Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

> Dans Grand Paris développement: Pierre Mansat, architecte d'une métropole solidaire

Magazine numéro Pierre Mansat  « ARCHITECTE » D'UNE MÉTROPOLE SOLIDAIRE

Chargé des relations avec les collectivités territoriales d'Île-de-France à la mairie de Paris

et président de l'Atelier international du Grand Paris depuis un an, Pierre Mansat est devenu un interlocuteur incontournable sur la question métropolitaine. Porteur d'une véritable vision, il a engagé avec Paris Métropole,

dont il est l'initiateur, de nombreux chantiers.

Propos recueillis par Olivier Delahaye

Vous êtes engagé depuis plus de dix ans

dans les relations entre Paris et sa banlieue.

Voyez-vous une nouvelle métropole

se dessiner?

Effectivement, on a mis dix ans. C'est

long -le temps des collectivités est un temps

long -, mais l'on a modifié radicalement les

rapports qu'entretenait Paris avec ce qu'on

appelle encore la banlieue. Dorénavant,

je crois qu'on parle vraiment d'égal à égal,

quelles que soient la taille ou la nature de

la collectivité. C'est un changement qui

est fondamental, car on sait qu'auparavant

c'était plutôt l'indifférence, voire la domination

parisienne, qui prévalait. J'ai vu ce

changement. Il se vérifie dans les accords

et les relations que nous entretenons; nous

avons beaucoup de partenariats avec des

collectivités pour des problèmes de mitoyenneté

ou de propriété parisienne, et on

voit bien que, dans ce champ-là, le principe

d'égal à égal fonctionne.

Est-ce que cela va perdurer malgré les

évolutions que pourraient connaître

Paris Métropole?

Je pense que le changement est fondamental

et définitif. Il ne peut aller qu'en s'ancrant

et en s'amplifiant. Il n'y a aucun retour

en arrière possible, même si certains le voulaient,

on a tourné la page de ces relations

d'indifférence entre Paris et sa banlieue.

y compris celle du principe « Une collectivité,

une voix» ?

Certaines formes d'évolution de Paris

Métropole pourraient amener à interroger

ce type de répartition en son sein, et pondérer

plutôt la représentation en fonction

du nombre d'habitants, mais cela dépend

de cette évolution.

Pourquoi faut-il à tout prix faire une

métropole?

Tout simplement parce que la métropole

existe. Qu'on le veuille ou non, elle

est là et elle fonctionne comme telle. Elle

est connectée au monde entier de façon

très importante - on dit que Paris est une

des quatre ou cinq grandes villes-monde

à l'échelle planétaire - et les catégories

anciennes du type centre et périphérie,

Paris et banlieue, sont des catégories qui

sont devenues obsolètes, parce qu'elles ne

tiennent pas compte de l'imbrication des

territoires, des échanges et des flux. Pour le

vérifier, il suffit de s'interroger sur sa propre

vie quotidienne, sur la façon dont on inscrit

son existence dans des parcours qui sont

bien ceux d'un métropolitain, et pas seulement

ceux d'un « banlieusard» ou d'un

« Parisien »,même si certains modes de vie

peuvent rester figés. Aujourd'hui on peut

habiter ou travailler en dehors de Paris,

ce qui est le cas d'un tiers de la population

active parisienne; on peut aller faire ses

courses en banlieue dans les grands centres

commerciaux i on peut aller à un match au

Stade de France, et, de cette manière-là, se

sentir pleinement métropolitain.

Faites-vous une distinction entre la métropole

et le Grand Paris?

Non, et personne ne s'est risqué à en

faire une par rapport à ce que représente

réellement le Grand Paris. Je pense que

le Grand Paris, c'est la métropole, et que

les deux se confondent. L'appellation me

convient tout à fait dès lors qu'elle n'est pas

connotée par une dimension étatique, centralisatrice

ou autoritaire.

LeGrand Paris se construit économiquement,

urbanistiquement, mais on a le sentiment que ses citoyens ne

sont pas impliqués dans ce développement

Oui et non. Non, si on s'en tient à la

question des transports: le débat autour

du réseau Grand Paris Express a été un

débat extrêmement citoyen qui a permis

une vraie mobilisation autour de ce sujet.

Ily a deux grands sujets pour les métropolita

ins: les déplacements et le logement. Très

clairement, la question des transports a été

posée en priorité et, même si elles restent à .

concrétiser, des avancées très importantes

ont eu lieu, à la fois sur le nouveau réseau,

mais aussi sur ce que l'on appelle le plan

de mobilisation des transports, autrement

dit le développement des RERet leur modernisation,

les prolongements de lignes

de métro, les tramways, les liaisons de

rabattement par autobus, etc. De ce point

de vue, les attentes des métropolitains ont

été prises en compte. Sur la question du

logement, force est de constater que cela

bute encore. C'est un débat qui anime d'ailleurs

Paris Métropole: comment fait-on

pour passer de cette situation de crise à une

situation de réponse très concrète aux attentes

en matière de logement. L'objectif est

d'en construire 70000 par an et on continue

à en faire 35ou 40000. Il faut bien trouver là

où ça coince, et il faut changer d'échelle, car

c'est un domaine ou les compétences sont

trop morcelées pour que l'on parvienne à

produire une politique efficace. Le maire

de Paris a pris position d'ailleurs. Dans une

tribune publiée sur lemonde.fr, et cosignée

par le président du conseil général d'Île-de-

France, Jean-Paul Huchon, il se prononce

en faveur de la création d'une autorité du

logement à qui les financements seraient

acquis, et qui aurait les moyens de piloter

et de coordonner l'ensemble des acteurs de

la politique du logement.

Au départ, ils avaient deux idées différentes

Les points de vue vont se rapprocher.

1l reste à déterminer le périmètre d'action,

mais la volonté politique est tout à

fait identique. Dès que l'on se sera attaqué

à cette question-là, il en restera une,

moins visible, mais essentielle pour les

métropolitains: celle des ressources ou

plutôt des inégalités de ressources entre

les collectivités. Un certain nombre de nos

concitoyens n'ont ainsi pas les mêmes réponses

en termes de services publics que

d'autres. Le débat s'est déjà largement

ouvert au sein de Paris Métropole sur ce

sujet et a trouvé sa concrétisation à travers

l'adoption d'un point de vue commun sur

le Fonds de solidarité des communes de

la région d'Île-de-France [FSRIF).Nous

avons donc déposé un texte auprès du

gouvernement et des deux chambres pour

réformer ce FSRIF.

On touche là à l'idée de péréquation

financière. De quoi s'agit-il exactement '?

Notre idée est que chaque commune

devrait disposer de l'équivalent de 60% du

revenu minimum moyen des collectivités

de la région d'Île-de-France. Nous yparvenons,

à quelques exceptions près. C'est déjà

un premier pas puisqu'on avait jusqu'ici

des écarts considérables qui allaient de

1 à 10 entre collectivités. C'est d'ailleurs

une grande originalité de cette région,

puisque les écarts dans les autres régions

françaises vont plutôt de 1à 3 ou de 1à 4.

Concrètement, comment ça se passe '?

On prélève sur les ressources des plus

riches. A peu près 80 communes sont ainsi

prélevées et ces ressources sont redistribuées

au profit des plus pauvres pour un

montant qui est, cette année, de 210 millions

d'euros. Notre objectif est de l'augmenter

un peu plus chaque année pour

aboutir à 250 millions en 2015. Le débat

est aussi ouvert pour d'autres sources de

financement, et pourquoi pas une péréquation

qui s'appuierait également sur les

départements et la Région pour parvenir à

encore plus d'égalité des ressources entre

les collectivités.

En 2001, le maire de Paris vous donnait

une lettre de mission avec trois objectifs

dont l'un était de « définir une gouver-

nance à la région Île-de-France si les

conditions le permettent ». Cette gouvernance

n'existe pas. Cela veut dire que les

conditions ne l'ont pas permise '?

Non, les conditions ne le permettaient

pas. Sur cette question, le débat est ouvert

depuis maintenant quelques années, mais

il fallait d'abord instituer ce dialogue d'égal

à égal que l'on a mis huit ans à réaliser. Les

conditions n'étaient donc pas réunies pour

ouvrir un débat sur un sujet qui fâche, certains

le prenant sous un angle très institutionnel.

Mais on ne sait pas forcément de quoi on

parle quand on parle de gouvernance.

C'est un peu vague.

Ça reste un peu vague. On peut dire

qu'il s'agit de l'agencement des politiques

publiques: comment les institutions, les

assemblées,les exécutifs élus s'organisent

pour rapprocher leurs politiques publiques,

pour faire en sorte qu'elles soient mieux

coordonnées, plus efficaces. Aujourd'hui,

il nous semble que les conditions sont réunies

pour qu'il y ait un débat de fond sur

cette gouvernance. De toute évidence, le

statu quo n'est pas possible. La multiplicité

des acteurs politiques, le morcellement institutionnel,

les relations intéressantes mais

incomplètes, ne permettent pas d'aller au

bout des politiques publiques que l'on peut

mettre en oeuvre. Cela ne veut pas dire que

tout est mauvais. La métropole est gouvernée,

des liens particuliers se sont noués,

des intercommunalités se sont créées, de

grands syndicats techniques gèrent des

questions essentielles telles que l'eau, les

déchets, l'énergie ... Mais la coordination

des gouvernements est insuffisante, ce qui

se vérifie en matière de transport, de logement,

de développement économique, de

politique environnementale. C'est ce que

l'on vise à travers les débats sur la gouvernance:

comment peut-on s'organiser pour

produire une meilleure coordination de

ces politiques publiques?

Quelles sont les ambitions de Paris

Métropole quant à cette gouvernance ?

Une vingtaine de contributions ont

déjà été rédigées par les membres de

Paris Métropole, dans lesquelles chacun

analyse la situation et fait ses propositions

sur l'évolution de la situation. On y voit se

dessiner trois grandes familles de pensée:

la première que l'on pourrait appeler la

métropole contractuelle, qui vise à faire

en sorte que l'articulation se fasse sous

la forme de meilleurs contrats entre l'ensemble

des acteurs; la deuxième famille

est celle de la métropole intégrée, qui est

pour la création et la fusion des départements,

soit la création d'une communauté

urbaine; enfin, la troisième est celle de la

métropole articulée ou confédérée, qui

vise à créer une instance de coordination

des politiques publiques. La première traduction

de ce débat sera la publication

d'un livre vert avant l'été qui fait le point

sur tous les grands thèmes sur lesquels

la gouvernance est interpellée et qui propose

une grille d'analyse en fonction de ces

contributions. Ensuite, on espère ouvrir

un large débat public, avec les conseils

municipaux, les assemblées élues et les

citoyens, et aboutir à un livre blanc d'ici à

la fin de l'année, qui fixera les propositions

de Paris Métropole quant à l'évolution de

cette gouvernance métropolitaine.

L'idée, c'est d'aboutir à un vrai projet en

2014 ?

Si possible avant puisqu'il semble que

les calendriers législatifs vont être extrêmement

resserrés: d'abord l'acte III de la

décentralisation, puis des modifications

de la loi sur l'organisation des territoires

et enfin les élections régionales en 2014.

Nous devons être prêt bien avant pour ne

pas voir venir« d'en haut» cette réforme

de la gouvernance, mais qu'elle s'organise

à partir des collectivités locales.

Lors d'un débat face au sénateur de la

Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier, en

2009, celui-ci vous faisait une remarque

pertinente en opposant gouvernance

des projets et gouvernance du territoire,

expliquant que la gouv~rnance des projets

n'est pas viable. N'est-ce pas ce qui

risque de se produire avec les contrats de

développement territorial [CDT] ?

Le risque existe évidemment. C'est pour

cette raison que nous soutenons la Région

dans l'élaboration de son schéma directeur.

Celui-ci doit prendre en comple ce qui se

trame dans les contrats de développement

territorial, et inversement, les CDr

ne peuvent pas être pensés en autarcie. Ce

serait un mécanisme antimétropolitain

avéré. Ils ne peuvent se penser que dans

leur rapport au reste du territoire. Apriori,

cela est inégal d'un CDT à l'autre. Certains

se pensent dans cet environnement,

d'autres non. Pour le moment, seul le préfet

a une vision d'ensemble. Tant mieux,

mais cela ne peut pas relever de sa seule

responsabilité, et dépend avant tout de la

responsabilité régionale. C'est la Région

qui organise l'aménagement du territoire et

c'est à elle que revient la capacité d'intégrer

les CDr dans sa réflexion générale.

Comment faire face à la compétition territoriale

qui existe en Île-de- France ?

C'est le défi de tout ce débat métropolitain.

Si on observe de près les métropoles

mondiales, on se rend compte qu'elles se

construisent toutes un peu sur le même

modèle, qui est celui de la spécialisation de

certains territoires pour en exclure d'autres.

Même s'il peut y avoir certaines formes de

concentration, nous devons maintenir la

diversité des territoires et lutter contre l'hyperspécialisation

qui estfacteur de concurrence

et contradictoire avec les objectifs

partagés de mise en commun. C'est bien

pour cela qu'il faut un schéma d'ensemble

et qu'il faut une gouvernance métropolitaine.

Qu'il y ait émulation et compétition

entre les territoires, pourquoi pas, mais il ne

peut pas y avoir une concurrence libre qui

serait profondément contradictoire avec

notre objectif: la création d'une métropole

plus solidaire, qui surmonte les inégalités et

permette à ses habitants d'avoir accès aux

mêmes services, aux mêmes centralités,

aux mêmes potentialités.

Quels projets permettraient d'assurer

une identité à cette métropole?

Dans tous les domaines que l'on a déjà

évoqués, il serait nécessaire de changer

d'échelle. Il faut une autorité métropolitaine

du logement, une manière de produire

des plans climat articulés avec le

plan régional, vraisemblablement un plan.

de développement du tourisme articulé lui

aussi avec les schémas régionaux. Je pense

aussi qu'avec une amélioration du syndicat

des transports, qui permettrait la création

d'autorités organisatrices de proximité et

d'autorités de second rang, plus ce que nous

proposons sur quatre ou cinq grandes politiques

structurelles, on aurait déjà pas mal

avancé sur la définition de la métropole.

Quel est pour vous le « dossier» le plus

urgent ?

Le logement. La crise est vraiment

grave, et rien n'indique que l'on s'en sorte.

Il faut prendre le problème par les cornes

et avancer très rapidement. L'attente est

trop forte .•

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article