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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 03:16
Hauteur et densité - Notes sur un état urbain de Paris
" [La] ville constituée par un grand nombre de fragments en eux-mêmes achevés est, à mon avis, celle qui favorise vraiment la liberté des choix. […] Nous ne croyons pas que des questions de valeur puissent orienter la décision en faveur des maisons hautes ou des maisons basses, c’est-à-dire en faveur de solutions architecturales et typologiques différentes, parce qu’à notre avis ces questions de valeur ne peuvent être résolues qu’au niveau de l’architecture urbaine. ” Aldo Rossi, L’Architecture de la ville.
1 - Densité raisonnée Comme le suggère dans cette assertion qui pourrait s’appliquer à Paris l’architecte Aldo Rossi, celui qui a, dès le milieu des années 1960, réévalué positivement les qualités de la ville européenne traditionnelle, les questions de densité et de hauteur ne doivent pas être abordées de manière univoque. La principale erreur des architectes et des urbanistes des années 1960 et 1970 n’a pas été de construire des tours, mais bien plutôt de les considérer comme le seul type valable, quels que soient le programme qu’elles accueillaient et le lieu dans lequel elles étaient édifiées. Défendre aujourd’hui la possibilité de construire plus densément dans certaines parties de la ville, c’est défendre la possibilité de construire moins densément dans d’autres, car densifier certaines parties qui peuvent naturellement l’être compte tenu de leurs caractéristiques et de leur emplacement, conduit à diminuer la pression qui s’exerce sur d’autres parties de la ville. Le densité de la couronne garantit un aménagement mieux raisonné des faubourgs tout en autorisant Paris à conserver sa population, en nombre et en diversité.
2 - Identité Paris est une des villes les plus constituées et ordonnancées du monde. Ce statut tend à rendre l’évolution de ses formes urbaines problématiques car, au nom de la préservation de cette exceptionnelle unité n’a été autorisée ces dernières années que la reconduction des dispositifs existants. Ainsi alignement et gabarits contrôlés règnent en maîtres depuis la réévalutation de l’œuvre d’Haussmann au milieu des années 1970. Paradoxalement, Haussmann, qui est celui qui a le plus profondément modifié, et inventé en grande partie l’image de Paris, est aussi celui au nom duquel a été mise en œuvre la reconduction à l’identique de principes en partie tombés en désuétude, qui a tendu à figer le paysage urbain de la capitale. En effet, alignements et gabarits ne sont plus aujourd’hui des outils efficients pour aménager la couronne dans laquelle se trouvent les derniers terrains libres conséquents de la ville. Précisément parce que Haussmann a doté la ville d’une structure urbaine particulièrement forte, l’image de Paris est aujourd’hui existante et solide, ce qui devrait autoriser une grande liberté aux différents acteurs de l’aménagement parisien, car rien ne peut détruire une cohérence aussi achevée. Enfin, les terrains libres sont si minoritaires en pourcentage de la surface totale de la commune, que la qualité du paysage de la ville et l’identité de celle-ci ne se trouveront que très peu affectés par leur urbanisation ; d’autant que les sites en questions, sur la couronne, sont aujourd’hui la plupart du temps durs et mal aménagés, et que cet état de fait n’altère pas la beauté de Paris. Par conséquent, il est étonnant de constater les crispations dont font l’objet les questions d’aménagement. La perfection formelle de Paris devrait nous détendre, car elle est aujourd’hui devenue inaltérable et, au lieu de cela, elle ne cesse d’alimenter les tensions et les conformismes de tous ordres et de tous horizons.
3 – Densité perçue vs. densité réelle Alors que 100 000 demandeurs d’un logement social sont sur listes d’attente, et que la population baisse, il est impératif de poser aujourd’hui la question de la densité des nouveaux quartiers de Paris. Mais il faut s’entendre sur la définition du terme densité. Il désigne ici pour nous une densité construite de surface de planchers sur une parcelle donnée. La densité a généralement mauvaise presse auprès des habitants, et pour comprendre le problème il convient de faire le partage entre la densité perçue et la densité réelle. Les enquêtes montrent que pour beaucoup la densité est assimilée aux grands ensembles. Or ce type de formes urbaines est au nombre des moins denses du point de vue du rapport surface des parcelles/surface de plancher construite. Mais ce qui évoque la densité, ce sont les longs alignements monotones des façades de barres. En revanche, des quartiers parisiens très denses sont plébiscités au titre de la qualité de la vie, car ils ne sont pas perçus comme tel. Mais tout le monde apprécie d’avoir de nombreux commerces et services au pied de chez soi ou dans une grande proximité : c’est précisément ce qui n’est rendu possible que par une grande densité, compte tenu des lois du commerce et de la rentabilité. 4 - Densité vs. tours Enfin, il faut rappeler que Paris est une ville remarquablement dense, et que réfléchir à la possibilité de construire des formes urbaines denses aujourd’hui c’est, fondamentalement, s’inscrire dans la continuité de l’histoire parisiennes. Mais les formes urbaines denses ne sont pas assimilables aux seules tours, et le débat sur la densité mérite d’être déconnecté, au moins partiellement, de celui sur la possibilité de construire de nouveau des tours. Pour permettre au débat d’avancer, d’une part, mais aussi car les tours ont vocation à accueillir du bureau ou du logement de standing, mais pas de logement social, en raison des coûts d’entretien. La densité peut être obtenue en construisant des maisons de ville en bandes, comme cela a été le cas ces dernières années sur la désormais fameuse île de Borneo, dans le port d’Amsterdam, où un coefficient d’occupation du sol (COS) de 3 a été atteint, c’est-à-dire l’équivalent d’un COS parisien courant. Ce quartier est aujourd’hui plébiscité, à la fois par les habitants et par les professionnels du monde entier.
5 - Pour un urbanisme de projets Cela montre que le débat sur la densité, s’il mérite d’être mené de manière conceptuelle, doit aussi comporter un volet de projets. Les terrains libres de la couronne, en raison de leur intrication avec les infrastructures de transport qui les caractérisent, font tomber en désuétude les outils habituels d’alignement, de contrôle de la hauteur des bâtiments, et d’ordonnancement des constructions. Seuls des projets concrets permettent de donner forme à des hypothèses en faveur de la densité. Et la densité sera particulièrement nécessaire à mettre en œuvre sur la couronne, car elle emporte avec elle une conséquence fondamentale qui est la mixité. La densité sera le plus sûr gage de pouvoir créer dans ces lieux jusqu’à présent défavorisés sur les plans urbain et social une réelle qualité de vie, car la densité autorisera l’investissement de l’espace public à toute heure du jour et de la nuit, l’apparition de commerces de proximité, d’équipements et de jardins publics. Tous ces éléments qui font la qualité spécifique de la vie parisienne ne sont possibles que dans un environnement dense. Les projets qui seront lancés prochainement, sur la ZAC Claude Bernard, par exemple, doivent l’être en poursuivant cet objectif de démonstration exemplaire. Dans les secteurs non encore définis, tels que le secteur Bédier-Porte d’Ivry, par exemple, les projets devront aussi être orientés dans ce sens. A condition d’avoir offert aux architectes et aux urbanistes un cadre ambitieux en la matière, la Ville pourra ainsi disposer de projets concrets qui permettront de juger sur pièce de la qualité urbaine des ces nouveaux quartiers denses.
6 – Relever le plafond des hauteurs Si le débat sur la densité doit être mené en le dissociant de celui sur les tours, il n’en reste pas moins qu’il doit se porter sur la question des hauteurs. Dans le plan des hauteurs actuel la hauteur des bâtiments sur la couronne est majoritairement limitée à 31 mètres, alors que la hauteur serait un moyen de s’affranchir de la nuisance des infrastructures tout en exploitant les qualités d’accessibilité offertes par celles-ci. Les immeubles de logement ne sont classés comme Immeubles de Grande Hauteur (IGH) qu’à partir de 50 mètres. Il conviendrait donc que sur la majeure partie de la couronne la hauteur autorisée soit montée à 50 mètres et qu’elle soit réellement exploitée – car aujourd’hui les plafonds à 37 mètres, lorsqu’ils existent, ne sont quasiment jamais exploités – pour concevoir des immeubles dont la densité serait le premier gage de qualité. Ponctuellement, sur les portes, des tours pourraient trouver leur place, mais c’est probablement en ayant recours à l’immeuble de 50 mètres comme type habituel de la couronne que la densité pourrait être augmentée significativement pour faire là un projet de ville spécifique qui participerait d’un enrichissement authentique du patrimoine urbain parisien. Car le patrimoine de demain, architectural ou urbain, ne peut se construire en singeant indéfiniment des modèles historiques qu’on n’arrive jamais à reconduire dans leur qualité originelle, tant ils sont inadaptés aux besoins contemporains.
7 – Des tours Paris-banlieue Plusieurs communes de première couronne poursuivent actuellement des projets de tours. Donc Paris aura des tours à ses portes, et de plus en plus, que cela plaise aux parisiens ou pas.  Du point de vue du paysage et du point de vue politique, ces tours pourraient constituer un signe fort à l’échelle de l’agglomération, de relations renouvelées entre Paris et sa banlieue. Si elles étaient disposées de part et d’autre du boulevard Périphérique elles seraient des liens naturels entre Paris et la banlieue, et d’une échelle capable de s’adresser à l’horizon de l’agglomération comme à la proximité des infrastructures.

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Published by Pierre MANSAT - dans Débat "tours à Paris"
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