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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 16:33

 

Un Grand Paris sans ampleur

18 juillet 2013 à 19:06
Par JEAN-LOUIS SUBILEAU Urbaniste (Grand prix de l’urbanisme 2001)
Libération

Les problèmes les plus cruciaux du Grand Paris relèvent avant tout de la volonté politique et ensuite seulement des formes urbaines. Ces problèmes concernent en effet l’inégalité territoriale. Ainsi la question du logement : comment imposer la construction de logements et notamment de logements sociaux aux communes généralement les plus aisées qui n’en veulent pas ou chipotent ? Mais aussi la question des transports : comment désenclaver les zones de relégation ? Comment assurer un déplacement non humiliant des habitants ? Il n’existe aucun scénario miracle de découpage territorial. Le découpage peut faciliter l’atteinte des grands objectifs rappelés ci-dessus. Il est révélateur de la conception de la société urbaine que l’on veut défendre.

L’amendement gouvernemental au projet de loi en cours de discussion à l’Assemblée nationale, suite au rejet du projet du gouvernement par le Sénat, qui supprime les intercommunalités de la première couronne est inquiétant sur ce point. Il porte en filigrane une vision du Grand Paris qui manque d’ampleur et de générosité et déconnectée de la géographie des territoires telle que les équipes de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) l’ont observée. Il instituerait, s’il était adopté, un outil «séparateur» et non «intégrateur» de l’Ile-de-France, un outil niveleur des dynamiques locales en cours dans les intercommunalités chevronnées ou naissantes, notamment à la faveur de l’élaboration des Contrats de développement territorial (CDT). Il nous apparaît mal adapté à une planification équitable, et moins encore à la mise en œuvre démocratique des projets urbains. L’amendement n’instaure pas un périmètre pertinent pour traiter de la planification.

 

Deux réponses seraient plus appropriées pour cela : la région elle-même, ou une très grande métropole se confondant avec l’unité urbaine. C’est vrai et peu discuté pour les transports ; cela devrait l’être pour le logement, pour les péréquations entre les territoires, pour les grands équipements… S’il faut éviter la multiplication des instances, pourquoi ne pas faire comme à Paris, ou le conseil siège tantôt en conseil municipal, tantôt en conseil général. Ainsi pourrait-il en aller du conseil régional, tantôt conseil du Grand Paris, tantôt de la région.

Au contraire de cette démarche vertueuse englobante, on s’apprête à couper la région et le Grand Paris en deux : une métropole centrale puissante, riche, regroupant l’essentiel des emplois, des équipements culturels, des cadres supérieurs et des professions intellectuelles et créatives ; et une deuxième et troisième couronne où vivront, hors quelques vallées et abords puissants d’aéroports ou d’environnements de forêts huppés, les employés, les petites classes moyennes, les classes laborieuses…

On se trompe d’élargissement. C’est en 1920 ou en 1950 qu’il aurait fallu étendre Paris à la dimension des trois départements de la première couronne. Aujourd’hui, c’est dépassé, le Grand Paris est déjà bien au-delà de cette «frontière». C’est à la soudure des premières et deuxièmes couronnes que se posent les problèmes urbains les plus vifs et les plus urgents, pas de part et d’autre du boulevard périphérique parisien. Ainsi, dans Plaine Commune même, la difficulté est d’apporter le développement de la Plaine jusqu’à Stains, Epinay, Pierrefitte - Villetaneuse. La TLN [ligne ferroviaire, Tangentielle légère nord, ndlr] ne devrait pas être la nouvelle «petite ceinture» de la métropole, mais une ligne de développement et de vie, un espace d’articulation urbaine entre la première et la deuxième couronne. Il y a peu de frontière urbaine aussi artificielle que celle de l’ancien département de la Seine.

N’élargir Paris qu’à ce petit périmètre radio concentrique, c’est voir la banlieue depuis Paris, alors qu’il faut regarder Paris depuis les confins du Grand Paris, inverser le regard. Se contenter d’arrimer à Paris ses abords, ce n’est pas anticiper l’émergence de la métropole pluripolaire de demain mais acter le mouvement en cours des forces du marché et écrire l’avenir probable de la première couronne : celui d’une ville où le marché immobilier est prospère, où les couches intellectuelles et créatives s’installent en avant-garde de la gentryfication, avec des îlots de pauvreté promis à la plus-value.

L’urbanisme est culturel et social. La ville est une image mentale. La métropole de Paris ne sera pas, dans les contours définis par l’amendement parlementaire, la ville populaire qu’elle devrait et pourrait encore être.

Si le périmètre de la métropole de Paris est trop réduit pour penser l’avenir du Grand Paris et élaborer sa planification, il est trop vaste pour traiter des projets urbains, de l’urbanisme réglementaire et de l’urbanisme opérationnel. Ceci se révélera encore plus à partir du moment où son instauration entraînera la suppression du bon échelon pour un urbanisme de projet efficace et démocratique, les intercommunalités de 300 000 à 500 000 habitants qui, à l’image de Plaine Commune et du Grand Paris Seine-Ouest (GPSO), peuvent fédérer les énergies, penser et incarner le devenir d’un territoire qui est aussi un bassin de vie.

Ce n’est pas à l’échelle d’une métropole de 7 millions d’habitants que les projets urbains peuvent être bien maîtrisés, si ce n’est par une technocratie. Les intercommunalités fortes sont les bons niveaux pour cela. Or, c’est l’échelon que l’on s’apprête à supprimer ! On supprime le niveau du projet partagé, celui de la définition d’une stratégie de vivre-ensemble assumée, qu’il faudrait au contraire conforter et rendre plus démocratique. De même la commune demeure le meilleur périmètre pour parler de la vie quotidienne.

Est-il déjà trop tard pour que l’Etat et la région prennent leurs responsabilités en imposant, à l’échelle de la totalité du Grand Paris, à la fois, une programmation de l’effort de construction de logements enfin équitablement répartie, d’une part, et, d’autre part, une péréquation ; qui ne porte pas sur 400 ou 500 millions d’euros comme aujourd’hui, mais se compte peut-être en milliards pour la redistribution, au profit des maires bâtisseurs qui ne peuvent subvenir aux équipements ; aux maires accueillant les populations en difficulté, l’immigration qui portent l’émergence difficile de la vraie «ville monde» diverse et créative de demain.

Est-il trop tard pour espérer que le Parlement instaure un Grand Paris métropolitain à l’échelle de l’unité urbaine, et qu’il ne casse pas les dynamiques existantes en supprimant les intercommunalités de bonne taille (la taille optimale serait entre 400 000 et 500 000 habitants, pour réunir les moyens adéquats sans trop se couper des populations), pour mettre en place une métropole de Paris à la fois trop courte et trop lourde, accompagnée de conseils de territoires sans pouvoirs. La métropole de demain doit être juste, pluripolaire et collaborative pour rester humaine.

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