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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 11:51

Le Conseil de Paris a adopté un voeu pour que le nom de Pierre Vidal-Naquet soit attribué à une esplanade du XIIIe arrondissement. Voici le texte de Catherine Gégout

Je voudrais simplement consacrer quelques mots d’hommage à la mémoire de Pierre Vidal-Naquet, qui nous a quittés le 28 juillet 2006 et à qui nous allons dédier aujourd’hui une esplanade du 13e arrondissement.

Cet historien engagé, ce briseur de silence, qui fut de tous les combats pour la justice, dans une quête incessante de « fragments de vérité », avait choisi de ne pas adhérer à un parti, sauf pour quelques mois à l’Union de la Gauche socialiste et au PSU qu’il considérait plutôt comme des clubs de discussion.

Il disait qu’il y a toujours un moment où il faut choisir entre son parti et la vérité. « Cela ne veut pas dire que je condamne ceux qui sont membres d’un parti mais mon tempérament y est rebelle » disait-il. Il n’a jamais adhéré au Parti communiste même s’il en a été proche pendant les années 1947-1948 ; les procès staliniens de l’après-guerre consommeront la fracture.

Aussi notre émotion a été grande lorsqu’il est venu dans les locaux du groupe communiste avec ses amis, les grandes voix du Comité Maurice Audin. Lui et d’autres ont disparu depuis.

Notre engagement pour attribuer le nom de Maurice Audin à une place de Paris a été ainsi l’occasion de réunir des consciences morales et politiques. Nous étions admiratifs et impressionnés. Pierre Vidal-Naquet a 11 ans quand son père se voit interdire d’exercer son métier d’avocat, parce que juif. Il en a 14, en mai 44, quand ses parents sont arrêtes à Marseille, puis déportés et assassinés par les nazis. Pour lui commencent alors des années de « brisure et d’attente » que rien ne viendra apaiser. C’est parce que son père a été torturé par la Gestapo que plus tard il ne tolèrera pas que l’on puisse torturer au nom de l’Etat français. L’Affaire Audin sera d’ailleurs son premier livre. Pour lui, l’historien doit prendre part à la vie de la Cité. Il a été de tous les combats, de toutes les dénonciations d’injustices, en France pour réhabiliter la mémoire salie de Jean Moulin ou dénoncer le révisionnisme, mais aussi contre la guerre du Vietnam ou celle d’Irak. Lui, historien de la Shoah, participe en 2003 à l’appel « Une autre voix juive », solidaire du peuple palestinien. Il s’inscrit aussi dans une lignée d’intellectuels bataillant contre les erreurs judiciaires. Fils d’avocat, il se passionne pour le recoupement entre les procédures historiques et judiciaires, et cela alimente son écriture de l’histoire. En démontant les mensonges de l’armée sur la fausse évasion du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, il accomplit un magistral travail d’historien, simplement à la recherche de la vérité. En 1980, alors que les thèses révisionnistes de Faurisson défrayaient la chronique, Pierre Vidal Naquet disait, dans « Un Eichmann de papier » qu’il fallait y répondre « en procédant comme on fait avec un sophiste, c’est-à-dire avec un homme qui ressemble à celui qui dit le vrai, et dont il faut démonter pièce à pièce les arguments pour en démasquer le faux-semblant. En tentant d’élever le débat, de montrer que l’imposture révisionniste n’est pas la seule qui orne la culture contemporaine, et qu’il faut comprendre non seulement le comment du mensonge, mais aussi le pourquoi ». Cet historien de la Grèce antique est engagé dans la vie et l’histoire contemporaine. Il en tire d’ailleurs des enseignements d’une grande modernité, comme ses réflexions sur la démocratie, la démocratie directe et l’usage du tirage au sort en démocratie. A son époque ces idées n’ont pas été prises en compte, et pourtant elles sont pour nous d’un grand enseignement dans les défis contemporains.

Ses passions de l’antiquité et du réel d’aujourd’hui  se nourrissent l’une l’autre, alimentent son action pour la vérité et la liberté. Il travaille sur la façon dont la mémoire peut être intégrée au travail historique, dont le fait mémoriel lui-même doit être pris en compte comme une donnée historique. Il traite les documents de la même façon que les témoignages. L’histoire est pour lui, par définition, un dialogue entre ce qui n’est plus et ce qui est.  Il croit à la recherche de la vérité, qu’il sait fragile et il ne se fait aucune illusion sur les résistances qui surgissent face à l’expression de la vérité. Il fait le constat de l’irrationalité de l’histoire. Mais il continue, inlassablement. Il disait : « le réel, c’est ce qui résiste. »

 

 

 

 

 

 

Il laisse une œuvre immense, et pourtant sa voix nous manque.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Pierre MANSAT - dans Mes combats
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