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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 08:50

Grand Paris et grand flou

Par Michaël Hajdenberg

Mediapart.fr

 Nicolas Sarkozy est rassembleur. Il veut travailler avec tous les élus, de toutes les sensibilités. Nicolas Sarkozy est volontariste. Il veut tout faire, les projets de Jean-Paul Huchon, président de la région (PS), et ceux de son secrétaire d'Etat, Christian Blanc. Tout et tout de suite. Dans dix ans, l'affaire sera bouclée: la tarification unique, les transports qui fonctionnent la nuit, les 70.000 nouveaux logements par an. Le Havre sera le port de Paris, l'autoroute urbaine qui traverse Neuilly sera recouverte, Roissy aura sa forêt, et l'Ile-de-France plein de Central Park!

 On en passe et des meilleures (cf l'intégralité du discours).

 Mais comment tout cela sera-t-il mis en œuvre, financé? Quelle part reviendra à l'Etat sur les 35 milliards d'euros nécessaires aux infrastructures de transport annoncées? Cela reste un mystère. Le calendrier est flou. On ne sait pas qui décidera, quand et comment.

 Certes, le président a évoqué des partenariats public-privé. Mais les entreprises répondront-elles présent en cette période de crise? L'exemple du projet Charles-de-Gaulle Express (20 minutes entre la gare de l'Est et l'aéroport) est à cet égard édifiant. Aucune entreprise n'est réellement intéressée pour l'heure. Et quel serait le sens d'un partenariat public-privé si les nouvelles structures ne génèrent pas de nouvelles recettes? (c'est-à-dire si le prix de l'ex-carte orange reste identique). Le principe de concession serait bafoué: les entreprises ne gagneraient-elles pas d'argent... S'agirait-il dès lors d'un simple emprunt? Mais alors pourquoi emprunter auprès de ces entreprises, à des taux évidemment plus chers? Pas de réponse.

 Le président de la République a évoqué la valorisation du foncier autour des nouvelles gares, mais d'après les études menées par l'APUR (Atelier parisien d'urbanisme) et l'IAURIF (Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France), cela ne pourrait couvrir dans le meilleur des cas que 10% des investissements.

 Alors, qui payera les infrastructures? Le président n'a pas évoqué du tout la solidarité financière à l'échelle de la région. Les Hauts-de-Seine peuvent respirer: ils n'auront pas à partager leur magot avec la Seine-Saint-Denis.

 Le risque, très fort, est donc que la plupart des projets de transports ne puissent voir le jour. Que certains se fassent localement mais qu'au final, il ne reste plus grande cohérence à l'ensemble des tracés. Et que soit perdue l'articulation logement/transports/pôles économiques évoquée.

 Mêmes questions sur les constructions de logement. 70.000 nouvelles constructions par an au lieu des 35.000 actuelles? Formidable. Mais où? Quelle part pour le logement social? Et surtout comment?

 Nicolas Sarkozy annonce que le foncier n'est pas un problème car il y en a suffisamment de disponible en Ile-de-France. Peut-être. Mais tout le monde sait depuis des années que le problème ne se situe pas là. Le Schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF), à peine moins ambitieux, prévoyait la création de 60.000 logements par an. Mais cet objectif n'a jamais pu être mis en œuvre.

 D'abord parce que ce sont les maires qui disposent des permis de construire, et personne ne peut jusqu'à présent les obliger à construire.

 Ensuite, parce que les organismes HLM dépendent grandement des budgets publics, et qu'ils en manquent cruellement.

 Enfin, parce que les promoteurs n'ont pas aujourd'hui la capacité de produire. Cela est conjoncturel? Peut-être. Mais ce n'est pas la déréglementation du code de l'urbanisme, soufflée par l'architecte Jean Nouvel et scandée par Nicolas Sarkozy, qui changera fondamentalement les choses. Les règles peuvent être assouplies, pas abolies (il faut bien un règlement de bon voisinage): cela ne peut produire de solution magique. Pas plus que les constructions aux abords des zones inondables, qui ne risquent de constituer que des solutions marginales.

 Pendant longtemps, la reconversion des friches industrielles a permis de libérer des terrains et de construire de grandes ZAC (zones d'aménagement concerté). Ce temps là est fini. Aujourd'hui, on n'achète plus de champs de betteraves, et si on veut densifier il faut construire sur des terrains déjà occupés. Ce qui est plus compliqué, plus cher et plus lent.

 Alors, certes, le discours est beau. Mais il ne dit pas grand-chose.


URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/290409/grand-paris-et-grand-flou

Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/michael-hajdenberg
[2] http://www.mediapart.fr/files/GrandParis-Sarkozy.pdf
[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/280409/grand-paris-l-heure-des-choix
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/150309/notre-debat-le-grand-paris-l-urgence-ou-la-peur

 

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