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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 16:17

La question posée est politique.

Elle ne peut s’adresser qu’à celles et ceux qui ont acquis une vision politique de la question urbaine, vision étayée d’expériences, de voyages et d’études, à ceux qui ont déjà formulé des critiques à l’encontre des principes technocratiques et peu démocratiques du développement urbain depuis près d’un siècle.

La question est politique parce que les disfonctionnements, les désagréments, les ségrégations de notre métropole sont patents et que rien n’annonce un changement significatif dans les méthodes qui les ont causées. Conséquence toute aussi politique : la perte d’attractivité de notre capitale et la France, décentralisatrice mais encore jacobine, ne s’en porte pas bien.

La question est d’autant plus politique que le début de ce siècle est marqué par une menace due pour bonne part à la mauvaise gestion de nos hypertrophies urbaines et de nos territoires industriels. Menace pour notre santé et l’avenir de la planète. Des accords internationaux sont signés, incitant à changer de cap. Nos enfants, à juste titre, ne nous pardonneraient pas de ne pas les honorer. 

Enfin cette question devient politique et démocratique puisque pour la première fois un président de la République demande à des penseurs de la question urbaine de formuler des propositions et, si possible, des solutions pour changer le développement et le devenir d’une des plus grandes métropoles internationales. Ces propositions seront publiques et ouvertes à un débat public. Nous sommes condamnés à parler clair et intelligible. A sortir les documents dits « d’urbanisme » de leur clandestinité longtemps entretenue, de leur opacité et de l’abstraction dans lesquelles ils sont aujourd’hui empêtrés. L’heure n’est pas à affiner les théories écologiques et urbaines, l’heure n’est pas à une recherche fondamentale idéale, à des déductions scientifiques ou à des découvertes de laboratoire pour entretenir les querelles de docteurs. L’heure est dans l’état de nos connaissances actualisées, à des propositions spécifiquement parisiennes, à des stratégies ad hoc, ici et maintenant.

 

Nos propositions se veulent des réponses claires à la difficile question posée. Elles s’adressent à tous, les Français, les Franciliens, les élus, à tous ceux qui pensent que l’avenir de nos villes devrait être au cœur du débat politique, donc une des raisons majeures des choix politiques. Elles ne sont pas projets architecturaux mais propositions à soumettre à une décision démocratique.

Paris, ville mythique, ne doit pas se laisser déborder par des questions urbaines irrésolues.

Et pourtant malgré l’énergie de ceux qui la chérissent et la dirigent, elle perd lentement de sa vitalité.

Est-ce le sort des capitales qui ont attiré au XIXe mais surtout au XXe des habitants des petites villes et des campagnes, de France et d’ailleurs, qui sont devenus ouvriers ou employés ?

C’est dans une urgence permanente que se sont succédées des politiques urbaines incohérentes.

La conséquence est là : le chaos s’est installé.

 

Ce que l’on a appelé par dérision le déménagement du territoire est aujourd’hui terminé. Après cette ère sauvage prenons acte de la situation.

Le trésor, le joyau historique est toujours là. Mal mis en évidence, mais présent. Paris a grandi au milieu des forêts et des champs qui font aussi partie de ce trésor.

Sous la pression de son développement, Paris a eu tendance à oublier qui elle était, où elle se tenait : l’histoire économique, les errements d’une modernité architecturale qui se rêvait dans un monde idéal et abstrait, sur une table rase, l’ont marquée, brutalisée.

Il faut arrêter ce saccage inconscient dont nul ne veut assumer la responsabilité.

Il faut reconnaître que cette prise de conscience est la condition d’une réaction salutaire.

Si nous voulons que le prestige de PARIS continue à rayonner sur cette terre, il faut le cultiver, le renforcer.

Si nous continuons sur la pente actuelle, le jugement international sera probablement de plus en plus sévère et négatif et l’attraction culturelle et économique de PARIS s’étiolera.

 

Alors que des métropoles naissent, que d’autres sont en pleine mutation, PARIS doit donner l’exemple.

Elle doit s’affirmer comme la première à refuser le désastreux système de planification et de réglementation urbaine qui conduit à juxtaposer des « zones » monofonctionnelles et à additionner des constructions qui s’ignorent les unes les autres.

Une claire prise de conscience doit conduire à explorer les potentiels du lieu et du savoir d’aujourd’hui.

Il faut se fixer pour ambition de révéler ce que « ici » possède d’exceptionnel.

Pour cela il est urgent de réveiller et d’inviter un vieux génie que nous avons méchamment congédié dans la première moitié du XXe siècle : le génie du lieu.

C’est un poète, un philosophe qui parle de plaisirs, de bonheurs. Il nous rappelle que, pour sauver PARIS de la vulgarité et de la profanation, il faut s’enchanter de la lumière de l’Île-de-France, regarder les ciels, les nuages gris troués par de pâles rayons chauds de soleil, les forêts, leurs futaies et leurs si longues allées cavalières, les champs plats composant cette mosaïque profonde et apparemment sans fin tellement l’horizon est lointain, vivre les rives des rivières et du fleuve, les ponts de Paris, les quais, les chemins de halage, les péniches et les écluses, les monts, leurs vues, leurs forts, qu’il va aussi falloir donner à voir cette mer grise des toits de zinc parisiens, ciel à l’envers d’où émergent des silhouettes singulières, symboles des siècles qui se sont enchaînés. Mais ce génie s’intéressera aussi à tout ce qui est arrivé en son absence. Il fera feu de tout bois. Il s’entourera de savants, de géographes, d’économistes, d’écologues, d’ingénieurs, d’artistes bien sûr, ainsi que des habitants de la ville.

Le hasard fait quelquefois de belles choses fragiles, éphémères qu’il faut aimer pour les perpétuer. Notre bon génie dira aussi comment transformer, métamorphoser, recomposer ces lieux d’architecture aujourd’hui sans grâce dans lesquels vivent certains Parisiens.

Avec lui nous repenserons les déplacements en fonction des découvertes, des contrastes, des éblouissements, des ombres et des cadrages hérités du métro aérien dans l’efficacité mais aussi la spécificité des métros, des trains, des taxis parisiens, loin des systèmes conventionnels appartenant à la plupart des villes globales.

Courageusement, avec lui, nous entrerons dans une ère de révélations, de transformations, de mutations et d’inventions.

 

Paris est un mythe. Pas seulement pour les Français de province mais pour les habitants de tous pays. Paradoxalement ce sont les Parisiens qui ont du mal à croire à la force de ce mythe. L’habitude, les dégradations, l’imaginaire d’autres paradis urbains les font douter et sous estimer l’attractivité de leur cité. La puissance de l’image est liée à la permanence des références à travers l’histoire et pas seulement comme pour d’autres grandes métropoles telles New York et Tokyo à une ou deux époques, ou comme d’autres villes historiques fameuses, Venise, Rome, à une période faste de domination du monde.

Paris, c’est aussi bien le temps des cathédrales, le siècle des Lumières, la Révolution française, le XIXe pompier et industriel, la Belle Epoque, le carrefour des artistes pendant plusieurs générations, la ville symbole de la modernité en relation avec le patrimoine historique de Pompidou à Mitterrand, du musée Beaubourg à la Pyramide du Louvre.

Dans la compétition internationale le mythe est un atout majeur quand il est associé à l’image de la modernité en action et à d’un certain bonheur de vivre indissociable des plaisirs du corps, de la santé, de la communion avec la nature. D’ailleurs les villes polluées sont des repoussoirs : il suffit de se promener dans ces mégapoles qui ont nié leur histoire ou n’ont pas su voir à quel point elles sont devenues hémiplégiques. Leur taux de croissance n’est pas un signe de santé. Elles ne contrôlent ni la pollution, ni leur relation à la géographie et à la nature, elles n’ont aucune idée de ce que devraient être les privilèges liés à chacun de ses habitants.

PARIS, pour être la métropole la plus attractive, doit cultiver ses différences.

Il n’est pas de siècle depuis un millénaire où Paris n’a été un des phares du monde. Nous avons la culture de la rencontre, de l’attractivité. Le XXIe siècle aussi sera très parisien, ce qui veut dire que les caractéristiques de ce siècle, ses surprises, son épanouissement auront lieu aussi ici. Ce qui veut dire que nous devons être en mouvement en sachant où nous allons et pourquoi nous y allons.

PARIS n’attirera les grands acteurs du monde économique d’aujourd’hui et de demain qu’en cultivant son aura.

Pour cela PARIS doit résoudre les contradictions liées à un développement chaotique et transformer des situations négatives en situations positives, des atmosphères pathétiques en atmosphères sympathiques.

PARIS se doit d’être à l’avant-garde des mutations urbaines et doit inventer de nouvelles stratégies architecturales de nature à changer la vie des ses habitants.

Le progrès social ne se mesurera pas uniquement à la progression du pouvoir d’achat mais aussi au bien-être des conditions de vie et au respect porté à la qualité de vie et au territoire de chacun.

 

L’ensemble de ces considérations conduit à une stratégie :

Certes il est urgent de changer d’objectifs,

de changer les règles urbaines !

Mais aussi notre regard.

Sur la beauté d’aujourd’hui.

Sur l’idée du « raisonnable ».

Le seuil du possible.

Sur notre devoir de créer du plaisir de vivre, des lieux attirants à partager.

Nous sommes là pour accueillir.

Pour nous réjouir de ce qui va désormais bien ici.

 

Il faut donc modifier ce qui est injuste, désagréable et souvent insultant pour ceux qui y vivent, ceux qui nous rendent visite et pour les futures générations.

Soyons concrets ! Aménager un territoire demande à être pragmatique, quelquefois empirique, toujours généreux et rien de cela n’empêche d’être ingénieux, mot modeste pour éviter de dire stratège, ce qui serait l’ambition ultime et légitime.

 

L’Ile-de-France est constituée de 1281 communes.

620 sont aujourd’hui agglomérées et créent la réelle agglomération parisienne.

Nous allons considérer cette agglomération comme constituant ce que nous appellerons, au XXIe siècle, une ville.

Son nom est PARIS.

Au XXe siècle nous avons entendu parler de Paris aux cent villages pour parler du Paris historique. Aujourd’hui PARIS aux mille faubourgs mais surtout PARIS aux mille éclats. PARIS-Versailles, PARIS-La Courneuve, PARIS-Genevilliers, PARIS-Massy, PARIS-Saint Germain, etc.

Ces faubourgs sont des communes ou des arrondissements. Ils ont un maire, une représentation démocratique. Cette structure de responsabilisation territoriale précise, héritée, est une clé de la réussite de la transformation urbaine de la ville - agglomération que nous appelons PARIS. L’histoire de France ne se réécrit pas. Elle continue à s’écrire. L’agglomération de PARIS représente 1/6ème de la population nationale. Son attraction internationale en fait l’une des quatre plus puissantes métropoles mondiales. Son devenir intéresse chaque Français. En ce sens son évolution est un enjeu national majeur, aussi bien pour notre économie que pour notre image. L’avenir de notre pays est conditionné par l’inventivité et le travail des Français, par l’ouverture au monde des entreprises qu’ils animent.

PARIS est notre première porte sur le monde, tout le monde a envie de la franchir un jour. Cette porte franchie, les rencontres des visiteurs avec une ville fascinante, par son histoire, sa modernité et ses interlocuteurs représentant cette culture établiront les raisons mais aussi les désirs de développer des liens communs et de travailler avec nous.

Ce sont pour ces raisons que cette consultation fait du sens et que nous avons passé notre vie à penser la ville, l’histoire, la modernité, la vie située quelque part, les plaisirs d’être quelque part, l’invention des évolutions et le réalisme des mutations que nous sommes sommés de proposer aujourd’hui.

Il peut n’y avoir qu’un pas entre la grande illusion et la grande désillusion.

Mais la question posée est trop claire, trop belle, trop pertinente, et arrive au moment charnière où le basculement fait sens pour commencer à résoudre les crises économiques, écologiques et sociétales.

Quels changements dans PARIS pour une autre politique énergétique  - donc industrielle -, pour une meilleure organisation sociale - donc plus de justice -, pour une meilleure compétitivité - donc plus d’attractivité -, pour plus de plaisirs à offrir et à partager pour évoquer l’imaginaire d’un futur à PARIS et donc illustrer des espérances pour les futures générations ?

Regardez honnêtement la réalité aujourd’hui.

PARIS est-elle une ville ouverte accueillante ? Pour répondre oui, seriez vous aveugles ? masochistes ? cyniques ?

La plupart des constructions édifiées ces dernières décennies sont accablantes.

Manque de stratégie.

Manque d’ambition.

Manque de sensibilité.

Manque de contrôle.

Manque de travail.

 

Revenez aux fondamentaux.

Si le système inepte de planification urbaine appliqué avec différentes variantes depuis la première moitié du XXe siècle demeure, rien ne changera en profondeur, la vie restera sensiblement identique dans des conditions similaires.

 

Décidez que les cartographies sommaires par zones de densité, de hauteur et de fonction comme principal outil de développement urbains sont caduques !

Décidez que de nouveaux outils établiront des spécifications conséquentes à des analyses et des propositions autour du construit et du paysage existant pour établir des objectifs ciblés !

 

Décidez d’en finir avec les règles qui font construire des bâtiments autistes !

 

Décidez d’en finir avec les brutalités et les absurdités, conséquences des urgences et des fonctionnalités sectorialisées !

 

En 2009 considérez comme provisoire l’état du chaos urbain de la métropole parisienne !

 

Reconnaissez que seules les urgences successives, les trivialités, le manque de respect de notre propre histoire et de nos propres conditions de vie nous ont conduit à cet état de choses !

 

Dites que nous ne sommes pas dupes et que nous savons que nous ne représentons qu’un cas particulier au regard de la dégradation et du non respect de notre planète !

 

Appelez les autres métropoles à suivre notre exemple !

 

Aujourd’hui nous refusons, changeons radicalement d’attitude, résistons, agissons. L’aura de PARIS aujourd’hui pâlie doit retrouver son intensité.

Et le problème n’est pas essentiellement esthétique : il ne s’agit pas de faire de la cosmétique. Il s’agit de résoudre les disfonctionnements et de proposer de nouvelles conditions de vie aux Parisiens et, à cette occasion, de qualifier la ville, de renforcer l’aura.

 

Nous proposons une double action qui se caractérise par une multitude de naissances et de renaissances.

Nous allons révéler les points forts de notre géographie et de notre histoire.

Nous allons précipiter la mutation, la phagocytation des territoires et des bâtiments indigents, pitoyables, agressifs.

 

Cette politique s’appuie sur des règles sensibles qui prennent en compte la géographie et l’histoire du lieu prestigieux parisien. Elles intègrent la résonance, le contraste, la lumière, l’imprégnation, les vues, les silhouettes, les cadrages, la mise en évidence des rythmes de vie comme premiers critères d’une révolution du mode de vie urbain. Il s’agit essentiellement de révéler la nature, la modernité et ses attributs techniques, l’histoire, le prestige, du patrimoine.

 

Comment établir des règles sensibles pour passer dans les vingt prochaines années de Paris au Grand Paris ?

En prenant en compte tout ce qui est là. En le valorisant, en l’enrichissant et aussi bien sûr, en se servant des atouts qui ont faits ce que Paris lui-même représente pour continuer, perfectionner son identification dans des variations, des différences et des inventions.

Il y a d’abord les ciels de Paris, les lumières douces, la présence du gris, quelquefois sur le bleu, mais surtout, souvent ces trous de soleil chaud dans les gris.

Comme par hasard, les peintres ont su le voir, les écrivains ont su le dire : Zola…

Est-ce un hasard si le plâtre parisien affiche sa blancheur face à la pierre patinée, si le zinc et ses nuances épousent le ciel et mettent toujours un peu de gris dans l’azur parisien.

Paris Ville Lumière commence ici et, Notre Dame, la Sainte Chapelle et Saint- Eustache témoignent de l’amour des rais de soleil qui, sur un rythme imprévisible, viennent provoquer cette vibration qui crée la conscience de l’instant.

Et qui oserait douter que Labrouste, Hittorf, Eiffel ou Chareau y aient pensé ?

Et comment ne pas reconnaître dans les ferronneries haussmanniennes, les balcons de fonte, les découpes à contre-jour ou a contre pierre, des vitraux ?

Que peut on en déduire ?

Que la colorimétrie est un paramètre souvent plus important que la constance de lignes d’acrotère.

Que les gris choisis sur les blancheurs et les nuances des ocres gris sont très éloignés de la motte de beurre ou de la crème vanille si souvent rencontrées ?

Que de ces moyens identifiés pour créer des résonances, des échos, des profondeurs, les contre-jours sur le ciel, à travers les fenêtres et leurs structures, les architectures qui se construisent à Paris doivent s’en souvenir pour les interpréter.

 

Le XXe siècle a vu arriver les bâtiments les plus utilitaristes, loin, très loin de ces préoccupations. Les maîtres ont toujours su comment intégrer la modernité à Paris, dans les blancheurs de Le Corbusier et de Mallet Stevens par exemple, ou dans les façades de pierre aux longues fenêtres de Roux-Spitz et quelquefois dans les contre points colorés indispensables, à dose homéopathique, comme chez Le Corbusier, pour faire vibrer les gris, les bleus des ciels.

Mais que faire de l’essentiel du reste qui correspond malheureusement à des graffitis de toilettes sur un Sisley ? On ne peut les enlever, ce qui correspondrait à détruire l’essentiel de ce que nous avons construit en 80 ans.

 

Il faut donc les transformer,

les surcharger,

les griffer,

les sur-impressionner.

Il faut faire de la dentelle sur de la violence, de l’annulation et de la sensibilité pour gommer la grossièreté.

Le XXe siècle dans l’urgence permanente, dans l’optimisme béat de la construction d’objets incongrus et sans imagination a donc saccagé des territoires entiers sur le plan sensible, avec l’excuse irréfutable de l’utilité urgente.

Soit. Alors utilisons ce que le XXe siècle a su nous apprendre et nous faire voir dans le domaine des arts plastiques.  A travers une extraordinaire exploration de nouveaux champs plastiques nous avons appris à voir des beautés insoupçonnables dans l’immédiateté des situations les plus triviales.

Le XXe siècle nous a légué un amas de matière construite à réinterpréter, une matière à transformer, à qualifier.

A transformer sur le plan de l’usage, où beaucoup d’espaces à habiter, d’appartements et de bureaux sont trop petits et trop indigents. Et, c’est le rôle de l’architecte à travers cet indispensable acte utilitariste de créer de l’habitable, du vendable, du louable, de changer pour créer aussi le plaisir de vivre ici. La fierté d’habiter et de travailler là.

 

Dans le chaos indescriptible que représentent de nombreux espaces de l’agglomération parisienne en dehors des centres constitués, notre rôle est de précipiter la mutation, la transformation. Pas en démolissant pour reconstruire le même programme au même endroit.

Il faut phagocyter,

il faut surélever,

il faut développer,

il faut envahir par le végétal, par la vie, par d’autres activités,

il faut densifier pour permettre un autre jeu, pour sortir de ce qui a été fait depuis des décennies, indigent et irrespectueux des habitants, pour en finir avec ces espaces figés, immuables.

Nous devons pouvoir reprogrammer, agrandir les logements, introduire des commerces, des jardins, des terrasses, des terrains de jeux.

 

Il faut pouvoir mélanger les logements, les bureaux, les activités.

Il faut pouvoir habiter des usines et travailler dans d’anciens logements.

Il faut retrouver des sensations, de l’inattendu.

Il faut interpréter ces lieux figés, construire sur leurs têtes, sur leurs parkings, ouvrir leurs caves, vitrer leurs toitures, oser embellir, oser se laisser envahir par le végétal, par la lumière, pour retrouver les beautés des ombres, sortir de ces normes qui nous crèvent le cœur et pourrissent chaque jour nos vies.

Retrouvons nos sensibilités.

Ce n’est pas parce que nous vivons en ville que nous devons vivre plus mal qu’à la campagne.

Urbain veut dire : accueillant, aimable, poli.

Et puisqu’il va falloir aussi construire des centaines de milliers de logements pour deux millions d’habitants de plus dans les deux prochaines décennies, puisqu’il va falloir s’arrêter d’étendre la ville pour mieux circuler et moins polluer.

 

Arrêtons le jeu stupide hérité de l’urbanisme moderne !

Arrêtons de considérer que l’espace entre deux constructions est sans importance !

Les dernières villes qui ont réussi à créer du lien et de l’architecture il y a longtemps, trop longtemps, je pense à Cerda à Barcelone par exemple, nous ont parlé morphologie, typologie, tracés.

Pour construire dans la ville historique et pour construire de nouveaux ensembles humains il va falloir à nouveau donner des règles précises, sensibles.

Il va falloir parler de la relation des bâtiments créés à ceux qui précèdent, de la définition de l’espace public en relation avec les bâtiments construits, de la nature de ces architectures, des rythmes sur lesquels elles s’enchaînent. Des continuités géométriques et des assemblages.

Ce seront de nouvelles contraintes pas plus lourdes, pas pires que les précédentes, je veux dire que celles d’aujourd’hui. Mais tellement plus liées au plaisir d’architecturer !

Créons des silhouettes,

créons des contre-jours,

créons des terrasses paysages,

organisons les architectures autour d’un paysage exceptionnel,

dialoguons,

faisons de la musique avec nos voisins,

choisissons nos instruments, nos notes,

improvisons un thème…

amusons nous, donnons du plaisir à ceux qui vont habiter nos plans construits et oublions nos tristes années de crise, de transhumance et de stabulation humaine pour magnifier les habitations et les quartiers de vos parents.

Le ciel de Paris est toujours là, ses forêts, ses champs, ses tracés urbains et forestiers, ses rivières, son admirable patrimoine. L’histoire n’est pas finie. Nous allons vers d’autres plaisirs, nous allons donner à nos enfants l’idée d’un Paris vivant.

 

Les règles sensibles de la hauteur sont évidemment d’établir les caractéristiques des points de vue, leur précise localisation, leur exacte hauteur, les proportions, les longueurs des cadrages ou des panoramas.

Mais l’autre caractéristique est champ / contrechamp, donner les règles de formation des silhouettes, des horizons.

C’est une question d’appartenance de ces nouvelles silhouettes, de ces nouveaux horizons à ceux qui précèdent, aux anciens, une question d’appartenance à l’épaisseur et aux profondeurs d’une ville.

Paris est depuis un siècle une ville où, en fonction des règlements simplistes, les immeubles hauts sont coupés à la faux à la même hauteur. Raccourcis. Vieil atavisme révolutionnaire qui nous conduit à couper les têtes, caricature de la liberté basée sur l’égalité. Brefs règlements écrits par des guillotins cerbères de l’égalitarisme et des scribes du règlement de sécurité incapables d’imaginer que des critères simplistes aux conséquences économiques immédiates amènent tous les promoteurs voulant utiliser leur bon droit à s’arrêter à la hauteur trop chère !

La complexité de certains règlements urbains, ceux de Manhattan par exemple se font par rachat des droits de densité du voisin, par retrait lié aux droits aériens, tous les contrastes restent possibles sur la trame orthogonale serrée, the greed qui provoquant un ordre spatial rythmique de plans parallèles et perpendiculaires, règlement qui a dû être inventé par un esthète du futur urbain.

 

Bien sûr il faut rythmer nos horizons par des verticales plus ou moins hautes.

 

Bien sûr il faut créer des variations dans les quartiers « fauchés » étêtés, clonés. Bien sûr la construction de ces quartiers parisiens n’a pas été pensée en termes d’urbanité, de plaisir et d’enrichissement, d’embellissement de la ville.

 

Bien sûr cette transformation doit avoir pour première raison d’habiter mieux et d’intégrer les critères du développement durable, de dépenser moins d’énergie, de mettre en place des systèmes de productions d’énergies douces, géothermie, solaire, éolien…

 

Et, oui, nous allons imaginer les silhouettes produites par nos autorisations à construire,

oui une verticale est implantée au mètre près en fonction des perspectives historiques ou lointaines, en fonction des découvertes depuis les rues du quartier en relation avec les immeubles voisins, l’ensoleillement.

Et oui les caractères de ces tours seront parisiens, lointain héritage inconscient dans notre cerveau francilien des tours rondes des fortifications surmontées de leur cône, des superpositions de grands étages, de grandes fenêtres pour édifier nos clochers ou des élancements de nos flèches gothiques ou des pentes abruptes d’ardoises de nos hautes toitures de palais et de châteaux.

Nous n’avons pas oublié les transparences des voûtes de verre du XIXe, de nos gares et de nos palais d’exposition.

Avec les couchers de soleil qui les traversent. Transcendance du vitrail religieux à l’échelle urbaine.

Les techniques écologiques d’aujourd’hui nous conduisent vers des atriums transparents au milieu ou en haut des tours vers des doubles façades vitrées, vers des jardins intérieurs, vers des structures métalliques qui renvoient les contre-jours et découpent arbres et nuages.

Nous établirons une classification des typologies, d’une part pour compléter les ensembles parisiens du XIVe, XVe, XVIIIe, XIXe et XXe, d’autre part pour créer des horizons lointains vers Gennevilliers, Saint-Denis, les Ardoines, Villacoublay, La Défense, l’Ile Seguin où nous proposerons des ensembles structurés, assemblés selon des principes établis, capables de concilier plaisir de vivre, enrichissement de l’image de PARIS, différenciations, contrastes des nouveaux quartiers capables de qualifier PARIS 21ème par de lointains échos et de claires résonances.

 

1ère mesure - PARIS métropole est imprégnée dans les champs, les forêts, les vallées du bassin parisien. Une loi à l’image de la loi littoral sera promulguée pour qualifier les plantations, les prés, les serres, les « jardins ouvriers », les terrains de jeu, les jardins de promenade, les petits équipements, les conditions d’acquisition en bordure de champs agricoles, ainsi que le développement des cultures maraîchères pour le marché local. Cette loi facilitera la mutation du construit en périmètre par une raisonnable augmentation de densité.

 

2ème mesure - Chaque piste, voie, chemin, fera l’objet d’une définition adaptée aux principales typologies - matériaux des sols, signes, mobilier urbain, végétation en bordure, cadrages… -, pour préciser une situation existante déjà caractérisée et y introduire de nouveaux caractères. Ces espaces de mobilité ont été depuis des décennies considérés comme uniquement fonctionnels alors qu’ils déterminent en grande partie l’image de la ville. Du lampadaire à l’abribus, du panneau d’entrée de ville aux feux tricolores, des passages cloutés aux enseignes, des taxis aux autobus, en une seule photo de rue vous savez si vous êtes à New York, à Londres ou à Tokyo. PARIS métropole doit décider des signes de son identification, de sa différenciation, de ce qui est commun aux 1000 communes qui la composent et de ce qui diffère.

 

3ème mesure - Le zoning qui a fabriqué les incohérences urbaines d’aujourd’hui est annulé – aux exceptions près liées aux données historiques, de sécurité ou de nuisance.

Si un terrain ou un bâtiment est à louer ou a vendre, l’usage – sauf exception – sera déterminé par l’acquéreur.

Un immeuble de bureaux peut accueillir de très beaux logements – plus flexibles, plus ouverts.

Un immeuble de logements peut abriter de très beaux bureaux – plus caractérisés, plus accueillants.

« Les zones d’activités » avec leurs architectures bon marché de boîtes de bardages pourront accueillir de nouveaux lofts ou équipements.

« Les zones industrielles » seront plus que jamais ouvertes aux reconversions de bureaux, d’appartements, d’équipements.

Ces changements d’affectation seront l’occasion de redimensionner logements et bureaux pour donner d’autres plaisirs de vie. Chaque cas fera l’objet d’une négociation de densité complémentaire, de démolition ou de construction ou d’aménagements complémentaires sur les terrains ou sur les parkings, avec l’introduction de commerces de proximité en pied d’immeubles, de manière continue, linéaire, ruelles commerçantes comme des souks.

Une nouvelle économie du bâtiment se mettra en place pour répondre à ces transformations particulièrement favorables aux PME.

Cette souplesse d’affectation des locaux libres va dans le sens d’un rééquilibrage progressif entre lieu de travail et lieu d’habitation et donc d’une diminution du temps de transport.

 

4ème mesure - Les zones urbaines sensibles feront l’objet de décisions immédiates liées à leur ouverture : voiries ouvertes, élimination des clôtures. Accueil rapide de bâtiments temporaires complémentaires liés aux besoins immédiats. A cet effet, il sera demandé aux responsables actuels, associations, organismes de gestion, élus, de se réunir pour déterminer sous trois mois un programme d’urgence : lieux de rencontre, de travail, de loisir, équipements, habitats complémentaires.

Pendant ce temps se prépareront des architectures légères préfabriquées, montables et démontables, flexibles, pouvant être implantées sur les parkings, terrasses, espaces libres en quelques semaines.

Dans ces abris seront intégré les locaux des structures de concertation et d’étude pour la mutation de chaque ZUS. Ces abris pour la démocratie verront la mise en œuvre d’une élaboration commune d’un nouveau projet entre les différents acteurs largement impliqués dans la chaîne demande / commande / fabrication / habitation / gestion. La politique mise en œuvre vise à l’ouverture, à la mutation et à l’intégration des quartiers. Elle est incompatible avec l’idée de la démolition, de l’éradication.

C’est la mise en place d’un processus de dialogue qui part de la reconnaissance d’une culture « des quartiers », qui a conquis ses lettres de noblesse depuis déjà longtemps. Musique : rap, slam, hispano… Graffitis, tags… A l’image de certains des plus grands artistes internationaux : Basquiat, Keith Haring… Sports, autre domaine d’expression populaire et glorieux.

Quels moyens mis en œuvre pour favoriser l’expression de cette culture vivante ?

Quels équipements pour se rencontrer ?

Quels programmes de travail ?

Quels commerces ?

Les structures de gestion du HLM ne sont plus adaptées. Dans le même esprit que les études et réalisations d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, un processus de création d’appartements plus grands en rénovant et en utilisant à 100% ceux qui existent, d’établissement et d’intégration de nouveaux programmes par densification.

 

Il n’y a aucun espoir dans une démolition-reconstruction des mêmes programmes sur place faits le plus souvent au détriment des espaces libres.

 

Ces quartiers doivent trouver leur esthétique, leur mode de vie, ils doivent enrichir PARIS en devenant des quartiers différenciés, équilibrés, montrant la fière expression de leur différence.

 

5ème mesure - A l’image de ce que Bienvenüe avait proposé au XIXe siècle il est nécessaire de connecter les différents quartiers, faubourgs de PARIS. Loin de la simple réalité de transport radio concentrique conduisant à l’infarctus à répétition que nous connaissons. Il s’agit de connecter, de tramer, d’aller d’un quartier à un autre sans passer par le centre ou sans l’entourer en cercles concentriques qui allongent les parcours.

Sur les principales connexions se développeront de nouveaux centres urbains, la qualité et la concentration de l’interconnexion, superposée, rapide, étant la clé du succès de cette politique. Il s’agit de développer des connexions rapides qui relient les principaux centres tels Roissy, le Bourget, Saint-Denis, Gennevilliers, La Défense à quelques minutes les uns des autres. Ou encore Roissy, les Ardoines, Orly, Villacoublay. L’esprit est de se servir des voies existantes, de longer les voies routières et de rester aussi souvent que possible au sol ou en aérien pour bénéficier de la poésie des traversées de PARIS.

 

6ème mesure - Sur les principales interconnexions sont implantés les nouveaux centres dits « hauts lieux ». Ils s’organisent dans la logique de PARIS capitale de l’interférence ville-nature en périmètre de lieux exceptionnels choisis pour leurs qualités esthétiques, poétiques, urbaines, paysagères, dans la stratégie de créer un lien entre des villes existantes, des « quartiers ». Il s’agit de désenclaver et de construire pour conforter dans des territoires libres, pour ne pas perturber la vie d’aujourd’hui mais la renforcer, l’enrichir.

Ces hauts lieux sont très denses. Le principe du périmètre autour d’un paysage permet la plus grande efficacité de transport en commun dans une construction sur ou contre le transport public. La hauteur, les tours, les balcons urbains créent le plaisir de nouveaux horizons, la conscience de la riche complexité de PARIS, la mise en place d’une totale mixité programmatique et l’intégration des nouvelles techniques d’énergies renouvelables - géothermie, solaire, éolien - qui en font des écocités.

 

7ème mesure - Les 4 vallées. l’ambition de développer PARIS par des pôles de compétitivité, high tech, de biotechnologie, de technologie de la communication et de l’image… en liaison avec les grandes universités nous ont amenés à proposer les sites les plus attractifs pour attirer les chercheurs, les techniciens, les enseignants. Autour du plateau de Saclay, la vallée de la Bièvre, de l’Yvette, de l’Orge vont se connecter avec Seine Amont et offrir des conditions de vie en relation avec la nature exceptionnelle. Deux grandes universités se développeront autour d’Orsay et dans le prolongement du quartier latin pour Jussieu, Paris 7, Seine Rive Gauche, et une grand université, pont habité reliant Bercy et le bois de Vincennes, symboles de l’importance que PARIS accorde aujourd’hui au développement de nouveaux centres urbains universitaires. A l’ouest et au nord de la Seine, l’île Seguin, la Défense, Gennevilliers établissent des liens et développent des points stratégiques particuliers, écocité, centre urbain attractif pour l’Ile Seguin. Renforcement du quartier d’affaires de La Défense accompagné d’une nouvelle urbanité basée sur la mixité et la rencontre. Depuis Gennevilliers vers Saint-Denis et le Bourget, c’est une vallée de l’image et des techniques mais aussi universitaire qui fera de la Plaine de France le centre urbain le plus puissant au nord du Paris historique.

 

8ème mesure - Paris historique n’est pas achevé, c’est une ville en pleine forme et en plein développement qui doit toujours tendre asymptotiquement vers son apogée. Son patrimoine doit être vécu, réveillé, titillé par l’invention d’aujourd’hui, il doit toujours être en tension avec la modernité visible, les plaisirs, les bonheurs de vivre les quartiers et les vues les plus mythiques doivent explorer les jardins, les toits de Paris, les passages et surtout les quartiers mal ficelés ces dernières décennies doivent conquérir un statut égal aux quartiers les plus centraux. Le mythe de PARIS devient de plus en plus troublant. L’aura de PARIS doit irradier le XXIe siècle.

 

9ème mesure - L’art doit devenir une des clés de l’éclat, de l’aura parisienne. Un art situé, un art urbain dans ses grandes dimensions. Un art structurant, loin du saupoudrage, un art conçu en fonction des lieux en même temps que de l’architecture des lieux, un enrichissement et un marquage de la ville par l’art du XXIe siècle aussi bien dans le Paris historique que dans PARIS du nouveau millénaire, une grande politique de commandes publiques à l’échelle de toutes les communes pour vivre l’art et pas seulement aller le visiter.

 

En prenant conscience de la situation de la fin du XXe siècle, en adoptant cette attitude, en mettant en œuvre les neuf mesures de cette politique volontariste, immédiatement, et progressivement PARIS prend les moyens de préserver le statut qui est encore clairement le sien depuis un millénaire, celui de régner comme l’une des reines du monde.

 

 

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