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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 09:54
A l'occasion d'un séminaire organisé par  le pôle paysage du CGEDD (Ancien Conseil Général des Ponts et Chaussées), A. Fortier-Kriegel a publié ce texte
















Paris le site du grand Paris                                                                                         

Le 10/12/2008

 

Le site de Paris est resté depuis «la communale» dans la mémoire de tous comme l'image « d'une cuvette avec des bosses ». Ce site pourtant bien dessiné par l'érosion des eaux n'est plus un enjeu pour les aménageurs, en revanche il est entièrement présent et vécu comme élément identitaire par les parisiens qui, quotidiennement montent à Montmartre ou descendent de Ménilmontant.  Nous évoquerons en préalable les qualités physiques de Paris, car revisiter le site géographique est l'occasion en le comprenant mieux, de proposer des meilleures perspectives pour l'aménagement. La description de la géomorphologie du site de Paris, nous servira donc d'introduction aux interrogations posées par le débat actuel qui nous paraît souvent centré sur des concepts abstraits de densité, de hauteur, de financements. Parce que la question de l'espace n'est plus centrale dans les débats sur l'aménagement, qu'elle semble, selon certains, être entrée « en clandestinité », nous chercherons à retrouver une vue d'ensemble éloignée de la mise en oeuvre fragmentaire attachée aux nouvelles technologies (pourtant utiles) qu'on voit partout se profiler. La question du site nous parait être celle qu'il convient de reposer. Le paysage constitue la matière sensible du développement durable et permet l'économie, la sociabilité comme la création écologique.

 

1) La géographie du site originel de Paris

La géographie comprend le fond de vallée avec le fleuve formé par le méandre central, les îles, le plateau et les versants qui rattachent les deux niveaux ; celui du lit élargi après les glaciations d'une part et des plateaux d'autre part. Ainsi, à la Défense, de la fenêtre de notre bureau à la tour Pascal B, on distingue parfaitement le niveau du lit inférieur du fleuve, aujourd'hui recouvert par l'urbanisation de Nanterre. Plus loin, le profil noir de la forêt de St Germain situe le méandre au début du quaternaire et juste au dessus, la ligne d'horizon des plateaux.

On le voit, le site de Paris est lié à une suite de formations géographiques sur lesquelles se sont implantées des aménagements, qui ont contribué à alimenter l'imaginaire des parisiens. La «cuvette» attachée à notre mémoire a été engendrée par un méandre profond dont le coeur est l'île de la Cité et dont le dénivelé des hauteurs de Montmatre paraît important. Elle est d'abord formée :

a) par un relief convexe au nord de l'île de la Cité.

Si on suit les eaux du fleuve d'est en ouest on découvre ainsi :

la plaine suspendue de Vincennes, les contreforts de Romainville sur lesquels se sont implantés les vieux villages de Charonne, Belleville comprenant une série de lieux identifiables comme le Père Lachaise (terrasse de ce premier coeur de Paris), les Buttes Chaumont (en position de retournement) puis le col de la Chapelle, le canal de l'Ourcq,  Montmartre et sa butte témoin rendue plus visible encore par l'architecture du Sacré Coeur, le col de Monceau, puis la butte de Chaillot sur le revers de laquelle est implanté le bois de Boulogne.

La partie nord fonctionne comme un amphithéâtre dont l'île de la Cité est la scène centrale.

  b) par un relief concave au sud de l'île de la Cité.  Cheminant toujours d'est en ouest on découvre :

l'arrivée de la Bièvre, le jardin des Plantes, la halle aux Vins, l'esplanade des Invalides, l'Ecole militaire, la plaine de Vaugirard.

Le long de la Seine cette partie a été une zone de marécages, un espace longtemps peu construit, qui a accueilli, à certains endroits, tout ce dont la ville « ne veut pas ». L'ancienne cité romaine s'était d'ailleurs implantée plus au sud, à l'abri des inondations sur le versant sud de la colline St Geneviève.

 

Les masses bâties comprimées dans le plafond haussmanien ont, à leur tour, marqué par le volume de leur hauteur l'espace parisien, mais elles ont laissé perceptibles les reliefs de la capitale. Les buttes Chaumont, Montmartre, les collines de Chaillot, le mont Valérien, la butte aux Cailles, sont ressentis comme des éléments de la géographie de la ville. Par ailleurs, deux chenaux visuels au sud est et au sud/ouest permettent les rapports visuels entre le coeur de la capitale et ses parties plus éloignées. A Paris, on bénéficie de vues qui fonctionnent comme des ricochets, ainsi la Grande Arche est comme le rappel, le ricochet contemporain de l'arc de Triomphe. A cela s'ajoutent les axes historiques ; le grand axe qui part du Louvre et va rejoindre la foret de St Germain, celui de  Vincennes-Nation,  et l'axe qui retrouve St Denis au nord.

 

L'ensemble contenu à l'intérieur de la cuvette dessine le bassin visuel de Paris. La fermeture de l'espace parisien historique, outre la configuration géographique, cet espace historique a encore été marqué par la succession des enceintes qui cernent les agrandissements de la capitale. De l'enceinte de Philippe Auguste à celles des fermiers généraux, Paris est contenu jusqu'au XVIIIe siècle dans le bassin visuel originel. Au XIX e siècle, la fortification de Thiers, détermine les annexions de communes par Haussman mais fait sortir la ville du bassin originel.

Dans l'entre deux guerres les immeubles HBM d'une hauteur plus élevée que les constructions du XIX e siècle ont ceinturé à leur tour Paris, accentuant l'effet de fortification.

 

 

L'enceinte de Thiers sort pour la première fois du bassin visuel et installe la ville à l'extérieur de la cuvette. Cette enceinte prend déjà position sur le plateau d'Orly au sud. L'urbanisation se profile alors et  la ceinture forestière semble être le seul élément capable de marquer la limite entre la ville et le début du territoire.

Un ensemble d'entités géographiques constituées par des reliefs caractérise par ailleurs le grand Paris :

- En aval de Paris une succession de boucles très serrées s'arrêtent à la forêt de St Germain. Parallèles à la direction du lit glaciaire. On retrouve notamment la plaine suspendue de Versailles, les collines de Marly et des Alluets.

- En amont de Paris un grand triangle de confluence dominé par les horizons des plateaux. Ce triangle développé par le méandre de St Maur est occupé en son centre par la butte de Montmesly. Il est délimité  par le plateau d'Orly, par le plateau de Brie et le plateau de Romainville.

Au Nord, la plaine de France est elle-même limitée par le plateau de Romainville et les collines de Chelles.

Entre les niveaux bas du fleuve et  les horizons supérieurs des plateaux, on comptabilise des différences  de dénivelés de plus de 100 mètres de hauteur.

La ceinture forestière cerne l'ensemble et donne au coeur de la capitale un horizon arboré. Celui-ci est une des caractéristiques du paysage parisien. La ceinture est marquée à l'aval et au sud des boucles par les forêts de Verrières, Meudon, Ville d'Avray, Malmaison, Marly, à l'amont et au sud-est par les grandes forêts de Sénart, les bois de la Grange, les bois de Notre Dame, la forêt d'Armainvilliers, au Nord des des boucles, par les buttes arborées de Cormeilles et la forêt de Montmorency.

 

3) La Seine ouvre sur le ciel l'horizon de Paris

Une présentation du fleuve nous semble ensuite utile pour introduire la question  paysagère et peut-être aussi, celle plus poétique de l'horizon. Cet aspect permet de comprendre autant la qualité de la lumière que la couleur dont Paris est imprégnée. Artère principale, la Seine a été le moyen de communication et de transport. Michelet disait qu'elle était « la grande rue » et Balzac qualifiait les Grands Boulevards, hauts lieux du commerce au XIX e siècle de « Seine sèche ». Chacun le constate tous les jours dans le périple de son trajet quotidien, elle est restée le fil conducteur qui a  servi d'ancrage depuis toujours au développement de la ville. Mais le fleuve est beaucoup plus que l'élément fondateur de l'aménagement car les eaux du fleuve s'ouvrent sur l'horizon, captent encore la lumière du ciel qui, selon le poète, est violette à Paris :

«O, Oméga,

 Rayon violet de tes yeux»,

 nous avait déjà dit Rimbaud. 

De la rive droite à la rive gauche, le cours des eaux marque une orientation Est /Ouest.

Est /Ouest, le temps du cycle jour,  de l'année ou celui de la vie. Cette orientation liée à la course du soleil anime depuis longtemps le rythme de la vie des parisiens

C'est sur ce fil conducteur réel et pas seulement poétique, le eaux du fleuve, que se sont accrochés les plus beaux espaces comme les plus belles vues de la capitale. La place de la concorde, les Invalides, le cours la Reine, le rond point des Champs Elysées, le parc des Tuileries, le jardin des Plantes, le bassin de l'Arsenal, Bercy, en sont autant d'illustrations...  La Seine est donc ce lien qui relie «les perles» spatiales,  établit les correspondances,  permet les plus beaux vis à vis, expressions de l'excellence de l'art de l'aménagement à la française.

 

 

Le site comme l'horizon de Paris apparaît ainsi à la fois poétique, poïétique et politique

 Que commandent les qualités du site Parisien ?

Le confortement de lieux fondateurs sur le plan culturel ou géographique capables de servir de liaisons entre le coeur historique et la banlieue, établissant des jalonnements utiles doivent-ils donner lieu à des opérations de mise en valeur de l'espace? A titre d'exemple, le Landy qui a été l'espace de rassemblement de tous les peuples de Gaule, le lieu qui gardait le pays et dont les rois de France ont reconnu la permanence est aujourd'hui recouvert par un hangar TGV,  peut-il encore faire l'objet d'une reconquête ? D'autres éléments plus tardifs mais aussi symboliques comme les forts doivent-ils faire l'objet de projets?

Faut-il considérer que l'espace de la Seine doive rester un lieu de respiration pour la ville ou au contraire que  la  hauteur des constructions (IGH d'Issy-les-Moulineaux, Masséna- Brunesseau et Bercy-Poniatowski) puisse servir pour magnifier les qualités propres du site? N'y a-t-il pas de manière plus globale un danger (pour l'équilibre) pour la vie même de la ville à boucher le fond de la cuvette? Les charges foncières apportées par la construction des tours comme le fait qu'elles permettent la création de quartiers tertiaires qui libèrent Paris d'immeubles de bureaux, ces éléments peuvent-ils contrarier des orientations urbaines de qualité spatiale?

La fermeture de l'espace avec le bassin visuel, les effet de ricochets doivent-ils être pensés en fonction  du site ?

Faut-il renforcer l'effet de ceinture du Paris historique?  Sachant que les sites actuellement retenus par le maire de Paris se rattachent au renforcement de l'effet de ceinture (Clichy-Batignolles, porte de la Chapelle, porte de Montreuil, Bercy-Charenton, Masséna-Brunesseau, porte de Versailles) quel débat face à un état de projets avancés peut-on engager pour éclairer les décisions? Faut-il au contraire d'un renforcement de la ceinture trouver des liens rayonnants du coeur à la grande couronne? Doit-on encore réfléchir au rétablissement pour les deux cents ans à venir des axes historiques, quelle importance donner à un jalonnement de projets (y compris par IGH) et comment pourraient-ils être imaginés sur le grand axe Est/ouest Porte Maillot – Neuilly?  Cergy ? Nation -Vincennes? ou sur l'axe vers St Denis ? Peut-on travailler à conforter les horizons boisés et plus généralement à renforcer les ambiances paysagères?

Est-il souhaitable de construire des immeubles de grandes hauteurs le long de la Seine et sur la ceinture dans la perspective d'un paysage parisien harmonieux dans les cinquante années à venir? Ne transforme-t-on pas en implantant des tours les horizons d'un fleuve de plaine en celui d'un fleuve de canyon? Les tours ne peuvent-elles pas être elles-mêmes conçues comme des îles? Quelles ambiances paysagères doit-on introduire sur les îles de la Seine notamment l'île Monsieur (à reconstituer), l'île St Germain, l'île de la Jatte?

 

Le besoin essentiel des populations de lire, de connaître et de se reconnaître a contribué à donner au site de Paris une identité culturelle propre et aussi à le rendre lisible. La lisibilité permet d'être un habitant d'un lieu car elle donne la possibilité de se repérer, de se situer, de se positionner pour se déplacer et se mouvoir à l'intérieur même du site.  L'identité attachée au culturel fait naître, comme chacun le sait, l'appartenance avec le sentiment de citoyenneté.  C'est donc autour de ces questions que peut se construire le débat.

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