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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 09:58
J'ai déjà signalé tout l'intérêt de l'essai de Martin Vanier pour nos débats actuels ( souverainisme des territoires, coopération etc...)
Voici un article signé Martin Vanier, publié dans le document préparatoire à la rencontre des agences nationales d'urbanisme au Havre en octobre " De la ville aux grands territoires"
>>> L'article








Martin Vanier
Et puis un autre texte ( 2001) trouvé sur le net autour de l'identité, des territoires, de la représentation


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R a dinitiative coopérative d'information p h a r e

Le futur de nos identités

30 août 2001

par Martin Vanier

Identique : « ce qui est semblable à », « le même que ». Identité : ce par quoi nous sommes des semblables ; ce qui fait qu'il y a « nous et les autres » ; « Ce qui nous lie » 1].

L'identité n'est pas une donnée, pas une ontologie, pas un attribut, pas une évidence, pas un facteur éthologique, pas un fait de nature (comme les laissent entendre « les racines », « l'appartenance »), mais une construction où jouent avant tout les représentations, les images, la mémoire.

C'est un processus, permanent, avec des phases de relative stabilité et des accélérations, des contestations, des redéfinitions (cf. par exemple : émergence, triomphe, conflictualité et dépassement ( ?) du principe d'identité nationale en Europe, depuis la fin du XVIIIème siècle).

Les identités du futur : une affaire de prospective et de représentations...

1. ... de ce qui pourrait bien nous lier, au cours de la génération prochaine : identités hypothétiques

2. ... de ce qu'on a envie aujourd'hui qui nous lie demain : identités souhaitées

3. ... de ce à quoi on travaille actuellement pour construire nos identités : identités en chantier

4. ... de ce qui travaille la société en ce moment et annonce peut-être son futur : identités émergentes

Quelques pistes pour y réfléchir :

image 250 x 156 - 7.1 ko


1. Identités hypothétiques.

On disait « vos papiers ! » (d'identité), on dira de plus en plus « votre code ! » (d'identification) : cette immatérialisation de l'identifiant, déjà largement engagée, n'a-t-elle aucune autre sens que celui d'être une avancée technique ? N'est-elle pas significative d'un basculement de référentiels de l'identité : on existait en étant « de quelque part ». En quoi cela restera-t-il nécessaire ?

Si la prospective a quelque chose à voir avec l'utopie, comme on est en droit de le penser, elle doit d'abord s'offrir à l'imagination et au risque de l'anticipation. Par exemple, s'offrir à la pensée d'un possible divorce historique entre identité et territoire. Il y a eu des constructions identitaires, donc de l'identité, avant que le principe de territoire apparaisse et se répande. Il y en aura après lui, le territoire étant une spatialité parmi d'autres (une façon de structurer notre espace parmi d'autres, avec ses principes de limite, d'aire, d'exclusivité, d'exhaustivité, d'emboîtement, etc.). L'identité aura toujours quelque chose à voir avec l'espace, mais avec le territoire ?

2. Identités souhaitées.

L'utopie étant aussi un projet, la quête d'un monde meilleur, un horizon idéal, l'imagination d'une identité à venir se double de son désir . Quels désirs d'identité ? Et où s'expriment-ils ? Quelle identité désirent les « fourmis d'Europe » [2] ? Sans doute pas la même que les « managers globaux », et tous ceux qui s'identifient à ce statut social. Ni la même que les jeunes professionnels diplômés européens qui entrent désormais sur le « Grand marché » de l'emploi. Ni la même que les catégories socio-professionnelles déclassées par la crise du fordisme. Etc.

Problématique : le fait que nous savons sans doute moins bien, désormais, ce qui nous lie, et entrons moins facilement dans l'évidence collective d'être un « nous », à côté des « autres ». Au moins parce que le principe si dramatiquement construit en Europe de nationalité n'opère plus partout et pour tous avec la même force : la langue dite « maternelle », la mémoire dite « collective », l'histoire dite « commune », les coutumes dites « partagées »... toutes évidences de jadis qui se trouvent aujourd'hui bousculées (la langue maternelle n'est plus forcément la langue usuelle ; les coutumes, modes de vie, ou modes tout court, sont partagés en dehors du groupe national, etc.).

Désirs d'identité qui sont, peut-être, à saisir entre deux horizons :
-  un nouvel universalisme : souhaité par exemple au nom des épanouissements individuels (les droits universels de l'homme, mais aussi le multiculturalisme comme nouvelle esthétique, le libre accès global du touriste-aventurier, ou de l'internaute, etc.), ou au nom du bien commun « planète Terre » et de son écologie. Le « citoyen du monde » préfigurait cette aspiration à une identité planétaire, qu'on peut considérer comme largement fictive (tant qu'on ne voit pas alors qui sont « les autres »), mais qui n'en est pas moins porteuse d'un puissant humanisme
-  un nouveau localisme : souhaité par exemple au nom de l'authenticité, d'un patrimoine familier, des rapports non marchands entre les individus (l'universalisme ramené à la globalisation ayant lui une dimension essentiellement marchande), de la bonne échelle pour la démocratie directe, de la bonne échelle pour les combinaisons contradictoires d'un développement qui serait soutenable (avec sa triple visée : économique, sociale et environnementale). Désirs d'identité locale souvent présentés comme en réaction au déploiement des faits planétaires (ce qui n'est pas faux), mais qui ne sont pas du tout incompatibles avec les précédents. L'époque célèbre l'universalisme avec raison : nul besoin pour autant de stigmatiser systématiquement le localisme. En somme : entre le local et le planétaire, des désirs d'identité autre que strictement nationale se cherchent, non sans contradiction. Ce qui pose évidemment le problème de l'unité de ces représentations de ce qui nous lie, unité sans laquelle l'identité n'existe pas.

3. Identités en chantier.

C'est au politique de construire l'unité. C'est pourquoi l'identité est un enjeu hautement politique. Pour le moment, le politique reste constitué sur des bases exclusivement territoriales (et emboîtées). Le grand marché rhétorique de l'identité, celui des images de notre bien commun, celui des slogans de nos responsabilités futures, restent exclusivement territoriaux. Le monde politique travaille à promouvoir de nouvelles identités territoriales, c'est-à-dire avant tout de nouveaux découpages ou assemblages de l'espace : l'Union européenne, les Régions, les communautés de communes / d'agglomération / urbaines, les « pays »... Il a acté ainsi de nouvelles formes territoriales et identitaires susceptibles de rassembler les contemporains. C'est son rôle, et son horizon constitutif.

Est-ce que pour autant, à travers cette recomposition territoriale, tout est dit des processus sociaux qui (re)construisent en permanence nos identités ? On peut en douter, surtout si l'on revient en 1. La reconnaissance de la société civile (reconnaissance souhaitée par le monde politique lui-même) implique d'admettre que le (grand) chantier territorial (en gros : la révolution silencieuse de l'intercommunalité à un bout, la poursuite de la construction européenne à l'autre) ne résume pas tout le futur de nos identités.

4. Identités émergentes.

La société indique ses propres pistes, fussent-elles des fausses pistes, des impasses (à la prospective d'en débattre, la société tranchera). Elle multiplie les fonctionnements en tribus, à partir d'une pratique, groupes de reconnaissance mutuelle auxquels les individus s'identifient de plus en plus fortement, parfois davantage qu'aux appartenances classiques (famille, travail, petite ou grande patrie) : communautés virtuelles sur le net, communauté culturelle (transformant une pratique culturelle, telle musique ou telle danse, en un véritable mode de vie : mouvement hip hop, communauté des raveurs...), idem à partir d'une pratique sportive, de loisir, ou simplement récréative. Ce qui n'était, dans les années 60 à 80, qu'effet de mode limité à des groupes marginaux (mouvements rock, hyppie, punk) traverse désormais toute la société, sur des bases très variées. « L'alternatif » devient une quête ordinaire. Les membres du groupe viennent y « changer d'identité », parfois au propre autant qu'au figuré, parfois jusqu'au tragique abandon de soi (la secte).

Du même ordre : les réseaux militants globaux et les ONG (qui sont peut-être en passe de signer le décès de la vieille forme associative du parti politique, né au XIX siècle des clubs d'opinion du Siècle des Lumières). Amnesty International, le WWF, Greenpeace, Attac... autant d'appartenances qui ne tiennent sans doute pas lieu d'identité unique pour leurs membres, mais sont certainement des laboratoires pour le futur de leur identité.

Point commun de ce monde bigarré des identités émergentes et alternatives : elles ne se reconnaissent pratiquement pas dans les territoires constitués, qu'au mieux elles adoptent par intérêt pratique, tout en les débordant. Leur spatialité est de deux ordres : le réseau et le lieu. Le réseau, précisément pour ce qu'il autorise de transgression des limites et des distances, deux constitutifs du territoire. Le lieu (quel que soit sa taille, son étendu), pour ses ressources, en particulier symboliques et emblématiques. La géographie n'est pas morte, mais à la finitude du territoire succèdent l'ouverture du réseau, combinée au génie des lieux (le génie en ce qu'ils ont de singulier et qui favorisent telle ou telle pratique collective).

Qu'est-ce qui nous liera, au nom de quoi, à quelles échelles ?


On sera, comme toujours, encore un peu dans « l'avant » et déjà dans « l'après ». Avant : au temps où l'identité était si fortement territoriale (au point de déclencher la guerre, mais pas forcément !) ; après : quand, pour exister, l'expérience d'un lieu ouvert de reconnaissance mutuelle, l'appartenance à un réseau planétaire, vaudront tout autant.

Martin Vanier.

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Published by Pierre MANSAT - dans Paris Métropole
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