires fidèles qui élaboreront conjointement avec lui, au fil des ans et avec une vive érudition, l’esprit de dialogue et de confrontation animant les promenades, et Claude Fourteau, qui, venant de Beaubourg, introduit alors au Louvre le concept de médiation culturelle.

Dès 1993, son action est remarquée par le nouveau directeur du Centre Pompidou, François Barré, qu’il a connu à La Villette, et qui donne à son travail une reconnaissance institutionnelle en 1994 lors de la grande exposition La Ville. Cette année marque ainsi la naissance officielle d’un programme de promenades dont Yves Clerget reçoit la direction. Il multiplie les promenades autour des expositions d’architecture (Christian de Portzamparc, 1996).

Nommé en 1995 responsable de la pédagogie de la ville, de l’architecture et du design, il consolidera son action en l’ancrant sur des partenariats avec différentes institutions publiques, comme l’Institut français d’architecture, l’Union régionale des CAUE d’Île-de-France et Docomomo France.

En 1998, Yves Clerget est appelé par Jean-Louis Cohen, alors directeur de l’Institut français d’architecture, à rejoindre l’équipe de préfiguration de la Cité de l’architecture et du patrimoine afin d’en dessiner le futur service des publics. Pendant deux ans, il mettra dans ce nouveau projet toute son énergie et toute sa foi dans la pédagogie de l’architecture, transportant à l’Ifa, avec l'aide de Françoise Dusserre, le programme de promenades urbaines. Sa mise à disposition prend fin lors de la réouverture, en 2000, du Centre Pompidou, où il réintègre ses précédentes fonctions.

L’enthousiasme grandissant du public pour les promenades urbaines l’amène à développer des programmes de plus en plus riches et variés. Cette action, dont témoignera un DVD en 2008 (Explorateurs de limites. Promenades urbaines en région parisienne), se fera connaître au-delà des frontières grâce à de fréquentes collaboration avec France-Culture. Afin de la pérenniser, il est décidé, en 2006, de la confier à une association. Née le 22 janvier 2007, avec comme membres institutionnels fondateurs le Centre Pompidou, la Cité de l’architecture et du patrimoine, le Pavillon de l’Arsenal, les CAUE de l’Essonne et du Val de Marne, l’association « Les Promenades urbaines » a, depuis, pour mission de conforter les principes chers à Yves Clerget : croisement des regards de tous sur la ville, intervenants comme usagers, démarche participative et active, thématiques larges incluant des domaines très diversifiés, sans oublier le développement de promenades au sein de territoires où des associations locales peuvent être mobilisées.

Tout au long de ces années à La Villette, à Beaubourg et à la Cité de l’architecture et du patrimoine, Yves Clerget a poussé architectes, paysagistes, historiens de l’architecture – jeunes et moins jeunes –, intervenants de toute origine sur la ville, habitants, usagers, à montrer, faire visiter et commenter pour d’autres leur action, à partager leur connaissance des territoires urbains. Il valorisait autant le regard des « profanes » que celui des professionnels de la ville, et sollicitait toujours la parole de tous lors des échanges dans la rue. Son action avait toujours pour centre Beaubourg, mais pour rayon celui du plus grand Paris, jusqu’en province ou à l’étranger.

C’était aussi un infatigable arpenteur de villes étrangères et un grand connaisseur de l’architecture et des problématiques urbaines de toute l’Europe. Sa bibliothèque privée sur ces questions est sans doute l’une des plus complètes qu’on puisse rencontrer en France.


Les Promenades Urbaines, le 13 décembre 2011
http://www.promenades-urbaines.com



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Published by Pierre MANSAT - dans Paris Métropole
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