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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 08:52

RÉCIT

Depuis près de quinze ans, élus et gouvernements tentent de dessiner les modalités et le fonctionnement d’une vaste collectivité territoriale en Ile-de-France. Récit d’une quête

La scène se passe au service maquette de Libération, devant le schéma du futur métro Grand Paris Express. En rouge la rocade de la ligne 15 qui fera le tour de la banlieue. Une des maquettistes a cette réflexion: «C’est drôle, on dirait que Paris disparaît…».

La scène se passe lors d’une réunion associative à Athis-Mons, en bordure de la future métropole du Grand Paris. Une banlieue très pavillonnaire. Une vingtaine de personnes. On entend: «On est venus habiter ici parce que c’est à taille humaine. Avec le Grand Paris, on va construire partout».

La scène se passe un peu partout et quelqu’un pose cette question: «Alors, ce Grand Paris, ça va se faire?»

L’imaginaire du Grand Paris est un chantier en construction que, pour le moment, seuls les politiques bâtissent. Qui d’autre serait capable de le raconter? Eux en font une histoire pleine de bruit et bien souvent de fureur. Ou plutôt des histoires. Y aura-t-il à la fin un récit collectif?

L’histoire d’une prudence

Qui est l’artisan du Grand Paris? Peut-être Pierre Mansat, obscur adjoint communiste de Bertrand Delanoë dès 2001. Mansat est chargé des «relations avec les collectivités territoriales d’Ile-de-France». Intitulé pas très clair mais à l’époque, personne ne parle de métropole. Mansat commence donc par faire exister l’idée dans les cénacles… de la recherche. Sous la bénédiction de la Ville de Paris, des travaux d’historiens et de sociologues sont entrepris.

Parallèlement, en 2006, Paris impulse une «conférence métropolitaine», club informel qui réunit quelques maires de banlieue, dont une poignée à droite comme Philippe Laurent (Sceaux), Jacques J.P. Martin (Nogent-sur-Marne), Laurent Lafon (Vincennes) ou Bertrand Gauducheau (Vanves).

La lisibilité politique de toutes ces démarches est nulle mais là n’est pas le propos. Pierre Mansat et Bertrand Delanoë sont convaincus que si Paris s’avance trop, le fantasme de l’écrasement des petits par le gros va tout bloquer. Il faut repousser au maximum le moment d’entrer dans les considérations politiques. Et avant cela, faire exister la réalité du destin commun des Parisiens et des banlieusards.

Dans ces années 2000, il se passe quelque chose. Une proportion croissante de la population ne se déplace plus qu’autour de Paris, dans un bricolage de trajets que le réseau de transports collectifs n’a pas prévu. Des marées de bureaux ont couvert Issy-les-Moulineaux, qui a construit une Défense-bis sans crier gare. Les industries de l’audiovisuel ont colonisé la Plaine Saint-Denis sans rien demander à personne. Des milliers d’emplois ont poussé autour de Roissy-Charles-de-Gaulle sans qu’on ait anticipé qu’une plateforme aéroportuaire générerait cela. Le Sentier a déménagé à Aubervilliers sous l’impulsion des Chinois qui en font le leader européen du commerce textile de gros presque par surprise.

Il y a les coins où les élus ont saisi leur chance, comme à Plaine Commune autour du Stade de France. Et ceux où ils la laissent passer, comme à Boulogne-Billancourt sur l’île Seguin. Partout, les inégalités de richesse entre territoires s’aggravent. Le puzzle est là, mais pas le tableau d’ensemble. Seul trait commun à tous, l’enfer de «la vie de Parisiens».

En 2008, la conférence métropolitaine devient Paris Métropole, syndicat mixte d’études regroupant une centaine de collectivités de la métropole. Les gros bataillons de l’UMP adhèrent. Le principe est archi-égalitaire: une collectivité, une voix. Le Pré-Saint-Gervais (17200 habitants) égale Paris (2211000 habitants). Dans un système comme celui-là, la recherche du consensus est obligatoire. La philosophie même de Paris Métropole empêche les postures autoritaires. Réformiste par nature, le syndicat entérine que la métropole, multipolaire, s’appuiera sur plusieurs centres même si cet éclatement n’est pas un schéma mental très compréhensible.

Est-il seulement opérationnel? Quand, en 2013, vient la question de la gouvernance du Grand Paris, les élus membres de Paris Métropole ne parviennent pas à se mettre d’accord. Où doit être le pouvoir? Dans les territoires de la métropole ou à son sommet? Et surtout, comment doit-on redistribuer la richesse dans la région la plus productive et la plus inégalitaire de France?

Face à ces sujets qui fâchent, la méthode prudente des petits pas ne suffit plus. Quand s’ouvre au Sénat le débat parlementaire sur la loi métropoles, le syndicat mixte, divisé, n’est plus une force de proposition. Là dessus, à la surprise générale, le PC et l’UMP votent en chœur une brutale suppression des articles de la loi concernant le Grand Paris. L’esprit de concorde de Paris Métropole a bien du mal à souffler.

L’histoire d’une impatience

Où remonter? Aux Jacobins? Au Général? Quand Nicolas Sarkozy, inaugurant un terminal de l’aéroport Charles-de-Gaulle en 2007 affirme qu’il faudrait créer «une communauté urbaine» du Grand Paris, on sent poindre l’envie des solutions expéditives. Contrairement aux socialistes parisiens qui glosent sur la métropole pendant des mois et n’utilisent surtout pas le terme «Grand Paris», Sarkozy, lui, en use et en abuse. «L’aménagement global du Grand Paris», «la réflexion sur le Grand Paris», «le chantier du Grand Paris» émaillent des discours dans lequel il faut comprendre que tout ça, c’est lui. D’autant plus que si ce grand dessein permettait à la droite de reconquérir la région en 2010, ce ne serait pas plus mal.

En mars 2008, Sarkozy passe à l’acte en créant un Secrétariat d’Etat au Développement de la région capitale. Un ministère pour une région, malgré la décentralisation, en voilà un beau message autoritaire… Le titulaire du poste est à l’avenant. Christian Blanc travaille seul dans son coin, sans aucun égard pour les élus locaux et surtout pas pour le président de la région Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, qu’il brutalise tranquillement.

En 2010, le projet que livre Christian Blanc ressemble à une baffe: l’Etat va créer un nouveau réseau de métro de 200 kilomètres (parce que l’actuel est un désastre), sans les collectivités (parce qu’elles sont inefficaces), pour relier dix «clusters» de développement économique entre eux (parce que la croissance est la priorité). Le réseau passe aussi par Clichy et Montfermeil, communes symboles de la pauvreté (pour désamorcer les critiques). Le tout en dix ans (un exploit!) et roulez jeunesse…

On va foncer. En 2010, le débat parlementaire sur la loi Grand Paris, mené sur ce ton, se passe dans un climat tendu.

Nicolas Sarkozy a beau être hâtif, il n’est quand même pas fou. Alors qu’il bouscule la région sur les transports, il se garde bien d’aller batailler sur le dossier épineux de la gouvernance. On verra plus tard qui sera le roi du Grand Paris. Mais voilà qu’un sénateur UMP méconnu, élu en Seine-Saint-Denis, met les pieds dans le plat. Piaffant d’impatience, Philippe Dallier pond en avril 2008 un rapport en forme de bombe. Il préconise la fusion des quatre départements centraux d’Ile-de-France en un seul, la transformation des arrondissements parisiens en communes, la suppression du poste de maire de Paris et l’élection du maire du Grand Paris au suffrage universel direct. Le tout plié en quelques années, clic-clac, c’est fait. Carré, simple, lisible. Le sénateur a tellement le sens de la formule que la presse l’adore entendre raconter son Grand Paris. Les élus de Paris Métropole, dont Dallier est membre par ailleurs, poussent des hurlements. Quoique Bertrand Kern, maire socialiste de Pantin, nous ait confié à l’époque: «Dallier n’a pas tort mais il saute trop vite à la conclusion».

Pour organiser le Grand Paris, les impatients préfèrent toujours les schémas pas trop compliqués. En 2013, lors du débat parlementaire sur la loi métropoles, les voilà de retour. L’alliance sénatoriale PC-UMP, comme on l’a vu, a supprimé les articles sur le Grand Paris. Du coup, faute de texte sur lequel débattre, l’Assemblée part d’une page blanche. Un groupe de députés PS, emmené par l’élu des Hauts-de-Seine Alexis Bachelay, procède à un «putsch parlementaire» selon l’expression de l’un d’entre eux, Jean-Marie Le Guen, élu de Paris. Sous le regard approbateur de Claude Bartolone, président de l’Assemblée, ils dessinent une métropole centralisée de six millions d’habitants, régnant sur des territoires sans autonomie fiscale après dissolution des intercommunalités actuelles. La métropole redistribuera les fruits de la croissance. Le gouvernement accepte. Adopté.

Sur le papier, c’est parfait… Sur le terrain, en revanche, nul ne sait comment fonctionneront les territoires. Patrick Brouezec, président Front de gauche de la communauté d’agglomération Plaine Commune, ne décolère pas contre «ce démantèlement de ce qui marche». La métropole du Grand Paris va devoir gérer les crèches, persifle de son côté Patrick Devedjian, le président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine.

Une histoire qui finit bien?

L’impatience aurait-elle finalement gagné? Le brutal Christian Blanc a finalement été évacué en 2010 au profit de ministres plus ronds qui ont pris leur temps pour négocier avec la région un plan de rénovation des lignes du RER. Son passage aura quand même imposé l’évidence des besoins de mobilité du Grand Paris. Et c’est bien son grand métro qui est aujourd’hui lancé.

Reste la question de l’argent. La redistribution du produit des impôts économiques sur les territoires de la métropole parviendra-t-elle à combler le fossé qui sépare Clichy-sous-Bois et Neuilly-sur-Seine? Tout dépend de la façon de faire. La discussion est en cours et s’achèvera au Parlement cet hiver. Si elle n’aboutit pas sur davantage de solidarité, alors les habitants du Grand Paris auront le sentiment que pendant toutes ces années, les politiques leur ont raconté des histoires.

Pas de vote avant longtemps…

Y aura-t-il plus de démocratie dans le Grand Paris? Le 1er janvier 2016, la métropole du Grand Paris entrera en fonction, regroupant les 124 communes des quatre départements centraux d’Ile-de-France, plus cinq communes limitrophes qui ont choisi d’y adhérer. Les 340 conseillers métropolitains, issus des conseils municipaux des communes, désigneront alors le premier exécutif de la métropole avec président(e) et vice-présidences.

Il faudra attendre 2020 toutefois pour que le citoyen puisse voter au suffrage universel direct pour élire les conseillers métropolitains et encore, seulement la moitié d’entre eux. Une campagne pour la présidence de la métropole qui ressemblerait à une campagne municipale pour décrocher la mairie n’est donc pas pour demain matin… Autre facteur de complication, la fusion des départements dans la métropole. Un rapport doit être remis à la ministre de la Décentralisation fin 2014. Mais il n’est pas sûr que tout soit calé au 1er janvier 2016.

Sibylle VINCENDON

 

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