Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Pierre Mansat et les Alternatives

Luttes émancipatrices,recherche du forum politico/social pour des alternatives,luttes urbaines #Droit à la Ville", #Paris #GrandParis,enjeux de la métropolisation,accès aux Archives publiques par Pierre Mansat,auteur‼️Ma vie rouge. Meutre au Grand Paris‼️[PUG]Association Josette & Maurice #Audin>bénevole Secours Populaire>Comité Laghouat-France>#Mumia #INTA

Tribune: Affaire Lyhanna, affaire Bruel : adresse aux hommes qui ont piscine quand il s’agit de lutter contre les violences sexuelles par Johanna Luyssen

Affaire Lyhanna, affaire Bruel : adresse aux hommes qui ont piscine quand il s’agit de lutter contre les violences sexuelles

Où étiez-vous, lundi soir, au moment crucial où il fallait crier très fort, devant le ministère de la Justice, l’urgence à légiférer pour les victimes, mineures et majeures, de violences principalement commises par des hommes ? Votre inaction porte une responsabilité.

Nous vivons des temps agités. Il y a la terrible affaire Lyhanna, les chiffres des féminicides ; l’affaire Bruel dont les révélations n’en finissent pas de s’enchaîner ; les affaires dans le périscolaire, j’en passe. Il y a des données chiffrées qui font frémir : 97 % des mis en cause pour des infractions à caractère sexuel sont des hommes. Parfois, les victimes sont des hommes. Mais les auteurs le sont aussi. Alors oui, on peut généraliser : il y a un problème, il y a même un très gros problème avec la violence des hommes. Ce problème est ancien, systémique, et largement documenté. Le dire est une évidence.

Lundi 8 juin, des manifestations dans 160 villes de France ont eu lieu pour dénoncer cette violence, et rendre hommage à Lyhanna. J’ai vu cette pancarte qui m’a donné envie de pleurer, «trop tard pour ma sœur», disait-elle, à laquelle répondait une autre pancarte : «pas pour les autres.» Sous les fenêtres du ministère de la Justice à Paris, à Auch dans le Gers, et partout en France, elles ont battu le pavé, en larmes et en colère. J’écris «elles» parce que les reportages sur le sujet l’ont tous observé : les manifestantes étaient, dans leur immense majorité, des femmes.

Ce que recouvre le mot systémique

J’ai une question pour vous, les hommes. Où étiez-vous lundi soir ? Que faisiez-vous ? J’en ai même plusieurs, de questions. Où êtes-vous depuis #MeToo ? C’était il y a neuf ans. Qu’avez-vous fait depuis 2017, quand vous avez découvert l’effroyable banalité des violences sexuelles, commises très majoritairement par des hommes ? Qu’avez-vous fait lorsque vous avez découvert la tentaculaire ampleur des viols de Mazan ? Est-ce que cette affaire, comme les autres, a mené chez vous à une quelconque remise en question ? Bien sûr que non.

 

Libération avait fait parler des hommes à l’époque. Leur récit était glaçant : «Il y a d’abord la condamnation des faits reprochés à Dominique Pelicot et aux 50 autres hommes, poursuivis pour viols aggravés devant la cour criminelle départementale du Vaucluse. Puis, la distanciation. En résumé, “ce n’est pas moi, ce n’est pas nous, c’est l’autre.”»

Sur France Culture, lundi matin, l’avocate Carine Durrieu Diebolt, grande spécialiste des violences sexistes et sexuelles (VSS), invitée par Guillaume Erner dans le cadre de la matinale, a eu le malheur d’évoquer, à l’antenne, le mot «patriarcat», et voilà l’animateur piqué au vif.

Il lui coupe la parole, se lance dans un long monologue et commence par, évidemment, évoquer son propre cas : «Alors, je suis le représentant ici du patriarcat […] Je ne pense pas qu’on puisse retenir cette explication», dit-il, avant de réfuter tout caractère «systémique» de la chose - l’argumentaire disant, en substance, que puisque certains pères de famille sont horrifiés de ce qui se passe, il n’y a pas de caractère systémique aux VSS. Son problème, c’est donc le mot «systémique» – encore plus lorsqu’il est prononcé par une féministe –, pas ce qu’il recouvre.

«Not all men», pratique pour diluer les débats

Lundi soir, moment crucial d’un point de vue politique et sociétal, où il fallait crier très fort l’urgence à légiférer pour les victimes, mineures et majeures, de violences principalement commises par des hommes, sous les fenêtres d’un ministre de la Justice légitimement pressé de toutes parts, où étiez-vous ? Vous aviez aquaponey ? Un concours de tarot à préparer ?

Vous me direz «oh là là, faut arrêter la caricature, pas tous les hommes, voyons». Il y en avait un peu. Il y a des alliés, parfois. C’est vrai, mais peu importe car ça n’est pas le sujet. Le «Not all men» («Pas tous les hommes»), c’est pratique pour diluer les débats. Les vrais constats.

Je vais vous dire : cela fait des années que nous, les femmes, vous invitons à vous engager contre les violences faites aux femmes et aux enfants, et que faites-vous, de votre propre initiative, comme des grands ? La Fondation des femmes a lancé une campagne de dons intitulée #NotAllMen. Fallait-il vraiment que ce soit encore des femmes qui viennent faire quelque chose que vous auriez pu faire tout seuls ?

De la colère

Vous avez une immense responsabilité dans tout ce qui nous arrive : celle de vous taire, de ne pas bouger, d’en avoir rien à foutre, d’entretenir la culture du viol à travers des blagues, des silences, des soutiens tacites ou assumés d’agresseurs.

Il y a deux ans, en plein festival de Cannes, le comédien Vincent Lindon nous disait que franchement, #MeToo c’est compliqué, il faudrait une feuille de route pour les hommes, est-ce que par hasard nous autres, femmes, ne serions pas dispo pour la préparer, vu qu’on connaît bien le sujet ?

Quelques mois plus tard, vous avez enfin été quelques petites centaines à signer une feuille de route dans Libé. Et ensuite ? Une tribune en pleine affaire de Mazan, et c’est marre ? Un peu comme le gouvernement dégaine un numéro vert quand il y a un problème ?

Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’espoir. Il y a surtout de la colère. Et parce que je ne suis pas complètement misandre, je vais vous citer l’astronaute Thomas Pesquet, qui a dit, face caméra, dans l’émission d’Augustin Trapenard du 28 mai, directement à ses congénères : «Les violences faites aux femmes c’est un problème d’hommes.»

Il dit même cette phrase : «c’est de votre faute», car oui, c’est de votre faute, en partie, tout ça. En réponse au «Not all men», il dit encore ceci : «Ça ne suffit plus d’être un homme bien dans sa vie, dans son couple.» Il a raison. Il parle d’éduquer nos fils, d’écouter les femmes, et c’est, pour le coup, un bon début.

Alors à tous ceux qui ont eu aquaponey lundi, tous ceux qui ne se sont pas beaucoup bougés en dix ans, peut-être qu’au lieu de m’écrire des tombereaux de mails irrités parce que vous êtes un homme très bien et que vous vous sentez piqué par ce billet qui serait une odieuse généralisation de ce que vous êtes au fin fond de vous-mêmes, n’hésitez pas à utiliser ce précieux temps qui est le vôtre pour faire quelque chose de bien plus constructif, c’est-à-dire lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Il y a vraiment du boulot.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article