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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 23:21

Chemetov.jpgPaul Chemetov : «Paris doit trouver son propre modèle plutôt que d’imiter ses concurrentes»



Paul Chemetov a coprésidé le conseil scientifique chargé de superviser le travail des dix équipes d’architectes consultés en 2008 sur le Grand Paris. Pour lui, la réflexion doit se poursuivre

La Croix : Le concept de « Grand Paris » est-il propre à faire rêver ?

Paul Chemetov : Dans la notion d’agglomération parisienne, on ne peut pas oublier Paris. Quand un habitant de banlieue est à l’étranger, il se définit d’ailleurs le plus souvent comme Parisien.

Cela dit, même si l’adjectif « grand » donne à l’expression toute sa force, il traduit aussi l’écrasement de tout ce qui n’est pas la capitale intra-muros. On devrait donc plutôt parler de la métropole parisienne. Ou de Paris Métropole.

Le sujet intéresse-t-il vraiment les Franciliens ?

Oui. L’exposition au Palais de Chaillot du travail des équipes d’architectes qui ont travaillé sur la question a attiré plus de 200 000 visiteurs, alors qu’elle était, disons, quelque peu ésotérique. Et un récent sondage dans la revue Beaux Arts a montré que le sujet tient à cœur aux habitants de Paris et d’Île-de-France. Cela dit, on peut comprendre leur déception.

Pourquoi ?

Le discours que le président de la République a tenu en avril 2009 sur le Grand Paris était remarquable. Il évoquait la réconciliation de la capitale et de ses banlieues. Comme le dit Richard Rogers, l’un des dix architectes de la consultation : Paris est la seule métropole au monde dont les membres sont disjoints de son cœur. 

Nicolas Sarkozy ne résumait pas le défi du Grand Paris à une ligne de métro automatique. Or, le projet de loi porté par le secrétaire d’État à la région capitale, Christian Blanc, se limite à cela. On ne répond pas ainsi à la situation complexe de la métropole qui englobe les transports, les logements, le travail ou encore les équipements, dont les espaces verts.

Qui plus est avec une ligne qui s’en va au diable Vauvert, qui mettra un temps fou pour se construire et ne reliera pas les zones denses de la banlieue.

Comment aurait-il fallu s’y prendre pour élaborer un projet qui soit constructif ?

En donnant aux équipes d’architectes et d’urbanistes les moyens financiers de continuer leur travail. Depuis qu’ils ont rendu leur copie, plus d’un an s’est passé. Un an pendant lequel ils auraient pu développer leurs projets, valoriser ce qui leur était commun et proposer des stratégies concrètes à dix ans.

Les dix équipes ont fait un énorme travail. Elles se sont approprié la problématique du Grand Paris, mais ce n’est pas allé plus loin. Il fallait les laisser construire un vrai projet stratégique, puis, à partir de ce dernier, concevoir la loi. On a fait l’inverse.

Nicolas Sarkozy va installer au début mai l’atelier international du Grand Paris où seront incluses ces équipes. Des architectes aussi connus peuvent-ils facilement travailler ensemble ?

On ne leur demande pas de dessiner des bâtiments, mais de réfléchir et de proposer une vision commune de Paris Métropole. De déterminer quels sont les points d’appuis qui peuvent changer la donne. Ils doivent se prononcer sur la pertinence d’urbaniser le plateau de Saclay, de celle de reboiser les zones d’interdiction de construction à Roissy…

Quelle votre vision du Grand Paris ?

Le Paris haussmannien, dense, est quasi fini. On ne peut imiter son modèle au-delà du périphérique, là où la ville devient distendue. Et c’est une chance, car elle peut accueillir des vallées boisées, des parcs, ainsi que de l’agriculture vivrière.

Voilà à quoi doit ressembler la métropole parisienne de l’après-Kyoto : un noyau ancien, des villes de banlieues densifiées autour des nœuds de communication pour stopper l’extension urbaine, des villes dont on valoriserait les richesses culturelles. Le défi est immense.

Pour le réussir, les architectes doivent accorder leurs projets et les politiques accepter la négociation, même si elle s’annonce rude. Sinon, ce seront les Franciliens qui subiront les conséquences de cet échec. Mais aussi tous les Français, tant l’enjeu économique est crucial pour les générations à venir. La France a une capitale de rang mondial : elle doit trouver son propre modèle plutôt que d’imiter ses concurrentes.

Recueilli par Michel WAINTROP

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