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Pierre Mansat et les Alternatives

Luttes émancipatrices,recherche du forum politico/social pour des alternatives,luttes urbaines #Droit à la Ville", #Paris #GrandParis,enjeux de la métropolisation,accès aux Archives publiques par Pierre Mansat,auteur‼️Ma vie rouge. Meutre au Grand Paris‼️[PUG]Association Josette & Maurice #Audin>bénevole Secours Populaire>Comité Laghouat-France>#Mumia #INTA

Grand Paris, Partons des habitants, pas des institutions

Grand Paris : Partons des habitants, pas des institutions

Par Édouard Dequeker
Professeur à la chaire d\'économie urbaine de l\'ESSEC
Jacques Lévy
géographe, membre du rhizome de recherche Chôros et directeur de lachaire Intelligence spatiale de l’Université polytechnique Hauts-de-
FranceJean Coldefy
Expert des mobilitésPublié le 9 septembre 2026

Le débat sur la gouvernance du Grand Paris est de retour. C'est une
bonne nouvelle, à condition de ne pas répéter l'erreur de méthode qui
condamne, depuis des décennies, toutes les réformes franciliennes.

es récentes propositions du Haut-Commissariat à la
Stratégie et au Plan – qui suggèrent de fondre Paris,
les départements et les communes de la petite
couronne en une collectivité unique, la « Ville du Grand Paris »,
découpée en une quarantaine de districts – ont le mérite de

remettre sur la table un sujet esquivé depuis 2017, celui de
l’organisation institutionnelle de la région capitale. Il faut s’en
réjouir, tant l’Île-de-France cumule une complexité
administrative sans équivalent en France, héritée d’un État qui a
longtemps piloté directement la région et sa capitale .
On y empile en effet les communes et leurs intercommunalités,
les établissements publics territoriaux – ces regroupements de
communes créés en 2016 à l’intérieur de la métropole –, les
départements, la Métropole du Grand Paris, la région, sans
compter l’État et les nombreux opérateurs et syndicats mixtes.
Dans ce millefeuille, nul ne sait plus ni qui décide ni qui paie, et
l’enchevêtrement dilue les responsabilités, brouille la lisibilité
démocratique et fait exploser les coûts de transaction de
chaque projet, ralenti par d’interminables négociations entre
échelons. C’est cette accumulation qui paralyse aujourd’hui
l’action publique francilienne.
Ces propositions n’en perpétuent pas moins le travers de toutes
les réformes territoriales récentes, qui consiste à dessiner
d’abord une architecture institutionnelle avant d’avoir analysé le
fonctionnement réel du territoire. Pierre Veltz et Nicolas
Samsoen l’ont d’ailleurs rappelé dans une tribune récente dont
nous partageons le propos . Il faudrait au contraire partir de la
réalité démographique, économique et sociale de cet espace
singulier pour en déduire le mode de gouvernance qui lui
convient.
Cette réalité urbaine a profondément changé. Au XIXe siècle,
une ville se résumait à sa tache bâtie continue, formée d’une
ville-centre historique et, selon les cas, des faubourgs et des
banlieues nés de la révolution industrielle. Or aujourd’hui, ce qui
fait une ville, ce ne sont plus ses murs mais ses flux. Depuis la
seconde moitié du XXe siècle, les espaces de vie débordent très
largement la tache bâtie, les habitants se logeant, travaillant, se
soignant, et donc se déplaçant sur des distances inédites. C’est
ce que saisit l’Insee avec l’aire d’attraction d’une ville, fondée
sur les déplacements domicile-travail des recensements, qui
1

2

donne à voir l’aire d’influence économique de la métropole bien
mieux que la seule continuité du bâti.
Appliquée à Paris, cette lecture apporte un éclairage
élémentaire mais qu’il reste indispensable de rappeler. L’aire
d’attraction de la capitale réunit aujourd’hui 13,3 millions
d’habitants et 1 926 communes. Elle déborde même les
frontières de la région Île-de-France, tout en épousant pour
l’essentiel un périmètre infiniment plus pertinent que la petite
couronne pour exercer les grandes compétences stratégiques,
qu’il s’agisse du développement économique, du logement, de
l’environnement, de l’enseignement supérieur ou de la
recherche. Le Grand Paris Express lui-même, avec ses quatre
nouvelles lignes de métro desservant une géographie qui
dépasse largement la zone dense, en administre la preuve. De
ce point de vue, la Métropole du Grand Paris, créée en 2016, fut
une double erreur. Par son échelle d’abord, beaucoup trop
petite pour porter une vision stratégique. Par sa forme
institutionnelle ensuite, puisqu’on en a fait une
intercommunalité de sept millions d’habitants appelée à exercer
des compétences opérationnelles de proximité, ses
établissements publics territoriaux ayant vocation à devenir de
simples relais de déconcentration de ses politiques, ce qui en
fait une structure trop grande pour le terrain et trop petite pour

la stratégie. Elle doit être supprimée. Les deux cartes ci-
dessous donnent à voir, d’un coup d’œil, combien son périmètre

est étranger à la métropole réelle.

L’aire d’attraction de Paris et son pôle principal, confrontés aux
limites de la région Île-de-France et de la Métropole du Grand
Paris. L’aire (13,3 millions d’habitants, 1 926 communes) déborde
la région, tandis que son pôle principal (10,9 millions) excède très
largement la MGP (7,1 millions). Source : Insee, zonage en aires
d’attraction des villes 2020.

 

Déplacements domicile-travail compris entre 10 et 200
kilomètres, mesurés par les données mobiles de bornage (zoom
sur le Bassin parisien). Source : données mobiles Orange,
exploitées dans le cadre des programmes de recherche La
France Habitée (Chôros et Transdev).
Comme le montrent ces deux cartes, la Métropole du Grand
Paris ne correspond à aucune réalité fonctionnelle, ni à celle de
l’aire d’attraction, ni même à celle de son pôle principal, le
centre et la banlieue en continuité de bâti. Ce dernier réunit
pourtant 10,9 millions d’habitants et englobe, au-delà des
quatre départements centraux, près de trois millions de
résidents des quatre autres départements franciliens. Même
selon cette définition restrictive de l’agglomération, ni la
métropole ni la petite couronne ne forment un périmètre
pertinent. La cartographie des flux le confirme par une mesure

très concrète. Reconstitués à partir des données mobiles de
bornage, les déplacements des citoyens dessinent un faisceau
dense de mobilités qui converge vers le pôle urbain de Paris et
irrigue tout le Bassin parisien, débordant très largement les
frontières administratives et attestant que la vie quotidienne
des Franciliens se joue, au minimum, à l’échelle régionale.
Cette domination du centre dense a une histoire. Paris demeure
engoncé dans le périmètre hérité d’Haussmann puis de
l’achèvement du boulevard périphérique en 1973 qui a figé un
clivage entre un hyper-centre très dense et sa périphérie, sans

véritable équivalent parmi les autres villes-mondes. La carte ci-
dessous le confirme avec une mesure inédite, l’« habitant-
année », qui compte la présence réelle des personnes au fil de

l’année – domicile, travail, études, loisirs,... – plutôt que la seule
population résidente. Le cœur de l’agglomération s’y révèle plus
dense encore que ne le dit le recensement, Paris comptant

quelque 2,7 millions équivalents temps plein (ou habitants-
année), soit 600 000 de plus que ses résidents. Mais dépasser

ce clivage ne consiste pas à prolonger le vieux mouvement
d’annexions et d’enceintes successives par lequel Paris a
repoussé ses limites ; il s’agit au contraire de poser les jalons
d’un fonctionnement métropolitain et régional polycentrique.

La densité d’habitants-année en Île-de-France (2025). L’«
habitant-année » mesure la présence réelle des personnes au fil
de l’année à partir des données mobiles. Source : La France
Habitée (Chôros et Transdev).
Sortir de l’impasse ne suppose ni l’immobilisme ni la table rase. Il
s’agit plutôt d’articuler trois niveaux indispensables, celui des
grands enjeux stratégiques, celui de la mise en œuvre
opérationnelle, et celui de la proximité et de la démocratie. Le
bloc de proximité, hérité des communes et de leurs
intercommunalités et chargé de la vie quotidienne, peut se
concevoir sur le modèle des arrondissements parisiens ; les
établissements publics territoriaux y deviendraient des
intercommunalités de droit commun, vouées à terme à se
transformer en communes de plein exercice. Le niveau des

stratégies territoriales, lui, correspond au périmètre de
l’actuelle région Île-de-France ; c’est là que doivent se définir
les politiques de développement économique, d’aménagement,
de mobilité et de logement.
Le niveau intermédiaire, celui de la mise en œuvre, déclinera ces
stratégies au plus près du terrain. Deux options, parmi d’autres,
sont possibles. La première ferait fusionner les départements
actuels avec la région, en mutualisant leurs élus comme leurs
services, pour en faire le bras armé des politiques
métropolitaines et un appui à la proximité. La seconde ne
créerait aucun échelon permanent ; la métropole-région
financerait des structures constituées spécialement pour
chaque grand projet – un réseau de transport, une opération
d’aménagement – appelées à se dissoudre une fois celui-ci
mené à bien.
En tout cas, aucune de ces options ne saurait être tranchée en
chambre. Une articulation vraiment adaptée aux spécificités du
territoire ne se décrète pas ; elle se construit collectivement,
avec l’ensemble de la société. Et si, justement, on demandait
aux Franciliens ce qu’ils en pensent ? Une convention citoyenne
permettrait aux habitants du Grand Paris de dire comment ils
conçoivent son développement et sa gouvernance. Et si l’on
mettait autour de la même table les résidents du centre, de la
banlieue et du périurbain, eux qui n’ont jamais l’occasion de se
parler, pour leur demander comment ils veulent dessiner les
grandes lignes d’un espace qu’ils doivent déjà, d’une manière ou
d’une autre, partager ? Les acteurs économiques auraient eux
aussi toute leur place dans ces échanges. À Londres, ils ont
d’ailleurs pesé d’un poids décisif, dès les années 1990, en faveur
de la recréation d’une autorité métropolitaine, advenue en
2000 avec la Greater London Authority. Dans un paysage
rouvert par la suppression de ses chimères institutionnelles, une
telle démarche constituerait la première étape d’une nouvelle
construction

Les outils pour nourrir cette dynamique existent d’ailleurs déjà.
L’exploitation des données téléphoniques de masse, sur laquelle
se fondent les recherches du projet La France Habitée et celui la
chaire d’économie urbaine de l’ESSEC (Mobilités et Territoires),
permet par exemple de dessiner la carte des espaces de vie qui
composent l’aire d’attraction de Paris et de fonder ainsi la
future organisation sur la géographie réelle des habitants plutôt
que sur des frontières héritées.
Le Grand Paris n’a pas besoin d’une carte de plus. Il demande
que l’on parte enfin de ce qu’il est. Ce que montre cette
analyse, c’est que l’échelon régional constitue la bonne base
pour organiser les grandes compétences stratégiques, et
qu’une réforme conçue en chambre ne ferait que complexifier
davantage l’action publique au lieu de la simplifier. Par sa
centralité économique, démographique et politique, la région
capitale mérite mieux qu’un redécoupage conçu loin du terrain
et guidé par des enjeux politiciens. Elle mérite un vrai débat, et
la patiente construction d’un mode d’organisation qui échappe
aux « big bangs » technocratiques, qui ne font qu’aggraver les
choses, et qui soit, enfin, à la hauteur des enjeux et de
l’importance de ce territoire. Ce chantier, esquivé depuis si
longtemps, devra être pleinement assumé par le prochain
exécutif issu de 2027, pour une métropole essentielle qui pèse
31 % du PIB national tout en réunissant 19 % de la population.

Notes

Paris a été exclu de la loi municipale de 1884 et n'a
retrouvé un maire qu'en 1977. Au-delà de la présence de
la Présidence, de Matignon et des ministères, l'État
continue d'y jouer un rôle particulièrement important, à
travers ses établissements publics et la puissante
préfecture de police de Paris.
1

« Grand Paris : pour transformer la métropole, nous
n'avons pas besoin de grands chambardements
institutionnels mais de vrais projets », tribune du 10 juin
2026 dans Le Monde, par Nicolas Samsoen, président
du comité stratégique de la Société des Grands Projets,
et Pierre Veltz, économiste.

#GrandParis #Paris

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