Luttes émancipatrices,recherche du forum politico/social pour des alternatives,luttes urbaines #Droit à la Ville", #Paris #GrandParis,enjeux de la métropolisation,accès aux Archives publiques par Pierre Mansat,auteur‼️Ma vie rouge. Meutre au Grand Paris‼️[PUG]Association Josette & Maurice #Audin>bénevole Secours Populaire>Comité Laghouat-France>#Mumia #INTA
Elections municipales : quand la presse locale disparaît, les réseaux sociaux prennent le pouvoir. Un risque majeur pour la démocratie
5 Décembre 2025
Rédigé par Pierre MANSAT et publié depuis
Overblog
Elections municipales : quand la presse locale disparaît, les réseaux sociaux prennent le pouvoir. Un risque majeur pour la démocratie
Le silence prévaut, mais la désertification des médias de proximité ne présage rien de bon. Elle fait basculer les critiques, les amertumes, les colères, les fake news sur les réseaux sociaux. Comme en 2015 aux États-Unis quand étaient fermés un millier de journaux locaux. Le temps d’une macération des ressentiments et des « bad buzz » en vase clos. Et un an après, Donald Trump triomphait à la surprise générale porté par le tsunami victimaire et complotiste invisibilisé.
Cet été, la Gazette des Communes n’hésitait pas à titrer : « La crise de la presse régionale ébranle la démocratie locale ». Et ce n’est rien de le dire : en 2021, le titre de référence « Ouest France » gagnait encore 0,5 % de lecteurs mais en perdait 2,56 % soit 27 000 d’un coup en 2023. La Montagne ? Moins 4,99 %. Sud-Ouest ? Moins 6,64 %, %, La Voix du Nord ? Moins 8,15 %. Cette même « Voix du Nord » qui perdait entre 1989 et 2023 56 % de ses lecteurs, 54,5 % pour le Progrès et 72,6 % pour la Provence… C’est simple : il y avait 150 titres de presse régionale après-guerre. Il n’y en a plus que 50.
Un récent sondage mené par la Fondation Jean Jaurès dans son étude « Vers les déserts médiatiques en France » (2025) soulignait qu’un tiers des personnes interrogées avaient constaté la disparition pure et simple d’un média local. A commencer par une télévision locale, puis un média numérique, puis, la presse écrite et la radio.
Qui s’en soucie ? Soyons lucides : pas grand monde. Et c’est grand dommage car le précédent américain aurait de quoi faire clignoter les feux de détresse.
Dans un éditorial du New York times publié le 13 novembre 2016, le journal reconnaissait n’avoir pas vu venir la montée du vote trumpiste. Or, il se trouve qu’un an avant la campagne de 2016, on dénombrait, relève la note de la Fondation Jean Jaurès, « la fermeture d’un millier de journaux locaux ».
Est-ce que pour autant, les Américains ont cessé de vouloir s’informer ? De prendre la parole ? D’interpeller les pouvoirs publics ? Du tout ! Ce sont les réseaux sociaux, Facebook en tête puis X (ex-twitter), qui ont pris le relais. Des réseaux, comme on le sait, sans médiation, sans contrôle de l’information, sans vérification des rumeurs, sans « fact checking » et par ailleurs aisément manipulables par des officines spécialisées.
Hier outre atlantique en faveur du vote trumpiste. Aujourd’hui en France ce sont des titres en ligne bidon « Actubretagne.fr » ou « Sudouestdirect.fr » créés par des trolls russes pour distiller des « informations » de déstabilisation en préparation des futures échéances électorales municipales, puis présidentielles et législatives.
Un rapport sénatorial de juillet 2022 avait bien cerné l’enjeu : « La disparition du journalisme local participe à la propagation de la désinformation, la polarisation de la vie politique et à l’érosion de la confiance dans les médias. »
Il faut dire que le passage sur Internet pour proposer des interfaces digitales maîtrisées n’a été entrepris que très tardivement par la Presse quotidienne régionale. Si la presse nationale a fait en sorte que ses offres en ligne représentent près de 70 % de son chiffre d’affaires, la presse locale ne réalisait encore fin 2022 que… 15 % de son chiffre d’affaires grâce aux abonnements numériques.
A bien y regarder, il s’agit d’une spirale dépressive qui affecte tous les fronts. La manne publicitaire de proximité est peu à peu vidangée vers les réseaux sociaux et pour rester à flot, les titres multiplient les réductions de coûts avec toujours moins de correspondants locaux et donc de lien avec la population. Ex : La Voix du Nord a réduit sa pagination et a supprimé certaines de ses éditions locales (passant de 17 à 13 éditions), Et la tendance est quasiment la même dans toutes les régions -notamment franciliennes- avec le Parisien.
Autre aspect de cette crise : l’attitude des institutions locales qui préfèrent à la médiation de la presse professionnelle, une médiatisation descendante directe, verticalisée, maîtrisée de A à Z, que ce soit le Parquet des Palais de Justice, le préfet et bien entendu le maire ou le Président du Conseil général. Tous se dotent d’outils propres pour échapper au filtre et aux questions des contre-pouvoirs de la presse indépendante.
Dans la Gazette des Communes, Franck Bousquet spécialiste des médias locaux, et responsable du master information communication de l’université de Toulouse chiffre l’ampleur du phénomène : « Avoir moins de journalistes donne plus de force aux communicants, Entre la fin des années 1970 et aujourd’hui, vous aviez plus de journalistes que de communicants. Aujourd’hui, c’est disproportionné. Dans n’importe quelle commune de 10 000 habitants ou plus, vous avez deux, trois, voire quatre fois plus de Communicants. ».
Bien souvent, le journal de la Mairie est même en situation de monopole local sans que ça ne gêne qui que ce soit. Des journaux « Tout va bien » et « Tout va mieux » où rien n’est prévu pour faire remonter la parole des administrés. Fait significatif : les pages réservées de droit à l’opposition municipale sont parfois vides : « Texte non transmis ». Comme si de toute manière, ça ne servait pas à grand-chose…
Des magazines financés soit par la pub apportée par les entreprises locales « amies » soit directement sur le budget « communication » de la ville et distribués gratuitement dans toutes les boîtes aux lettres. Des publications qui siphonnent les journalistes professionnels survivants pour les recycler en « journalistes municipaux ». En « maquettistes » des œuvres du Maire.
La voie est étroite pour les animateurs de la presse locale, toujours plus vulnérables, toujours moins craints ou enviés pour leur indépendance, toujours moins souverains financièrement, toujours plus concurrencés par les réseaux sociaux.
Yohan Roche, du Courrier Picard résume très bien la situation dans le rapport de la Fondation Jean Jaurès : « La presse locale a une image vieillotte, et les lecteurs n’ont plus confiance en nous, on a senti le point de bascule au moment des « gilets jaunes ». On est passés pour des macronistes pour la seule raison qu’on refusait certaines dérives complotistes ».
« Quand la gendarmerie ou même les pompiers communiquent directement sur Facebook sans nous informer, nous nous faisons enguirlander par les lecteurs qui nous accusent de ne pas avoir donné l’information… » renchérit un confrère. « Sans compter ceux qui nous font procès de la dissimuler sciemment ! », ajoute un autre.
Un exemple : la ville de Pantin. 61 00 habitants. Bertrand Kern, son maire depuis 2001 avait indiqué qu’il ne se représenterait pas en 2026. Et puis cet été, au début du mois de juillet, il change d’avis. En s’exprimant dans les colonnes du Parisien ? Du tout.
Il déclare sa volonté de se représenter sur « ses » médias notamment « sa » page Facebook. Mais aussi sur « Canal », le mag de la commune - 30 000 exemplaires diffusés - qu’il contrôle.
Problème : il faut tout de même être investi par la section socialiste de Pantin qui va lui préférer en septembre son successeur hier désigné : Mathieu Monot, le Premier adjoint de Bertrand Kern.
Certes le Parisien répercute que le PS qui prenait la ville au premier tour en 2020 a cette fois deux candidats déclarés qui s’en réclament. Mais on n’en sait pas plus. Bertrand Kern ne s’exprime pas dans la presse professionnelle. Ni même sur le site « Bonjour Pantin » qui préfère faire écho aux bonnes nouvelles en privilégiant les « infos positives ».
Donc à quelques semaines des élections, personne n’est en mesure à Pantin de savoir ce qui oppose au fond le maire sortant et son Premier adjoint. Chacun chauffe « ses » troupes, via « ses » réseaux sociaux sans aucune médiation journalistique sérieuse.
Il a fallu, le 8 octobre un article surprise du Canard enchaîné pour en savoir un peu plus sur l’intensité de cette sourde guerre fratricide au cours de laquelle Bertrand Kern aurait tenté de faire adhérer des militants amis pour emporter le vote à la Fédération du PS. Beaucoup « de nouveaux encartés, précise le Canard, se trouvaient être des gardiens d’immeuble de Pantin Habitat présidé depuis 2014 par la femme du Maire ».
Les rumeurs et autres boules puantes fusent sans que l’administré pantinois, - j’en suis un — n’y comprenne que goutte. D’autant que l’on apprend dans la foulée que le conseil municipal n’a pas été réuni depuis fin juin… La médiation journalistique est réduite à néant et le débat démocratique municipal en sort pour le moins chloroformé.
Alors que les deux prétendants ne jurent que par la participation citoyenne de proximité et la concertation avec les vraies gens.
Pantin ne fait pas exception. A Paris aussi, sévit le « désert informationnel » dans l’hyper local : les arrondissements. Alors que dix des vingt arrondissements ont la masse démographique d’une grande ville de 80 000 habitants et plus, les contre-pouvoirs informationnels y sont à peu près partout lilliputiens ou nuls. Toujours très en dessous des situations urbaines de province.
Et quand il s’en monte un, j’en ai fait l’amère expérience dans le Xè arrondissement où nous avions monté avec des amis le Blog « Tous les Xè », les édiles ont vite fait vite de cataloguer « hostiles » ceux qui ne sont pas explicitement « amis ». Ou plus encore « obligés ».
Résultat : zéro réponse aux questions embarrassantes ou tout bêtement curieuses. Et en lieu et place d’un échange informatif exigeant, prévaut un dialogue sous cloche avec des associations subventionnées et soucieuses de ne pas faire de vague. Alors, il ne faut pas trop s’étonner qu’Anne Hidalgo ait réalisé aux dernières présidentielles un score à peu près aussi minuscule à Paris qu’au niveau national : 2,17 % des voix.
Qu’on se comprenne bien : la description de Paris ou Pantin vaut tout autant à droite qu’à gauche et quel que soit le territoire.
Attention toutefois à ne pas noircir le tableau. La santé de la presse locale est certes en crise en région Parisienne, dans le Nord ou l’Est (couleur bleue) , selon les indicateurs de la Fondation Jean Jaurès (Carte de la consommation des médias locaux). Mais des régions résistent bien comme la Bretagne (Le Télégramme de Brest), l’Alsace (Les DNA), le Massif Central ou le Sud-Ouest.
Et ici et là des médias locaux indépendants ont aujourd’hui pignon sur rue. Petits pignons. Mais ils font mieux que résister : Rue89 Strasbourg ou Lyon mais aussi Médiacités (Lille, Lyon Nantes, Toulouse, 94.citoyens.com.), Le Poulpe en Normandie (Rouen), Marsactu à Marseille…
Beaucoup de leurs animateurs sont d’anciens journalistes de la presse locale. Ils plaignent leurs confrères : « Entre la réduction de postes, la pression continue des élus en place ou des annonceurs, les annonces légales qui filent sur le web, la désaffectation des lecteurs de moins de 50 ans, c’est de la haute voltige sans filet » confie l’un d’eux. « Du coup, avertit un autre, les « Bad buzz » se propagent silencieusement, faute de relais et de répondant, dans les opinions locales. ».
« Sur les sujets stratégiques du Grand Paris qui devrait être centralissime en Ile France et à Paris, confie un expert, je n’ai même plus d’interlocuteur spécialisé dans plusieurs rédactions de la Presse nationale ». Alors on s’empaillera à coup de tweets et de video instagram sur le verdissement de proximité et le passage de bennes à ordure.
On pourrait avoir de sérieuses surprises lors des résultats. « Vous savez, note ce journaliste du Nord, quand, dans les bars et les familles, on commence les commentaires sur l’actualité locale par la formule « selon Facebook » ou « selon YouTube » ou « J’ai lu sur Insta », il y a du souci à se faire ».
Étrangement ce débat-là n’émerge guère à la veille des Municipales. Et vous remarquerez que les Maires et autres notables territoriaux ne sont pas les premiers à s’en emparer.
Les grands médias nationaux préfèrent dresser des statues aux maires, derniers remparts de République, ce qu’ils sont, à leur travail de plus en plus ingrat, ce qu’il est, sans s’intéresser de trop près à leur gouvernance. Au coefficient démocratique du débat local. A la pluralité des informateurs, de la presse et de la capacité à organiser des délibérations critiques au-delà des grands rituels participatifs, de plus en plus petits d’ailleurs, savamment encadrés.
Précisément ce qui a été reproché à Emmanuel Macron avec les conséquences que l’on sait.
"Oui Il y a un espace pour des réseaux sociaux d'investigation"
Par Pierre Mansat, ancien adjoint au Grand Paris de Pierre Delanoë
"Je ne connais que deux exemples: Le Parisien pour Paris/ Grand Paris et la Bretagne avec Ouest France/ Côtes d'Armor le Petit bleu des Côtes d'Armor.
Pour Paris , le Parisien ( dans son créneau de lectorat) joue encore un rôle. Encore faudrait-il savoir différencier la réception des articles consacrés à Paris par son lectorat populaire et l'idée que s'en font les politiques.
Et ce qui me saute aux yeux c'est un traitement sans investigation et qui oscille entre hagiographie et critique. ( pour plaire à tout le monde)
Et pour le grand Paris , pas de presse à ce niveau excepté le Journal du Grand Paris mais très CSP+ et sans investigation, plutôt publireportages.
En Bretagne c'est très très soft. On s'estime heureux si une information est diffusée. Le journal se garde bien d'investiguer sur les sujets locaux.
Alors oui les médias alternatifs sur le net et les réseaux sociaux peuvent être une source importante d'informations voire d'échanges et de débats.
Mais c'est très fragmenté et ils ne sont pas vraiment des lieux de débats. Rassemblent des gens qui partagent en gros les mêmes opinions.
En même temps, dans des territoires ou Cnews est en boucle dans les bistrots et dans les familles populaires, ils sont tres utiles pour mener la bataille culturelle.
Il y a sans doute un espace pour des réseaux sociaux d'investigation et de débats."