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Pierre Mansat et les Alternatives

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TribuneCarine Azzopardi "Dix ans après les attentats du 13 novembre : nous avons besoin de lucidité contre l’islamisme"

Une tribune de Carine Azzopardi, journaliste dont le compagnon Guillaume Barreau-Decherf est mort lors de l’attentat du Bataclan, alerte sur une autre victoire du terrorisme islamiste : celle d’avoir limité notre capacité à penser et à débattre librement.

Dix ans que le terrorisme a frappé nos rues, nos salles de spectacle, nos vies. Dix ans depuis que le sang a coulé à Paris, que des cris ont déchiré la nuit, que des familles ont été brisées.

Chaque année, cette période rouvre des blessures profondes et rappelle combien cette mémoire est lourde à porter. Elle confronte les victimes à une injonction paradoxale : être résilientes tout en acceptant que la société détourne le regard du réel. Or, la résilience, lorsqu’elle devient mantra ou rituel, enjoint à guérir sans pour autant comprendre ce qui nous a frappés.

Champ libre aux extrêmes

Et pourtant. Ne pas nommer le mal, c’est le laisser prospérer. Car ce n’est pas seulement nos corps que ce terrorisme a frappés. Il a atteint nos mots, nos pensées, notre capacité à débattre librement. Il a frappé notre liberté d’expression, insidieusement, durablement. A force de prudence, nous laissons le champ libre aux extrêmes sur ce sujet.

Après chaque attaque, la même mécanique se répète : des discours qui apaisent sans analyser, des hommages qui consolent sans alerter, des médias et des institutions qui peinent à désigner l’idéologie radicale qui frappe encore et toujours. En 2025, l’attentat d’Apt (Vaucluse) a bien été qualifié d’acte terroriste, mais il n’a plus suscité de débat.

Celui de Mulhouse (Haut-Rhin), en février, avait auparavant déjà sombré dans l’oubli, et nul ne se souvient de ce chrétien d’Irak assassiné à Lyon (Rhône) en septembre pour la seule raison qu’il était chrétien. Nous nous sommes accoutumés à ces violences qui ne provoquent plus ni sidération ni colère. Ces attaques, qui ne sont plus reliées entre elles, se dissipent dans l’indifférence générale, comme si le pays avait perdu la capacité d’y voir un sens commun.

Silence institutionnel et social

Pendant ce temps, l’islamisme progresse dans l’ombre et dans la lumière, à pas d’éléphant dans la salle, à l’abri d’un silence institutionnel et social. Ses réseaux s’installent, ses relais s’étendent, et chaque alerte est accueillie avec circonspection. A l’université, les études sur l’islamisme s’amenuisent ; les colloques se font plus rares, des chercheurs ne trouvent plus de financements. Dans une partie de nos rédactions, les enquêtes sont devenues plus prudentes que jamais. Le réel s’efface derrière nos précautions oratoires.

Pendant ce temps, les idéologies radicales prospèrent dans le vide que nous laissons. Elles gagnent non pas parce que nous manquons de mots, mais parce que nous n’osons plus les prononcer.

Réduire le terrorisme islamiste à une simple radicalisation en ligne, à des trajectoires individuelles déviantes, c’est méconnaître sa nature profonde. Il ne s’agit pas seulement de jeunes perdus, happés par des vidéos ou des prêcheurs numériques. L’islamisme est une idéologie cohérente, structurée, qui s’enracine et se déploie au sein même du monde musulman.

Elle se diffuse par des associations, des écoles, des mosquées, des influenceurs, mais aussi par des circuits culturels et politiques qui se présentent comme modérés tout en travaillant à saper les valeurs démocratiques. Cette idéologie avance sous couvert de religion, en prétendant défendre les croyants, alors qu’elle vise à imposer une vision totalisante du monde. Tant que nous continuerons à la considérer comme une dérive marginale, nous resterons désarmés face à sa progression.

La mémoire ne suffit pas

Or, nous pesons aujourd’hui chacun de nos mots, nous hésitons à analyser, à critiquer, à nommer, de peur d’être taxés d’«islamophobes». Le terrorisme n’a pas seulement cherché à tuer : il a voulu imposer la peur et la division. En limitant notre capacité à penser et à débattre librement, il a atteint l’un de ses objectifs.

La peur du terrorisme n’est pas la seule à museler notre parole. Une autre peur, plus pernicieuse encore, s’est installée : celle d’être confondus avec les extrêmes. Nous redoutons les amalgames, nous craignons de «donner du grain à moudre» à l’extrême droite. Alors, nous nous taisons. Mais ce silence n’apaise rien, au contraire : il nourrit la colère, la méfiance et le ressentiment.

En refusant de nommer les faits, nous laissons l’espace libre à ceux qui les déforment. Ainsi, nous perdons deux fois : d’abord en étouffant le débat, ensuite en laissant croître ceux qui prospèrent sur nos silences.

Dans certains médias, lieux culturels, écoles ou universités, j’observe ce retrait progressif. Certains sujets deviennent intouchables, certaines analyses sont édulcorées pour ne pas heurter. Le terrorisme ne se contente pas d’avoir frappé nos vies : il s’est installé dans nos têtes. Il a colonisé nos discours, il a infiltré nos hésitations.

Dix ans après, nous portons non seulement le deuil des victimes, mais aussi le constat amer de ce que nous sommes devenus : prudents, circonspects, autocensurés. Nous avons cédé du terrain, non pas aux armes, mais à la peur.

Dix ans après, la mémoire ne suffit pas. Nous n’avons pas besoin que l’on nous appelle à la résilience. Nous avons besoin au contraire de la lucidité de la société contre cet islamisme qui ne cesse de progresser, en France et dans le monde. Car une résilience sans lucidité n’est que déni

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