Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

> Pierre Mansat et le Grand Paris au New Cities Summit

J'ai participé à une table ronde animée par Stephen Barret

voici les réponses aux questions de celui-ci:

 

 

1. Le projet de Grand Paris, lancé en 2007-2008, est largement associé au précédent Président de la République, Nicolas Sarkozy. Un nouveau Président vient d'être élu.  Comment voyez-vous - vous qui travaillez auprès du maire de Paris depuis 2001 - l'avenir de ce projet ? 

 

·      La question du Grand Paris est au cœur de l’actualité médiatique et politique depuis 2007, en effet, mais son inscription à l’agenda politique est le fruit d’un long travail. Le Grand Paris, c’est une réalité qui a tardé à trouver une expression politique. Une métropole d’une dizaine de millions d’habitants, un territoire marqué par un très fort développement, une insertion dans l’économie monde, des inégalités persistantes et un grand émiettement politique. 410 maires, des intercommunalités nombreuses, 8 départements, une région interviennent sur le seul territoire de l’agglomération.

 

·      C’est ensuite un projet politique. Qui se développe à partir de 2001, autour de la conviction de BertrandDelanoë, que le développement de Paris, le maintien de son rang de métropole mondiale, de ville monde, ne pouvaient se concevoir qu'en dépassant la frontière du périphérique. Ce projet aboutit à la volonté de réunir les élus métropolitains. Il ne s’agissait pas d’aider Paris à résoudre ses problèmes mais de résoudre les problèmes de la métropole: la question du logement, celle du développement économique, des déplacements, du rapport au savoir. 

 

·      C’est un projet qui acquiert une très grande visibilité à partir de 2007, quand Nicolas Sarkozy s’en empare. Il réalise alors une vraie rupture avec l’opinion qui a longtemps prévalu. En défendant 2 idées :

1.      Le chef de l’Etat, rompant avec des décennies de désengagement de l’Etat, développe l’ambition d’une transformation globale de l’agglomération. Lancement, avec la ville de Paris, d’une consultation internationale, « le Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne » Les dix équipes pluridisciplinaires conduites par des architectes de renom ont accéléré la prise de conscience.

2.      Il appartient à l’Etat d’énoncer une stratégie de développement de la région-capitale. L’idée est simple : la globalisation constitue une échelle inédite dans la concurrence internationale, à laquelle il faut répondre en « ajoutant » des facteurs de compétitivité à la métropole (clusters, métro automatique, extension jusqu’au Havre).

 

·      Je crois que ce projet a un avenir. A situer dans la continuité de l’effort entrepris depuis 10 ans. On ne reviendra pas en arrière sur la prise de conscience, ni parmi les citoyens ni parmi les élus. Surtout, l’avenir de ce projet passe aujourd’hui par la réalisation des projets sur lesquels un accord a été trouvé (le Grand Paris express, malgré la question du financement), mais surtout, par une nouvelle posture. Etat s’appuyant sur les acteurs locaux, et non Etat énonçant. Le fait nouveau c’est Paris Métropole sur lequel on peut aujourd’hui bâtir. Pour preuve le discours hier de François Hollande.

 

 

2.  Paris métropole constitue l'assemblée du Grand Paris. Elle réunit 199 membres, qui représentent plus de 9 millions d'habitants. Quels sont les principaux projets qu'elle veut porter ? Quels sont les défis qui vous semblent prioritaires ? Quelle est votre vision politique de l'avenir de cette assemblée ?

 

·      Paris métropole est encore très jeune. Il est né de la transformation de la conférence métropolitaine, premier lieu de débat politique à l’échelle de ce territoire, né en 2006, et qui n’a cessé de s’élargir

·      Paris Métropole, créé en 2009, rassemble maintenant presque 200 collectivités franciliennes (9.3 M d’habitants) ; il a permis l'affirmation politique de la métropole. Une nouvelle culture démocratique s'y invente chaque jour.

·      Il y a aujourd’hui 3 défis prioritaires.

Ø     Relever le défi d’une métropole solidaire. Nous ne pouvons laisser s’installer une « métropole à plusieurs vitesses ». Notre impératif est de réduire les inégalités sociales et spatiales pour renforcer notre attractivité et le lien démocratique qui unit les habitants à la ville.

Ø     Se donner les moyens d’agir à la  bonne échelle sur quelques politiques stratégiques pour le développement de la métropole, en particulier le logement.

Ø     Prendre acte de l'existence de la métropole multipolaire et la rendre performante. La vision concentrique de l’agglomération parisienne a vécu.

 

Il nous faut rechercher une vraie performance globale de la métropole, en renforçant la coordination d’ensemble, en fédérant les dynamiques territoriales. Cela implique de poser la question des pouvoirs, de dépasser les archaïsmes. C’est le défi de la gouvernance.

 

3. Vous placez la transformation de la Gouvernance au coeur de vos priorités. Quels sont les principes qui vous paraissent devoir organiser la gouvernance d'une métropole mondiale comme Paris ? y a-t-il des cas étrangers qui peuvent constituer des exemples ?

 

Quelques principes sont décisifs.

·      S’inscrire dans l’histoire. Nous ne partons pas d’une page blanche, nous devons prendre appui sur les évolutions de ces dernières années pour aller plus loin. Bâtir la suite sur les acquis de Paris Métropole. . Rien d'efficace et de pertinent ne pourra se décider d'en haut. Si l'Etat est légitime à réfléchir aux côtés des élus locaux, à les accompagner, il ne saurait imposer sa vision des choses.

·      Prendre conscience que, dans un système complexe et évolutif, comme le sont toutes les grandes métropoles mondiales, l’efficacité repose non pas sur une segmentation bloquée des rôles des uns et des autres mais sur la capacité de mobiliser chacun pour apporter à chaque problème une solution adaptée.

·      Il n’y aura pas de progrès sans associer tous ceux qui font la ville au quotidien. L’association de la société à la construction de la métropole est une condition sine qua non de cette transformation qui ne pourra tirer sa légitimité que de l’adhésion collective de l’ensemble de ses acteurs.

·      Evidemment, il est essentiel d’aller observer ce qui se passe ailleurs. Nos dilemmes et nos choix, toutes les métropoles y sont confrontées. Quelle voie choisir entre l’institutionnalisation et la mise en place d’une dynamique collective de projets ? La solution universelle n’existe pas. Cec qui est sûr, c’est que Le big bang institutionnel sans adhérence politique et sociale, notamment, est voué à l’échec.

4. Le Grand Paris, finalement, a-t-il aujourd'hui déjà produit des résultats concrets ?

 

Les résultats concrets peuvent paraître modestes. Le temps des élus peut paraître en décalage avec celui des citoyens.

Parmi les résultats que chacun peut observer :

-         une conversion des esprits. C’est un tournant décisif et un « rattrapage » par rapport au retard accumulé. Un vocabulaire s’est diffusé (faire la ville sur la ville, la ville poreuse, la ville durable)

-         La conception d’une multitude de projets de couture urbaine. Stephen Barrett est lui-même impliqué sur le projet de bercy-Charenton : fantastique projet d’un quartier intercommunal ; mais mille projets foisonnent. Dans tous les domaines (culture, développement économique).

-         La modernisation du réseau de transport. Le financement reste compliqué, mais une impulsion est donnée.

-         La création d’une scène politique, inventant sa propre culture.

 

5. En 2008, le lancement d'une consultation internationale (imaginer la métropole de l'après-Kyoto et faire le diagnostic prospectif de l'agglomération parisienne) avait lancé la démarche du Grand Paris. Ce modèle  - qui avait permis une large mobilisation d'architectes, penseurs, urbanistes, élus - a été reproduit depuis lors dans différentes métropoles (Grand Moscou, Grand Copenhague...) Comment peut-on lui donner une suite ?

 

·      La consultation a marqué un tournant. Une respiration indispensable. Elle a permis à la fois de renouveler les termes du débat et surtout une appropriation fantastique de cette réflexion bien au-delà des cercles habituels.

·      Quelques enseignements doivent perdurer. La Consultation s’est construite sur le rejet des cloisonnements intellectuels et politiques. Un des acquis de 2008 a été de considérer toujours, que si la petite échelle (l’échelle du quartier, l’échelle du projet) pouvait être parfois la mesure du problème, la métropole devait être l’échelle de la solution, et à tout le moins de la réflexion.

·      Il faut coupler un travail d’observation de la « métropole comme entité » et un travail au niveau des quartiers, « qui s’attache à la texture des espaces, à la pratique et la perception des espaces physiques ».

·      Ce va-et-vient du local à l’échelle métropolitaine, de la vision stratégique à la définition de projets, c’est la condition nécessaire pour fabriquer une métropole juste. C’est aussi la condition pour ne pas réduire la métropole à un puzzle, à une juxtaposition de plaques.

·      L’AiGP aujourd’hui poursuit la recherche des moyens de dépasser ces logiques auto-centrées. Le refus des frontières administratives, mais aussi disciplinaires est, ainsi à mon sens, consubstantiel de la démarche de l’atelier. Le Grand Paris ne se fera pas à l’atelier, mais sur les territoires directement et par des acteurs légitimes.

·      Il lui revient d’inventer des nouvelles manières de faire la métropole. La consultation a provoqué une cristallisation de la conscience métropolitaine. Il a donné à voir le décalage entre la métropole, réalité vécue, et la métropole administrative. Il est temps aujourd’hui qu’il catalyse la transformation de la métropole, qu’en croisant tous les acteurs chargés de l’aménagement, il parvienne à faire émerger une conscience commune de l’appartenance à la métropole.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article