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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

> Une tour Medicis à Clichy sous Bois

Dans L'Humanité

Une « tour Médicis» à Clichy-sous-Bois - Montfermeil

L'état a acheté une tour promise à la démolition pour y installer une résidence d'artistes liée à

la villa romaine. L'idée vient de Jérôme Bouvier, médiateur de Radio France.

Comment vous est venue l'idée de

mettre en lien une tour de 13

étages, en déshérence aux confins

de Clichy~sous-Bois et Montfermeil

. (Seine-Saint-Denis), à la

prestigieuse résidence d'artistes

qu'est la villa Médicis de Rome?

Jérôme Bouvier. J'ai été fasciné par

la désagrégation de certains quartiers

de Clichy-sous-Bois, bouleversé par

la mort de Bouna et Zied, happé par

cette ville que j'ai appris à aimer.

Avec le maire et les associations,

nous avons fait venir douze des plus

grands photographes pour qu'ils nous

offrent un regard différent. Ce fut «

Clichy sans clichés ». Puis ce sont

des écrivains que nous avons invités

en résidence pour écrire avec les

habitants le livre Clichy mot à mot.

Avec toujours la même idée: par la

culture, changer le regard sur les

quartiers.

En 2008, quand j'ai appris que cette

tour de bureaux, qui n'avait jamais

accueilli d'emplois, allait être

démolie, j'ai proposé aux maires de

Montfermeil et de Clichy, Xavier

Lemoine (UMP) et Claude Dilain

(PS), de défendre ensemble l'idée

d'une deuxième villa Médicis. Pour

que la culture française marche sur

ses deux pieds, pour qu'elle soit

ancrée dans son histoire, à Rome, et

projetée dans son futur, au coeur des

quartiers populaires. Les deux

municipalités ont été aussitôt

d'accord. Avec leurs différences,

elles croient toutes les deux à cette

idée qu'un projet culturel

d'excellence peut aider à résoudre

toutes les urgences sociales qui

frappent les habitants de ces

quartiers. Le 22 octobre 2010, j'ai

adressé au ministre de la Culture une

note lui soumettant ce projet, que

certains qualifient d'utopique mais

que je crois essentiel. Quelques jours

plus tard, il demande à visiter la tour.

Il est immédiatement convaincu.

En décembre dernier, l'état

rachète la tour. Mais le 'projet

retenu par le ministère de la

Culture est-il bien le vôtre?

Jérôme Bouvier. Oui ! Ce projet

n'aurait pas pu voir le jour sans

l'implication personnelle de Frédéric

Mitterrand, ministre de la Culture et

ancien directeur de la villa Médicis à

Rome. Il a su conyaincre les

administrations que cè projet devait

être d'un haut niveau d'exigence et se

construire en lien avec le territoire. Il

a su porter ce projet sur le respect

d'un consensus non partisan qui fait

sa force aujourd'hui.

En fait, vous avez renversé le

raisonnement. Vous placez le

potentiel de ces quartiers

populaires délaissés, stigmatisés,

au centre des gisements artistiques

de demain.

Jérôme Bouvier. Exactement. Qui

remplira les musées de demain ?

Quels artistes la France aura-t-elle su

faire émerger? Comment notre pays

peut-il espérer se tenir au niveau qu'il

ambitionne dans le domaine de l'art

sans se donner les moyens d'aller

puiser dans le formidable creuset

d'espoirs et de souffrances que

propose la banlieue? L'avenir de nos

sociétés s'écrit plus sûrement,

aujourd'hui, dans les périphéries de

nos villes plutôt que dans leurs

centres, que nous transfonnons en

musée de nos nostalgies.

Comment, concrètement, associer

artistes en résidence et gens du

quartier? Un gros obstacle sautera

lorsque ces villes ne seront plus

enclavées, lorsque le métro

automatique, prévu dans le cadre

du Grand Paris, et, plus tard, le

tramway s'arrêteront au pied de la

tour. Mais le ressenti ne se

focalisera-t-il pas sur le~ mille

autres urgences de ce territoire en

matière de travail, de pouvoir

d'achat, de logement, de sécurité?

Jérôme Bouvier. Effectivement, rien

n'est moins évident. Il est donc

nécessaire d'installer dans la tour, en

plus des résidences d'artiste de toutes

disciplines, des classes préparatoires

aux écoles supérieures artistiques et

culturelles, une école de la deuxième

chance, pour les jeunes déscolarisés,

formant aux métiers de la culture, du

numérique, de la gastronomie, ainsi

qu'une crèche, une salle de spectacle,

un lieu d'exposition, de projection,

avec une programmation permettant

aux habitants du quartier de

s'approprier le lieu.

Il ne s'agit donc pas de prendre la

villa Médicis comme modèle et de

la calquer dans le 93 ?

Jérôme Bouvier. Bien sûr que non!

Rome est une marque. Il n'est pas

question de la singer. La tour

Médicis ne se réduit pas à un slogan.

Elle est dotée de sa propre

originalité. Elle ne garde de la

marque que l'exception, les moyens.

Les artistes viendront puiser dans

cette zone de relégation, ils se

frotteront aux tensions, à la rugosité

des quartiers. Et, qui sait, cette

expérience revivifiera peut-être la

villa Médicis de Rome !

Mais qui en financera la

rénovation et le fonctionnement?

Jérôme Bouvier. C'est le vrai

problème. Le budget de cette

opération de réhabilitation, qui se fait

en consensus avec le conseil

régional, le conseil général, la Ville

de Paris, s'élève à 30 millions

d'euros. C'est beaucoup en cette

période de disette. Mais les symboles

ici rassemblés, la villa Médicis pour

son excellence, Clichy-sous-Bois et

Montfermeil pour les questions

posées au devenir de nos sociétés,

sont d'une telle force qu'ils peuvent, à

eux seuls, fédérer les énergies

nécessaires à un projet d'exception.

Ce grand squelette est d'ores et déjà

une promesse culturelle

Date de parution: 14.02.2012

Propos recueillis par Magali

Jauffret

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