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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 19:25
Urbanisme anticipe sur son numéro de Septembre

Dix équipes en quête de métropole…
par Olivier Mongin*

Du déroulement de l’opération à grand spectacle du Grand Paris, l’exposition inaugurée à Chaillot permet de retenir les premières leçons /1. Toutes les équipes, mais elles sont beaucoup trop nombreuses pour que l’on s’y retrouve, fourmillent d’idées, dessinent allègrement et font preuve d’un souci pédagogique à l’oral (le cours de quinze minutes de Christian de Portzamparc est à diffuser dans les écoles). Un souci qui se démarque d’une scénographie où les équipes présentent courageusement leur travail dans des petits habitacles dont le look hésite entre la salle de massage, le tipi indien et la carcasse de fusée.
Mais oublions les conditions invraisemblables de la visite, et revenons-en à l’esprit de l’exposition et aux riches publications qui l’accompagnent. Ce qui était prévisible s’est passé : on parle de projets architecturaux, on se risque à des prévisions urbanistiques, on imagine un autre Paris, mais on se borne à évoquer des projets possibles. Toujours le projet ! Ce qui signifie deux choses : tout d’abord, on ne parle quasiment jamais, si l’on excepte Richard Rogers, des questions de gouvernance, de la capacité politique de décider et de réaliser des projets ; ensuite, la question de l’imaginaire, c’est-à-dire celle d’une vision historique susceptible de porter un projet, est aux abonnés absents. La gouvernance politique et l’imaginaire historique qui passe par des habitants, voilà deux thématiques hors sujet. C’est un peu gênant quand on se souvient que le Grand Paris a d’abord suscité des polémiques sur la gouvernance, vite oubliées au nom d’un consensus illusoire car provisoire. Quant à l’imaginaire ! Comment penser que l’on puisse se passionner pour l’avenir de Paris en oubliant que c’est une ville-capitale et qu’en France – un pays dont le territoire a longtemps été l’affaire du seul État et de ses grands corps – ce n’est pas rien ?
Celui qui veut glaner et profiter de bribes de l’exposition pourra cependant s’arrêter à l’entrée de la première salle. Michel Lussault, au demeurant co-président avec Paul Chemetov du conseil scientifique de la consultation (tiens, deux membres du comité de rédaction d’Urbanisme !), géographe et auteur de L’Homme spatial (Seuil, 2007), a rédigé un glossaire substantiel, histoire de rappeler (il était temps) le contenu de la commande qui sous-tendait à l’origine cette consultation. Des dix expressions retenues, il ressort qu’une expression, à rallonge mais la plus décisive, a été contournée, celle de “métropole du xxie siècle de l’après-Kyoto” (“cet objet constituait la cible de la consultation. Le problème est qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir ce que cette expression désigne, ce qui a mis les équipes à la peine”), que le sens des neuf autres n’est simple à comprendre qu’en apparence (“auto-organisation urbaine”, “centralité”, “commutateur urbain”, “étalement urbain”, “logistique”, “mobilité”, “non-bâti”, “proximité”, “séparation”), et enfin qu’une autre a été oubliée, celle d’imaginaire (à laquelle Michel Lussault a consacré un article de référence dans Urbanisme /2). Bref, les agences d’architectes ont été rappelées à l’ordre d’un urbanisme à l’échelle métropolitaine mais on ne parle pas trop de limites (à l’exception de la limite poreuse du “grand paysage”), on a remis les pendules à l’heure d’un “urbanisme des flux”, on a envisagé la fameuse rocade de transports qui aurait dû être construite avant les ensembles en tous genres, on découvre les flux, les mobilités, les rhizomes, on remet en cause l’urbanisme fonctionnaliste et le zoning, on ne prend pas plaisir à imaginer du nouveau pour le nouveau… Mais il serait grand temps d’adopter un minimum de langage commun. Ildefons Cerdà, et plus récemment David Mangin et Philippe Panerai, ont rappelé à l’ordre des mots en rédigeant des glossaires comme le fait ici d’entrée de jeu Michel Lussault ! Le ministère de la Culture aurait pu cadrer “un tout petit peu plus” la consultation sur le Grand Paris, peser le poids des mots, se risquer à des choix sémantiques. Les politiques devraient privilégier les mots et ne pas se satisfaire des seules images (qui ne sont en rien un gage d’imaginaire collectif !).
Pour le reste, le Grand Paris est un feuilleton à suivre : les projets passeront inéluctablement  au tamis de la gouvernance, et seul un imaginaire parisien renouvelé et moins muséal permettra de modifier les liens entre les périphéries et le Paris historique et haussmannien. En tout cas, merci pour le glossaire : c’est un bon début de cours de culture urbaine contemporaine, qui peut aider à poursuivre cette aventure au long cours…

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