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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 15:33
Ile-de-France. Les élus franciliens veulent intervenir dans le débat.
Grand Paris : une affaire d’Etat
Josée Pochat


Fantasmes, projets futuristes, incompréhensions, inquiétudes, polémiques, psychodrames. Retour sur la saga d’un projet qui doit dessiner la région capitale de demain.Tout a commencé par de grands rêves. Celui de faire de Paris et l’Île-de-France une “ville monde” et une “région monde”, à l’échelle de l’économie mondialisée, où Le Havre (Seine- Maritime) pourrait devenir le port du Grand Paris, relié à la capitale en une heure par TGV, comme l’avait déclaré le chef de l’État le 29 avril dernier en dévoilant son plan pour la métropole, en inaugurant l’exposition du palais de Chaillot consacrée aux travaux des dix équipes d’architectes qui avaient planché sur le projet pendant des mois. Nouvelles gares TGV, transports en commun modernisés, prenant enfin en considération les déplacements de banlieue à banlieue, grands centres économiques spécialisés, création de 70 000 logements par an, travail de fond sur les 155 zones sensibles d’Île-de-France, reconquête des berges de la Seine et création de jardins suspendus et de trames vertes dans Paris, plantation d’une forêt d’un million d’arbres autour de Roissy… Jusque-là, l’ambition élyséenne semblait limpide. Mais tout se compliquait dès lors que l’on se risquait à jeter un oeil sur le fruit du travail des urbanistes.Qui réussit à se forger un avis entre la « métropole polycentrique » proposée par le projet Rogers Stirk Harbour, les six « fenêtres de projet » constituant des « carottages » de la réalité métropolitaine de l’Atelier Christian de Portzamparc, les « collecteurs métropolitains, les stimulations des substances urbaines », du cabinetL’Auc Djamel Klouche, pour qui, « plombée par son modèle radioconcentrique », la métropole parisienne semble « incapable de se saisir de sa véritable dimension », ou encore les dessins d’une ville « poreuse » qui donne de « l’espace à l’eau » et multiplie « les échanges biologiques » des Italiens Bernardo Secchi et Paola Vigano ? Un discours souvent abscons, soutenu (éclairé ?) par des dessins futuristes, des images qui semblaient venues d’ailleurs, représentations utopiques d’une métropole sortie de bandes dessinées. Bref, pour être honnête, rares sont ceux qui étaient capables de se faire une idée claire de ce que pourrait être le Grand Paris, hormis quelques initiés. Mais peu importe, les premières ébauches ont suffi à faire naître la polémique. Les élus normands ont accueilli fraîchement la perspective de voir Le Havre devenir le grand port de Paris. Les élus, dubitatifs, ont rappelé que la SNCF avait écarté l’idée d’un TGV normand à cause de la distance, trop faible (140 kilomètres), entre Paris et Rouen, où se trouve l’essentiel des voyageurs potentiels, et en raison du peu d’intérêt d’une ligne à grande vitesse allant jusqu’au Havre, considéré comme un cul-de-sac. Et se sont inquiétés de devoir geler tout projet d’amélioration de leurs liaisons dans l’attente d’un éventuel TGV. La première loi de Christian Blanc les a rassurés, même si elle a donné lieu à une avalanche de critiques. Exit le rêve, le projet pharaonique, et retour de la réalité, sous forme d’un métro automatique de 130 kilomètres, en double boucle, autour de Paris.Fureur, tout d’abord, des architectes.Début mars, les équipes remettent leurs conclusions à Christian Blanc, qui leur présente son projet, « établi avant même la prise de connaissance des dix propositions ayant occupé des centaines de spécialistes de tout poil pendant le temps d’une bonne gestation : neuf mois », s’insurge l’architecte Jean Nouvel dans une tribune parue dans le Monde. Christian Blanc aurait pu regarder les études pour, « on ne sait jamais, intégrer quelques pensées pertinentes » dans son projet.
Le dialogue entre Paris et sa banlieue, au coeur du dossier
Entre-temps, psychodrame entre François Fillon et le secrétaire d’État au Développement de la région capitale. Les services de Matignon ont modifié la première version du texte : Blanc estime que son projet est dévoyé et il envoie un courrier assez vif au premier ministre, courrier dont il adresse un double à la presse fin septembre. Pour plus d’efficacité et de rapidité dans la future réalisation du faramineux chantier, Blanc avait prévu de donner des pouvoirs considérables à l’État, notamment pour préempter les terrains, sans tenir compte de l’avis des maires concernés. Dans la nouvelle mouture, les élus sont associés, grâce à une procédure de contrat de développement territorial. Si tout est réglé, au niveau gouvernemental, le 7 octobre, lors de la présentation du projet en Conseil des ministres, le bât blesse encore du côté des élus, pour qui la vision de Blanc est bien trop axée sur les transports et le développement économique.Au mois de juin, à l’initiative de Bertrand Delanoë, le maire de Paris, ils ont créé un syndicat mixte, Paris Métropole, qui rassemble près d’une centaine de villes, d’établissements de coopération intercommunale, de départements, de gauche comme de droite, bien décidés à peser dans le débat. En fait, l’alliance n’est pas nouvelle. Depuis 2001, Paris tisse des liens avec les communes de banlieue. « Jusqu’à cette période, la capitale ne s’était pas souciée de ce qui pouvait se passer au-delà du périphérique, raconte Philippe Laurent, maire divers droite de Sceaux (Hauts-de-Seine) et un des vice-présidents de Paris Métropole. Et les contentieux étaient nombreux. En résumé, pour les élus, Paris se servait de la banlieue pour se débarrasser de ses ordures ménagères (les usines de traitement de Saint-Ouen ou d’Issy-les-Moulineaux), enterrer ses morts, dans les cimetières “parisiens” de Bagneux, de Pantin, de Saint-Ouen, entasser les pauvres dans les logements sociaux, ou encore évacuer ses eaux usées (Achères). »L’histoire de la domination de Paris s’illustre dans cette ville des Yvelines. On le sait peu, mais la capitale était jusqu’à une période récente propriétaire de la moitié de la commune d’Achères. Les terrains acquis par Paris permettaient d’épandre les boues d’épuration de l’usine de traitement des eaux usées. Paris a récemment rétrocédé à la commune une partie de son territoire, à prix très avantageux, pour lui permettre notamment d’exploiter le granulat de son sous-sol. Depuis neuf ans, Paris a ainsi renoué le dialogue avec ses voisines et mené des actions de ce type.Cette coopération est pour partie le fait d’un élu parisien communiste, Pierre Mansat, salué aussi bien à gauche qu’à droite pour son ouverture d’esprit et l’énergie qu’il déploie pour fédérer les élus. «Ceux qui croient que Paris Métropole est le bras armé de Delanoë pour contrer le projet élyséen se trompent. C’est surtout le lieu où s’expriment, ensemble, bon nombre d’élus franciliens », note Philippe Laurent. Leurs sujets de préoccupation vont au-delà du premier texte de loi de Christian Blanc, axé sur les transports. Ils s’interrogent sur les pôles d’activité, le logement, la nécessaire redistribution entre communes riches et communes pauvres… « L’ère Delouvrier, où l’État pensait seul la région de demain et imposait sa vision, est révolue, poursuit Philippe Laurent. Les villes nouvelles, la construction des grands ensembles n’ont pas toujours été des réussites.Mais quand l’État fait une erreur lourde d’urbanisme, il bénéficie d’une sorte d’impunité. Contrairement aux élus locaux, qui rendent chaque jour des comptes à leurs administrés. C’est pourquoi les maires sont bien décidés à ne pas laisser le Grand Paris voir le jour sans donner de la voix. » Il est vrai qu’entre-temps, la décentralisation est passée par là.«On ne peut avoir une approche réductrice, qui ne s’attache qu’aux transports en commun et à l’économie, renchérit Jean-Christophe Fromantin, maire divers droite de Neuilly. Penser une métropole, c’est admettre un changement d’échelle qui doit concilier compécompétitivité et solidarité. Comment accepter de voir un territoire francilien continuer à être fragmenté, avec des zones de standing, d’autres de bureaux, d’autres encore submergées par les difficultés sociales ? Le Grand Paris, par sa cohérence, doit générer la cohésion à la fois sociale, économique… Il s’agit d’aménager la région pour le siècle à venir. C’est un travail énorme, à réaliser dans un espace concernant onze millions d’habitants, et qui mérite de prendre le temps de débattre et de mettre en lumière une vision intelligente. » Au-delà de cette position presque philosophique, Fromantin a des idées très concrètes : « La péréquation entre communes riches et pauvres n’est pas suffisante. Il serait plus pertinent de mettre en place des indicateurs sociaux permettant de mesurer le niveau de l’accès aux soins, aux crèches, aux équipements culturels et sportifs… On définirait un niveau médian de services en deçà duquel on n’admet plus qu’un territoire se situe. »« La solidarité, portée par le maire de Neuilly, la ville riche par excellence, c’est tout un symbole », souligne Pierre Mansat. L’élu parisien milite lui aussi pour l’identification de projets reconnus comme impératifs et financés par tous. « Il faudrait concevoir un fonds d’investissement commun pour réaliser ces mises à niveau. » Cette mutualisation des moyens pose la question de la gouvernance du Grand Paris. «Paris Métropole pourrait être l’embryon de cette nouvelle façon de penser. Et d’une gouvernance commune. En dépassant les égoïsmes communaux classiques », propose Pierre Mansat.
La réflexion des élus va déjà bien au-delà de la première loi de Christian Blanc sur le métro automatique du Grand Paris.
Ce jeudi, pour la première fois depuis sa création, Paris Métropole organisait un grand débat public pour balayer tous ces thèmes, au Tapis rouge à Paris, connu comme l’ancien siège de campagne de Jacques Chirac, en 2002. Une chose est sûre : ils sont décidés à se faire entendre et à proposer leur vision de la future gouvernance du Grand Paris, pour échapper à la toute-puissance de l’État imposée de l’Élysée.  Le projet de loi de Christian BlancAdopté le 1er décembre par l’Assemblée nationale, le projet de loi de Christian Blanc (photo) est présenté par son auteur comme le premier acte du Grand Paris, qui doit être l’atout de la France des trente prochaines années. Ce premier texte prévoit la création d’un métro automatique en forme de double boucle autour de la capitale, d’une longueur totale de 130 kilomètres, reliant les banlieues entre elles et également les aéroports, le réseau TGV et les futurs pôles de compétitivité comme le plateau de Saclay. Ce métro desservira une quarantaine de gares autour desquelles seront construits de nouveaux quartiers.Ce projet sera porté par un établissement public, la Société du Grand Paris, chargée de mettre en oeuvre le projet. Les communes concernées signeront avec l’État des contrats de développement territorial, fixant les objectifs de chaque projet en termes de bureaux, commerces, logements et transports autour des nouvelles gares. Ce qui n’était pas prévu par le texte initial, qui laissait de très grandes prérogatives à l’État, libre de préempter les terrains autour des futures gares sans se soucier de l’avis des élus locaux.
Les travaux de ce réseau, qui concernera cinq millions de Franciliens, devraient commencer mi-2013 et être réalisés en moins de quinze ans.

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Published by Pierre MANSAT
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