Luttes émancipatrices,recherche du forum politico/social pour des alternatives,luttes urbaines #Droit à la Ville", #Paris #GrandParis,enjeux de la métropolisation,accès aux Archives publiques par Pierre Mansat,auteur‼️Ma vie rouge. Meutre au Grand Paris‼️[PUG]Association Josette & Maurice #Audin>bénevole Secours Populaire>Comité Laghouat-France>#Mumia #INTA
24 Mars 2026
TRIBUNE
Frédéric Gilli
Economiste, chercheur associé à Sciences Po
Pour le chercheur, le candidat victorieux de l’union de la gauche et des écologistes, Emmanuel Grégoire, devra faire face à deux principaux défis : répondre à l’angoisse des Parisiens qui ont peur d’être chassés de leur ville par la cherté de la vie, et mener une politique solidaire avec le Grand Paris.
"Après deux mandats de Bertrand Delanoë et deux d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire inaugure une nouvelle page de l’histoire nouée entre la capitale et la gauche, avec une majorité absolue.
Cela peut sembler incongru, car la ville est l’une des plus riches de France (80 % des bureaux de vote parisiens comptent parmi les 10 % les plus aisés du pays). Pourtant, le fait est là. Si l’on y ajoute les voix recueillies par Sophia Chikirou (La France insoumise), le « bloc gauche » atteint même un niveau inédit : 60 %. Alors que le bilan de l’équipe sortante était moqué, ce résultat peut surprendre. Il appelle une triple lecture, sociale, territoriale et démocratique.
Concrètement, Paris a dit non à une forme de dérive trumpiste. Dans cette élection, la droite parisienne (Pierre-Yves Bournazel excepté) a succombé aux logiques réactionnaires qui saturent le débat national et mondial. Elle a payé cher ce renoncement moral, qui éloigne doucement des pans complets des Républicains du socle républicain central : une partie de ses électeurs se sont reportés sur Emmanuel Grégoire, et Rachida Dati réalise un score historiquement bas pour la droite à Paris.
Pour les sortants socialistes, écologistes et communistes réunis, c’est aussi, indiscutablement, une invitation à continuer la transformation urbaine engagée. Cet idéal, souvent caricaturé comme « la ville bobo » (de fait, Paris est de plus en plus inaccessible à la classe moyenne salariée), rencontre manifestement un électorat. Il résonne en partie avec l’âme de Paris, qui tient au mélange des classes moyennes et des catégories populaires, mais il rencontre aussi des limites manifestes.
Une lente dégradation
Car cette élection suggère aussi que la continuation ne pourra pas se faire dans la continuité. Dans une grande enquête menée cet automne auprès des Parisiennes et des Parisiens (reproduisant le même dispositif d’étude que des travaux similaires conduits en 2000 et en 2013, avant les élections de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo), nous montrions que le regard des Parisiens sur leur ville se dégrade lentement depuis vingt-cinq ans.
Loin de l’écume médiatique hystérisée autour du « saccage » de Paris, une angoisse plus profonde s’exprimait de ne plus avoir sa place dans la ville, d’en être exclu au profit des touristes et des plus riches de la planète. Une angoisse que ne s’éteigne la promesse de Paris, celle d’une ville mondiale et populaire, où le peuple écrit l’histoire.
Les chiffres du logement sont connus : 10 000 euros le mètre carré pour acheter un appartement, de 1 000 à 1 500 euros par mois pour louer un deux-pièces, et 300 000 demandes de logement social en attente. Cette tension se traduit dans la vie intime de tous. Les couples se serrent, les parents voient leurs enfants devenus adultes déménager à une heure de transport, les jeunes n’arrivent plus à vivre sur place.
Alors que les terrasses sont l’âme de Paris, il est devenu difficile d’y trouver un café à moins de 2,50 euros et une bière à moins de 8 euros. Pour les élus, la tentation de renoncer est forte : « C’est le marché, on n’y peut rien. » Au contraire, cette élection appelle la politique à être ambitieuse : les électeurs pensent qu’il est possible de peser sur la façon dont la mondialisation et les inégalités se traduisent dans les territoires.
Logement et vie chère
L’autre question posée par cette élection est le rapport de Paris à sa banlieue. Il n’y aura pas de solution viable aux problèmes discutés dans cette campagne sans une solidarité étroite entre ceux qui vivent de part et d’autre du « périph ».
Il y a quatre mois, Zohran Mamdani devenait maire de New York sur les mêmes enjeux que ceux de l’élection parisienne : le logement et la vie chère. Jamais, pourtant, il n’aurait été élu maire avec le seul soutien des habitants de Manhattan : ce sont les électeurs du Bronx, de Brooklyn et du Queens – la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne de New York – qui font sa victoire et peuvent lui permettre de peser face à Trump et au marché.
Les mêmes questions se posent dans toutes les grandes métropoles mondiales. Le nouveau maire de Paris porte des ambitions, mais aura-t-il les moyens politiques de ses engagements ? Au-delà de quelques figures incarnant un renouvellement puissant et l’irruption d’une nouvelle génération d’élus « banlieusards », dont Bally Bagayoko à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est l’étendard, une forme de continuité a prévalu à l’échelle métropolitaine : à Suresnes, Bagneux, Châtillon, Vanves, Neuilly-sur-Seine [Hauts-de-Seine], à Cachan [Val-de-Marne], à Montreuil [Seine-Saint-Denis].
Les mêmes équipes qui se sont désintéressées de l’action métropolitaine ces six dernières années ont été reconduites. Mais cela ne présage rien de la suite. Beaucoup savent que, en matière de logement, de pollution, de déplacement, de développement économique et d’emploi, la plupart des sujets sur lesquels ils se sont engagés ont une solution métropolitaine.
L’oubli de la banlieue
Le sujet est sensible, car, à Paris comme partout dans le Grand Paris, ces élections ont été d’abord et presque exclusivement communales. Emmanuel Grégoire est même l’un des rares à avoir pointé cet enjeu du Grand Paris. Il ne pourra pas faire avancer les choses tout seul, mais un réel changement de pied des élus parisiens pourrait dessiner une métropole audacieuse en matière économique, sociale ou de logement. A quel moment ce projet sera-t-il débattu, par qui, et selon quel mandat ? Cet exécutif métropolitain composé des élus municipaux discutera-t-il avec les 3 millions d’électeurs métropolitains l’avenir de leur territoire commun ?
Cette question démocratique est l’un des enjeux décisifs à l’issue du scrutin. Dans la capitale, au premier tour, l’abstention atteignait 60 % dans les 200 bureaux de vote les plus pauvres… Avec l’oubli de la banlieue, l’invisibilisation de pans entiers de la population parisienne est un élément central du péril démocratique qui fragilise nos villes et nos élus.
Ce n’est pas qu’une question électorale : lieu central de la mondialisation, Paris sera plus fort avec ses voisins, et les élus seront plus forts avec leurs concitoyens. Les élus ont besoin des entreprises, associations, citoyens et salariés qui vivent et font vivre Paris pour réussir les promesses nées de leur élection.
A Paris comme partout en France, l’enseignement majeur de ces municipales est sans doute là. Si elles veulent sortir du cycle infernal de l’abstention, du sentiment d’impuissance et de la radicalisation, les équipes élues ce dimanche 22 mars doivent immédiatement retourner voir leurs concitoyens pour débattre et construire, avec eux, les conditions de leur propre pouvoir."
Frédéric Gilli (Economiste, chercheur associé à Sciences Po)