Luttes émancipatrices,recherche du forum politico/social pour des alternatives,luttes urbaines #Droit à la Ville", #Paris #GrandParis,enjeux de la métropolisation,accès aux Archives publiques par Pierre Mansat,auteur‼️Ma vie rouge. Meutre au Grand Paris‼️[PUG]Association Josette & Maurice #Audin>bénevole Secours Populaire>Comité Laghouat-France>#Mumia #INTA
1 Septembre 2025
Tribune
Par : un collectif de plus de 230 intellectuel·les, enseignant·e-chercheur·ses, critiques et architectes
Un article publié dans Le Monde ce mardi 26 août relate que agence d’architecture Chartier Dalix a porté plainte pour diffamation publique contre un enseignant-chercheur, Mathias Rollot, pour un texte publié sur les décalages pouvant exister entre sa communication et ses réalisations. Cet article, intitulé “Architecture et greenwashing, ou comment biodiversifier le béton”, a été publié en juin 2023 dans la revue lundimatin. Rédigé par un maître de conférences habilité à diriger des recherches, il s’inscrit dans la continuité de ses travaux de recherche en architecture à destination du grand public.
Cet article relève de la « critique architecturale » – au sens où il y a de la critique d’art, de cinéma ou de musique – pratique régulière et ancienne sur de nombreux édifices et projets architecturaux. Les exemples ne manquent pas : des articles parus dans Le Visiteur, D’a, Criticat ou Le Monde, jusqu’aux ouvrages entiers, de La Comédie des Halles de Françoise Fromonot à Paris ville free de Soline Nivet.
La critique d’architecture, au-delà d’une analyse purement technique, confronte les discours et les réalisations, au regard de cultures, de champs et de critères élargis. Elle fait partie intégrante du débat public, et revêt une importance cruciale pour la discipline architecturale – praticien·nes, chercheur·ses, enseignant·es inclus·es – autant que pour la société civile tout entière, en lui permettant de contribuer à ce sujet d’intérêt général.
En attaquant en diffamation, l’agence empêche la critique et, partant, la recherche architecturale, de vivre et de jouer son rôle fondamental. L’agence ne demande pas à la revue et/ou à son auteur de retoucher une erreur qui se serait glissée par inadvertance, voire de prolonger le débat au moyen d’un droit de réponse. La revue et son auteur n’ont pas reçu une telle demande, l’agence préférant immédiatement judiciariser un débat pour faire taire un point de vue doctrinal.
Cette action en diffamation et les conséquences judiciaires qu’elle entraîne constituent une menace pour tous les critiques et pour tous les chercheurs qui, dorénavant, hésiteront à publier leurs travaux. Cette procédure a également pour effet d’interdire aux autres chercheurs de prolonger le débat sur ce sujet par crainte de représailles judiciaires.
Elle s’apparente fort à une « procédure-bâillon », dispositif à « effet dissuasif viral au sein de la société civile », destiné à museler toute critique en judiciarisant les travaux des journalistes, des ONG, et dorénavant les enseignant·es-chercheurs·ses, « nouvelles cibles » de ces procédures.
Ces travaux permettent au public de prendre part de manière éclairée à ce sujet d’intérêt général. Créancière d’un droit de savoir, cette information plurielle est une garantie indispensable à l'épanouissement démocratique de toute société civile.
Ce n’est pas la première fois qu’un universitaire travaillant dans le domaine des sciences de l’environnement est ainsi attaqué : voir par exemple, il y a plus de dix ans, le procès gagné par le Professeur de droit Laurent Neyret, après trois années de procédures épuisantes et coûteuses. Et si un rapport sur les procédures-bâillons relève bien d’autres affaires du genre ces dernières années, en architecture en revanche, on ne compte de mémoire qu’un seul précédent : le critique François Chaslin, tout récemment disparu, qui lui aussi avait fait l’objet d’une attaque en diffamation pour une critique architecturale en 1995.
L’architecture est l’affaire de toutes et tous, et les enjeux écologiques, sociaux et politiques majeurs qu’elle induit doivent relever, dans nos sociétés démocratiques, relever du débat public, à l’extérieur des enceintes judiciaires. Pour le critique Marcel Cornu, c’est d’ailleurs l’objet central de la critique d’architecture que de “déceler et d’expliquer les rapports que la production architecturale entretient avec l’ensemble de la vie sociale – avec les structures et les superstructures et notamment l’idéologie de la formation économico-sociale dans laquelle elle se développe, dont elle naît. Où elle prend place. Où elle joue un rôle” (AMC, 1968).
La problématique écologique globale que nous devons affronter collectivement pose des questions complexes, qui impactent largement l’architecture, l’urbanisme et tous les secteurs de la construction. Cette situation appelle des débats vivants et urgents. Comme le souligne bien le récent ouvrage La Critique à l’œuvre, l’actualité environnementale renouvelle le rôle de la critique architecturale et doit impérativement lui donner une nouvelle actualité – plutôt que d’ouvrir sur une multiplication des procédures de judiciarisation de l’expression ou de censure des propos des auteurs qui tentent de la faire vivre.
Nous, critiques d’architecture, ne voulons pas d’un monde sans réflexivité et sans liberté de parole, dans lequel le public non spécialiste serait privé d’un indispensable accès aux débats contradictoires qui parcourent nos disciplines et domaines d’étude ;
Nous, chercheurs·es, ne voulons pas d’un monde où la liberté académique recule, où “les controverses scientifiques sont judiciarisées”, et où la publication des conclusions de nos travaux de recherche peut nous amener au tribunal ;
Nous, architectes praticien·nes, ne voulons pas d’un monde où la critique architecturale est réduite au silence, voire n’existe plus. ;
Nous, toutes et tous, désirons une société où puissent exister des échanges intellectuels réels, publics et contradictoires tant sur les problématiques que rencontrent la société civile que sur les enjeux écologiques des projets architecturaux – et non des procès intimidants et violents, destinés à censurer les dissensus.
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