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Pierre Mansat et les Alternatives

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Quentin Deranque : le tendre portrait d’un néofasciste, par Daniel Schneidermann

QuQuentin Deranque : le tendre portrait d’un néofasciste, par Daniel Schneidermann

C’est un étudiant modèle, travailleur, pieux, bon frère, bon fils, épris de nourritures spirituelles, que raconte «le Figaro», qui réussit la performance de ne jamais écrire noir sur blanc les mots «néofasciste», «néonazi» ou même «extrême droite».

Publié le 20/02/2026 à 18h07

Dans le portrait de Quentin Deranque que signe Paul Sugy dans le Figaro, ce témoignage : le jeune identitaire était «un gringalet, plaisante avec tendresse son colocataire Rémy». Ce mot, sous la plume du portraitiste : «tendresse». La «tendresse» des néofascistes, ces émouvants gringalets qui jouent aux gros durs. Nous vivons depuis une semaine dans la déclinaison sans fin de cet oxymore cauchemardesque : un martyr néofasciste.

C’est l’histoire d’un étudiant modèle, travailleur, pieux, bon frère, bon fils, épris de nourritures spirituelles, que raconte le Figaro, sous le titre : «Catholique et identitaire, qui était Quentin Deranque, lynché pour ses idées ?». D’un jeune homme qui s’est mis récemment à la boxe, malgré sa maigre corpulence.

S’il a commencé aussi la musculation, «c’est pour ne plus se laisser faire sur un ring», poursuit le colocataire «Rémy» (dépourvu de nom de famille, comme «Quentin», manière coloc, sans façons). Ce jeune sportif était aussi «réputé pour sa culture». Il a lu «les écrits d’Anacharsis Cloots sur la Révolution française, un jacobin tenant d’une République universelle et guillotiné en 1793 par la Convention» (à la gauche de la gauche, donc ?).

«Il débattait avec acharnement du rousseauisme en pourfendant les thèses du Contrat social ; réfutait l’idée calviniste de double prédestination ou se passionnait pour l’étude de la Somme théologique et des encycliques des derniers papes.»

Au total, rien d’autre dans sa vie que son travail, «ses amis, beaucoup», sa famille péruvienne, et «sa petite sœur chérie». Qu’il «chérissait» donc avec tendresse. Et la religion, bien entendu : «Quentin est devenu catholique pour des raisons identitaires : le patriotisme et l’amour de Dieu sont liés chez lui», synthétise Domitille, une autre amie.

De l’Action française aux Allobroges

Ah si, tout de même, entre deux répétitions de chorale et deux «maraudes du jeudi soir auprès des sans-abri», le jeune martyr caressait – avec tendresse ? – quelques idées fascisantes : «En Isère, des amis de l’Action française [mouvement royaliste et antisémite, comme ne le précise pas le Figaro] l’avaient entraîné dans quelques soirées de collage d’affiches, sans qu’il ait été pour autant un militant actif de la section.»

Sans doute s’était-il aussi laissé «entraîner» dans cet autre groupe auquel il participait à Bourgoin-Jallieu, les Allobroges, qui «propagent leur rejet viscéral de l’immigration par des activités de collage d’affiches et de distribution de tracts». Il comptait enfin quelques camarades issus du Bastion social, un groupuscule nationaliste dissous en 2019.

Dans une première version du portrait, à propos du Bastion social, Paul Sugy avait précisé : «tourné vers l’aide humanitaire», avant de retirer cette précision, après parution. De même, un intertitre de l’article a été subrepticement modifié. «Activités paroissiales» a laissé place à «rejet viscéral de l’immigration».

Sur le groupe les Allobroges, il faut lire un autre portrait du jeune homme, publié dans Mediapart, pour apprendre que ce «tout jeune groupuscule néofasciste» a envoyé une délégation de cinq militants (dont Quentin Deranque) au «défilé néonazi annuel du Comité du 9-Mai (C9M), défilé inondé de références au IIIe Reich», en hommage à un jeune militant du groupuscule pétainiste l’Œuvre française. Néonazisme, antisémitisme, IIIe Reich : on est loin de Rousseau et de saint Augustin.

Deux portraits opposés

Quant au colocataire «Rémy» cité par le Figaro, Mediapart mentionne son patronyme complet, Rémy Chemain. Selon les informations du site, il a lui-même été renvoyé en juin 2021 devant le tribunal pour enfants pour son implication dans l’expédition punitive menée en avril 2018 par des militants du Bastion social dans la salle de concert lyonnaise Rock n’Eat.

Au total, le long portrait du Figaro réussit la performance de ne jamais écrire noir sur blanc les mots «néofasciste», «néonazi» ou même «extrême droite». Interpellé sur X sur cette omission, Paul Sugy explique avoir souhaité apporter «un peu de subtilité dans le détail de ses idées et de ses engagements, plutôt que de m’en tenir à l’étiquette paresseuse d’“extrême droite”».

Construits à partir des mêmes éléments factuels, les articles du Figaro et de Mediapart brossent donc deux portraits opposés. Paix à tous deux. Paix à l’âme de Quentin. Paix au petit choriste. Paix au frêle boxeur, au «gamin de 23 ans» pleuré par la droite et l’extrême droite sur tous les plateaux. Et paix aussi à Quentin Deranque, militant néofasciste lyonnais, fantassin d’une nébuleuse de groupuscules identitaires. Mais méfions-nous des subtils coups de gomme, et d’un usage immodéré des adjectifs, qui conspirent à fabriquer un martyr

 

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