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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 10:12

Le square Maurice Kriegel Valrimont a été inauguré le 24 aout . ( Actuellement Square de Clignancourt, Paris 18e). L'assistance etait nombreuse, Cécile Rol-Ranguy, Raymond Aubrac,Serge Ravanel, Robert Créange, ses amis de Moselle, des élus de Paris: Jean Vuillermoz, Catherine Gégout, Clémentine Autain, mais aussi Patrick Braouezec, Stéphane Gatignon, Robert Hue*. Voici le (très beau) texte de l'intervention prononcée au nom de la famille par Anne Fortier Kriegel. 

"La famille toute entière tient à remercier Monsieur le maire de Paris, Bertrand Delanoë, Monsieur. Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement, les élus et notamment Pierre Mansat, qui a présenté les voeux au nom des élus communistes en conseil de Paris, mais aussi Yves Contassot et Annick Lepetit qui se sont beaucoup investis, elle remercie encore les services, Monsieur. Philippe Lamy qui a instruit avec diligence le dossier et les personnels de la ville. Tous se sont mobilisés et ont oeuvré pour que la mémoire de Maurice Kriegel-Valrimont soit conservée dans Paris.

 

Les hommes qui, au cours de la Guerre sont devenus des résistants avaient alors beaucoup plus à perdre qu'à gagner. « Dans la Résistance, l'exercice d'une direction avait une contrepartie absolument inévitable ; l'acceptation du risque d'être déporté ou tué. Accepter une responsabilité dans la Résistance, c'était accepter un danger plutôt qu'un avantage, danger dissuasif pour les opportunistes ». Ce sont des hommes de talents, de courage, de caractère, qui se battent contre l'humiliation sous toutes ses formes que rassemble la Résistance et dont les édiles de Paris, que vous représentez, ont voulu honorer la mémoire aujourd'hui ce 24 août.                                                                            Le savoir faire de la Résistance de l'intérieur est établi sur la connaissance fine, la réalité du terrain comme sur celle des hommes qui, tous forment une chaîne. Les résistants ne se contentent pas d'une vision éclatée ou abstraite ou encore de tirer les choses à soi, car le moindre faux pas, la moindre erreur d'interprétation met en jeu non seulement leur propre vie mais celle aussi de tous leurs camarades.

La résistance rassemble, construit l'unité et met en oeuvre l'armée de volontaires et derrière elle, la population toute entière. Si les affrontements entre les différents groupements existent, si leur provenance sociale et politique est diverse, la résistance se veut unie et déploie une vision intègratrice exigeante qui dépasse les individualismes. Elle porte une vue d'ensemble. La résistance regroupe la diversité politique et sociale de la France. Cette diversité est parfaitement incarnée et symbolisée par les trois V qui ont organisé l'insurrection de Paris : Vaillant-de Vogué, Villon, Valrimont.

Dans ce triumvirat, la part de Kriegel-Valrimont, tient à sa personne, des trois, c'est le plus jeune. Il a, à peine 30 ans à la Libération d'aout 1944, Villon a 42 ans, de Vogué 46 ans. MKV est alors syndicaliste, il est docteur en Droit. Écoutons ce qu'en dit son frère Arthur Kriegel : « Enfant prodigue, le plus aimé, parce que le plus difficile des quatre fils, il apparaît très vite à tous comme un surdoué un peu rebelle. Si l'homme public était éloquent et ferme, parfois intransigeant, l'homme privé était animé d'un respect insondable pour la personnalité d'autrui, attentif à l'éveil d'un don et à l'envol d'un talent. La jeunesse fut pour lui un état stable dont il ne parvenait pas à se défaire car il n'admettait pas qu'on dût renoncer à aucun rêve. Il fut l'Emile de Jean-Jacques Rousseau, le Mathieu des Evangiles de Zola. Il était du siècle des Lumières, du temps des droits de l'homme et du citoyen plutôt que du dix-neuvième ou du vingtième siècle, il n'était pas pratique, il était absolu. Ses plus hautes qualités furent la soif de justice, la miséricorde à tout repentir, la rigueur intellectuelle et morale et la fidélité à ce qu'il s'était promis ». Ce sont ici les paroles d'Arthur au cimetière du Montparnasse, il y a déjà un an.

Lors de la trêve, le 21 août 1944 dans l'appartement du 8 parc Monsouris, il intervient avec force, il rappelle les expériences antérieures, les francs-tireurs de Hugo, les Communards contre Bismark, laissant à de Vogué le mot de la fin avec sa magnifique intervention qui emportera l'adhésion de tous. Au moment de la signature de la reddition de Paris, il convainc Leclerc, de faire placer le nom de Rol sur l'acte de reddition. « Paris libéré par lui-même » comme le dira le général de Gaulle a sauvé des milliers de personnes. En montant les barricades, les parisiens ont empêché les chars allemands de circuler dans Paris et de donner leur puissance de feu. L'insurrection a permis de conserver la ville romantique que le monde entier nous envie. Il faut rappeler aux générations futures comme le disait Maurice Kriegel-Valrimont que le refus de Von Choltitz de ne pas détruire Paris est de la propagande contre l'esprit de résistance, la détermination de la Résistance ne lui a seulement pas donné les moyens de le faire.

Maurice Kriegel-Valrimont a rendu hommage dans son livre « Mémoires Rebelles » aux hommes de la résistance qui furent pour lui des figures emblématiques. « Jean Moulin, auquel il associe Pierre Meunier, Raymond Aubrac, Marie-Claude Vaillant Couturier, Geneviève Anthonioz-de-Gaulle, Pascal Copeau, Charles Tillon, le chef incontesté des FTP, Bertie Albrecht, l'une des plus belles héroïnes, Alfred Malleret Joinville, Général du peuple, le seul général nommé par le COMAC, Claude Bourdet, image vivante de l'honnêteté et de la rigueur, Pierre Villon au courage sans limites, et le magnifique Jean de Voguë, ce héros qu'il aimait parce qu'il était animé « du patriotisme le plus pur ». Le fait qu'on ait occulté le rôle majeur des deux derniers dans l'insurrection de Paris lui paraissait une grande injustice. Je veux saluer ici la présence de M. Patrice de Voguë, son fils, revenu exprès des plages de l'océan ce matin.

Maurice Kriegel-Valrimont fut député de Meuthe et Moselle et je rend aussi hommage à ses amis venus des terres de Lorraine, il fut aussi vice-président de la Haute cour de justice et il resta toute sa vie un acteur actif de la vie politique.

Mais pour Maurice Kriegel-Valrimont comme le rappelle son ami, Alain Amicabile, seul l'avenir comptait. Retenons donc, ce qui peut servir à l'avenir des leçons de la Résistance comme de sa vie: - d'abord, la prise de risques attachée à des idées, portées par des valeurs permet d'améliorer son destin. La prise de risques est une nécessité absolue pour inventer l'avenir. En l'occurrence l'insurrection de Paris a permis à la France, en 1944, d'éviter être placée sous protectorat américain.

Ensuite, la connaissance des hommes et du terrain, la nécessité de pas se satisfaire d'une vision abstraite mais de se confronter aussi à la réalité du terrain et de bien évaluer les compétences des hommes est nécessaire pour lancer une entreprise.

Enfin une vision intégratrice engagée, à la fois plus exigeante et plus productive que la simple juxtaposition qui dépasse les individualismes. La vue d'ensemble compose et croise l'apport d'intelligences diverses. Dégagée de l'égoïsme, elle permet la bonne décision en allant chercher les compétences, le courage là, où ils sont. La construction de l'unité française est aussi à mettre au crédit des leçons que nous légué la Résistance. A travers Maurice Kriegel Valrimont, c'est donc aussi la mémoire de Lucie Aubrac, d'Henri Rol Tanguy, de Pierre Villon et de Jean de Voguë que nous évoquons avec leur énergie, leur courage et leur abnégation commune."

Voici la brève intervention que j'avais faite au Conseil de Paris au moment du vote.
Je ne reviendrai pas en détail, bien sûr, sur ce que nous avions exprimé au moment du voeu, que le groupe Communiste avait déposé pour demander l'attribution du nom de Maurice Kriegel-Valrimont à une place ou une rue de Paris. Je voudrais juste rappeler quelques éléments et, bien évidemment, c'est au moment de l'inauguration que l'essentiel sera dit. Je pense que notre Conseil va prendre une décision juste, qui correspond au rôle majeur qu'a joué Maurice Kriegel-Valrimont dans la Résistance, dans l'organisation de l'insurrection nationale et parisienne. C'est une décision d'autant plus juste que Maurice Kriegel-Valrimont fait partie de ces héros, de ceux qui font l'histoire de notre pays et que, ensuite, la cruauté de la vie politique fait que leur nom disparaît, est oublié, voire même rejeté. Maurice Kriegel-Valrimont a vu son nom disparaître de bien des histoires de la Résistance nationale, jusqu'à ce que, voilà quelques années, le parti auquel il appartenait à cette époque-là lui rende hommage, le rétablisse dans tout son honneur et lui rende les hommages auxquels il avait droit. C'est une histoire d'autant plus intéressante à transmettre qu'elle n'est pas la situation du seul Maurice Kriegel-Valrimont. Ils étaient trois dans l'équipe militaire qui organisait la Résistance nationale : Jean de Voguë dont le nom de Résistance était Vaillant et Pierre Villon, qui a été, par la suite, député. Ils symbolisaient l'unité des forces sociales dans la Résistance nationale, dans la Résistance au fascisme, dans la Résistance à l'occupation. Il y a une histoire douloureuse de ce point de vue, car les trois, pratiquement, ont connu la même histoire du point de vue de leur rapport à la reconnaissance nationale. En même temps, c'est particulièrement juste de transmettre cette mémoire, parce que ce n'est pas seulement un acte de mémoire, mais bien un acte très actuel, presque un combat ; ces hommes étaient ce qui est parfois combattu ou peu reconnu aujourd'hui dans notre société : ils étaient l'abnégation avant tout, l'énergie et un courage tout à fait extraordinaire. Donner le nom d'un square à Maurice Kriegel-Valrimont, c'est vraiment transmettre, pour l'ensemble des Parisiens et pour l'ensemble de la jeunesse, cette histoire, cette volonté et cette exigence d'abnégation, de combat et de Résistance, ce qui est l'ensemble de la vie de Maurice Kriegel-Valrimont. Il a écrit un beau livre de mémoires, " Mémoires Rebelles ", que l'on pourrait conseiller à tous les jeunes de lire, où il affirme cette volonté d'être un homme totalement libre, fier et droit. Il est tout à fait important que nous décidions de faire cet acte aujourd'hui pour Maurice Kriegel-Valrimont. Nous aurons l'occasion, sans doute, autour des fêtes de la Libération de Paris, au moment de l'inauguration du square, de rappeler plus en détail tous ces éléments.___________________________________________________

 
*comment ne pas s'étonner -amérement -de l'absence de représentation de la direction du PCF, nationale et parisienne?

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Published by Pierre MANSAT - dans Mes combats
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