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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 00:04

Je replace en tête ce point de vue de Jean Marc Offner, dont je partage l'analyse de la situation et des scenarii proposés, mais pas forcement la conclusion .

 

JEAN-MARC OFFNER Grand Paris : gare à l'anachronisme

Publié dans Les Echos 18.01.2008

Depuis presque cent ans, des hommes politiques et des urbanistes proposent la création d'une institution locale susceptible de conduire de manière à la fois plus efficace et plus pertinente les destinées de la région urbaine parisienne. Cette idée d'un Grand Paris fait aujourd'hui la Une de l'actualité, par une heureuse convergence politique. Rompant avec les pratiques antérieures, la municipalité parisienne a pris langue avec l'extra-muros pour établir les prémices d'un changement d'échelle. Soulignant son intérêt pour le sujet, le président de la République a accéléré la mobilisation des édiles. Les points de vue et les blogs se multiplient, les rapports s'épaississent.

Encore faut-il faire l'aggiornamento du dossier. Tout d'abord, prendre conscience de la dualité du problème : défi de gouvernance métropolitaine, partagé par toutes les villes multimillionnaires du monde, d'une part ; situation spécifique d'un Paris introverti, depuis cent cinquante années de frontières accumulées, « des fortifs au périph », d'autre part. Souligner, ensuite, le caractère inédit des dynamiques spatiales à l'oeuvre.

La métropolisation se traduit certes par l'étalement urbain, mais surtout par une organisation en réseau des territoires. C'est l'espace des flux qui compte, les liens plus que les lieux. Le Grand Paris n'est pas affaire de maquette d'architecture ; les fonctionnements socio-économiques, plus que les agencements du tissu urbain, sont en cause. L'exercice de bornage ne saurait donc être premier, et, si les découpages s'avèrent nécessaires, il faut imaginer des frontières poreuses et flexibles.

Admettre, enfin, que l'action publique n'échappe pas à la complexité. En tout citoyen sommeille un rêve de simplicité, de proximité et d'unité. Mais les millefeuilles institutionnels ont souvent leur raison : traiter les problèmes au bon niveau, c'est logiquement multiplier les niveaux. Ce qui ne veut pas forcément dire opacité et irresponsabilité.

Tel qu'il s'esquisse aujourd'hui dans plusieurs cénacles, le Grand Paris ressemble fort à celui prôné dans les années 1920-1930 comme aux structures actuelles des agglomérations de province : une intercommunalité pour la zone dense (peu ou prou l'ancien département de la Seine), fiscalement intégrée, dotée de compétences transférées par les municipalités.

Ce scénario, avec ses diverses variantes (suppression des trois départements de petite couronne, association de la région et de l'Etat...) tente, en fait, de pallier des difficultés générales du système politico-administratif local français, sans pour autant répondre aux problèmes spécifiques de l'Ile-de-France, de Paris et de la périphérie proche. En effet, les objectifs de solidarités financières plus intenses et d'égoïsmes municipaux moins prononcés impliquent des réformes de la fiscalité locale et du droit des sols, sans rapport obligé avec l'avènement d'un Grand Paris.

En revanche, le classicisme de l'organisation territoriale envisagée laisse dans l'ombre des interrogations essentielles. Comment introduire les logiques métropolitaines dans les processus de décision du Paris intra-muros ? Comment traduire opérationnellement la notion de polycentrisme mise en avant par le Schéma directeur de l'Ile-de-France (autour des grands pôles économiques, des départements, des communautés d'agglomération) ? Quel destin urbain proposer aux anciens faubourgs, au regard des projets de rocade de transport collectif ? Quel rôle donner à la proximité dans l'organisation de la « modernité urbaine » et de « l'art de vivre » en ville ?

Surtout, le Grand Paris ne fournit pas la solution à l'enjeu majeur de la gouvernance urbaine : l'invention de compétences techniques et juridiques d'interface, d'articulation, à la fois entre les niveaux territoriaux et entre les politiques sectorielles. Des syndicats intercommunaux existent. Ils pourraient peu à peu se « consolider », en ajustant leurs périmètres et leurs domaines d'intervention.

Afin de garantir la transversalité des démarches, ces instances s'associeraient dans un syndicat mixte ouvert ou dans un grand conseil des intercommunalités, structure supplémentaire certes, mais favorisant les regroupements en son sein, par ailleurs dotée d'une expertise originale. Les départements, la région et l'Etat y participeraient.

 L'indispensable légitimité démocratique de ce Paris-Métropole serait acquise par l'élection de son président au suffrage direct. La martingale institutionnelle s'esquisse, qui combine souplesse de la gouvernance et robustesse du gouvernement, condition non suffisante mais nécessaire de l'élaboration et de la mise en oeuvre d'une action publique territoriale innovante (par ses objectifs et ses stratégies de mise en oeuvre).

A juste titre, la plupart des protagonistes de la scène parisienne rejettent l'expression Grand Paris. Il leur reste à parachever cette mutation conceptuelle, à la fois dans leur géographie mentale des enjeux territoriaux et dans leur représentation politique des ressorts de l'action publique.

JEAN-MARC OFFNER est directeur du Latts (laboratoire Techniques, Territoires, Sociétés) Enseignant à l'Ecole nationale des ponts et chaussées et à Sciences po.

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