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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 19:25
Point de vue
Entre l'esprit et la lettre, attention à la schizophrénie, par Frédéric Gilli
LE MONDE | 08.05.09 |

es annonces qui ont retenu l'attention dans l'allocution que Nicolas Sarkozy a prononcée le 29 avril sur le Grand Paris se concentrent sur quelques chiffres : 35 milliards d'euros pour les transports, 70 000 logements, 850 millions d'euros pour le campus de Saclay. Elles concluent une remarquable synthèse des travaux issus de la consultation.

Le discours présidentiel retient les aspects innovants de chaque proposition et les marie harmonieusement pour faire de Paris un modèle de métropole durable. Pas d'Hernani de la pensée urbaine donc, la vision moderne est partout : reconstruire la ville sur la ville, articuler et réconcilier les échelles depuis la métropole jusqu'au quartier, construire une ville englobante qui n'exclue personne, réfléchisse à la mixité des usages, concilie les lieux et les mobilités. L'esprit est irréprochable. La lettre pose plus de questions.

Ces déclarations d'intention laissent d'abord sceptique. Les milliards d'euros annoncés sont encore à trouver et l'on ne sait pas exactement la part que l'Etat prendrait à sa charge. Les logements ne se construisent pas par décret, comme en témoignent les difficultés de la région pour convaincre les maires de délivrer 60 000 permis de construire par an. Enfin, pour nécessaires qu'ils soient, les investissements dans l'université n'ont jamais suffi pour créer des creusets urbains innovants.

La contradiction est ensuite frappante entre le verbe inspiré du discours et le caractère très sectoriel du catalogue final. Le président superpose des logements non localisés, un anneau de métro rapide non enraciné dans la ville et des pôles économiques extraterritorialisés. Oubliées l'articulation et les interdépendances entre logements et transports, entre compétitivité économique et mixité sociale. Si la rhétorique de l'aménagement est renouvelée, la logique des solutions demeure très classique.

Contradiction également entre la volonté de déréguler la ville et celle de maîtriser sa forme et son extension. La fin des réglementations est censée relancer l'aménagement et les constructions. Attendue par de nombreux opérateurs, cette libéralisation n'est toutefois pas neutre. Elle ouvre tout autant sur la ville durable, diverse et multiple que sur la ville du seul marché, laissant à l'urbanisation des hectares d'espaces encore naturels : ville construite selon les valeurs de la rente foncière, en rupture de laquelle le discours s'inscrit pourtant explicitement.

Sans attendre la loi sur le Grand Paris, promise à l'automne, cette schizophrénie renvoie au travail en cours au Parlement : le législateur inscrit plus de réglementations dans les textes environnementaux et simplifie dans un mouvement symétrique le code de l'urbanisme pour hâter la relance des constructions neuves.

D'autres annonces brillent par leur absence. Prenant la posture du rassembleur, en rupture avec les positions tenues par l'Etat depuis des années, Nicolas Sarkozy a renvoyé la question de la gouvernance à après son mandat actuel. Laissant trois ans aux collectivités territoriales pour travailler à la réorganisation de la métropole, il ouvre la porte à une solution construite localement. Cette attitude est d'autant plus importante que, en complément, l'Etat se dit prêt à accompagner les initiatives régionales, en matière de transports notamment. Tout en restant vigilant, l'Etat est visiblement décidé à déléguer. Il en donne des gages, confiant par exemple aux agences d'urbanisme de Paris et de la région le pilotage des travaux sur les suites de la consultation d'architectes, jusqu'ici placées sous l'égide du ministère de la culture et sous l'oeil du secrétariat d'Etat à la région-capitale.

Bertrand Delanoë ne s'y est pas trompé. Un exécutif régional potentiellement conforté dans ses prérogatives sur les transports, une agora métropolitaine invitée à prendre plus de place et ce, alors que la restructuration des intercommunalités se met en place dans la région (en témoigne l'annonce récente de la création de "la plus grande intercommunalité d'Ile-de-France" regroupant Bagnolet, Bobigny, Bondy, Les Lilas, Le Pré-Saint-Gervais, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin et Romainville) : les éléments et les ferments d'une nouvelle gouvernance sont en place. En matière de gouvernance aussi, l'esprit du discours est à saluer.

La lettre est plus subtile. Si l'on compare le discours présidentiel au détail des textes soumis par Christian Blanc en conseil des ministres le matin même, on s'aperçoit que les plans d'action gouvernementaux vont toujours à l'encontre du schéma régional. Or le texte du Grenelle 2 soumis actuellement en première lecture au Sénat contient un article spécifique qui renforce les pouvoirs du préfet d'Ile-de-France sur l'aménagement régional.

De même, le président rappelle que l'Etat est prêt à prendre la main et à contrôler en direct la réalisation des travaux d'infrastructure, quitte à forcer les prérogatives du Syndicat des transports d'Ile-de-France en matière de tarification. Les engagements actuels de l'Etat aux termes du contrat de projet Etat-région s'élèvent à 900 millions, soit bien peu au regard des 10 milliards d'euros qui manqueraient actuellement à la région : les rapports de force politiques et financiers seront déterminants pour la négociation des milliards et des métros supplémentaires annoncés.

Nulle surprise, dans ces conditions, à ce que Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Ile-de-France, reste prudent face à de telles annonces... à un an des élections régionales. Si l'Etat s'en découvrait les moyens financiers, tout serait en place, en dépit du ton avenant du discours, pour une reprise en main néocolbertiste de l'aménagement régional au détriment d'une réponse rapide aux situations d'urgence avérées.

Ce discours marque sans doute une étape dans l'aménagement et les équilibres politiques franciliens. Plus que dans les annonces-chocs, l'essentiel du discours tient dans les silences sur la gouvernance et dans l'abandon du code de l'urbanisme. Nouveau jeu politique et déréglementation sont susceptibles de hâter ou d'emporter l'ensemble des projets annoncés.


Frédéric Gilli, chaire Ville de Sciences Po Paris, est coauteur avec Jean-Marc Hoffner de "Paris, métropole hors les murs" (Presses de Sciences Po

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