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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 09:50

LES CHANTIERS DU GRAND PARIS 

MONGIN Olivier.
Quelle reconfiguration territoriale ? Quelle reconfiguration démocratique ?

DU GRAND PARIS AU PARIS MÉTROPOLE : QUELS PROJETS?

LOUBIERE Antoine.
Grand Paris. Les lignes de force d'un paysage mouvant
MONGIN Olivier.

Encadré : Les ressorts d'une consultation ou la place impartie aux professions de la ville

ROUX Jean-Michel.
Le gouvernement de la métropole parisienne et l'extension de Paris
ASCHER François.
Partir d'un projet régional. (Entretien)
LICHTENBERGER Yves.
L'ancrage régional des pôles d'excellence. (Entretien)

CHANGER DE PERSPECTIVES... ECHELLES ET LIMITES DU SITE PARISIEN

MONGIN Olivier.
Un éclairage original pour le Grand Paris
PANERAI Philippe.
Quel Grand Paris ? Échelles et limites des quatre Grands Paris possibles
 PANERAI Philippe.
Le Grand Paris n'est pas Paris en grand. (Entretien)
PAQUOT Thierry.
Paris n'est plus un mythe littéraire. Ou comment renouer avec un imaginaire parisien ?

 

UNE GOUVERNANCE À INVENTER

ESPRIT.
Introduction : Pour une approche plurielle de la gouvernance
ESTEBE Philippe.
L'Île-de-France est-elle un objet de gouvernance ?
HUCHON Jean-Paul.
Les choix de l'acteur politique régional. (Entretien)
BURGEL Guy.
Grand Paris : la démocratie métropolitaine est-elle encore possible ?
 MANSAT Pierre.
Agir en termes métropolitains. (Entretien)

L'introduction d'Olivier Mongin
Introduction. Quelle reconfiguration territoriale ? Quelle reconfiguration démocratique ? MONGIN Olivier Article Thèmes: Débat-public; Politique-urbaine; Ville Présentation du numéro
Ce numéro se développe en fonction de plusieurs problèmes et grilles de lecture. Au moins cinq grilles de lecture possibles : l'analyse géographique et paysagère, la dynamique des projets (les pôles dits d'excellence économiques et universitaires) dans la nouvelle économie des savoirs correspondant au « nouveau monde industriel », les impératifs de densité (logement) de mobilité (transports) et d'emploi (croissance, développement et solidarité), les débats relatifs à la gouvernance, la question de l'imaginaire indissociable du roman historique français qui passe par la place impartie à Paris, la ville capitale. Les textes réunis ici accréditant tous l'hypothèse d'une métropole (certes définie de manière assez diversifiée), le dossier légitime une nouvelle appréhension des échelles et des limites.
Après le texte d'Antoine Loubière qui rappelle la genèse des chantiers du Grand Paris et met en scène les acteurs et les institutions impliqués, une première séquence (textes de Jean-Michel Roux, François Ascher et Yves Lichtenberger) se focalise plus sur les liens entre des projets et le territoire métropolitain pouvant s'y accorder et y correspondre. La seconde séquence, suscitée par le livre de Philippe Panerai, se polarise sur une approche géographique et paysagère qui s'arrête sur des tissus singuliers et des formes urbaines spécifiques (voir la présentation du livre, le chapitre sur les échelles et les limites, et l'entretien avec Philippe Panerai). Traversant ces deux séquences, les impératifs de la mobilité et des transports sont une autre grille de lecture. Une autre séquence revient sur les « incontournables » débats de gouvernance avec des acteurs concernés comme Pierre Mansat, Jean-Paul Huchon ou avec des observateurs avisés comme Philippe Estèbe et Guy Burgel (quels acteurs pour quels projets ? quelle concertation ? quelle coopération ? mais aussi quelle démocratie, quelle reconfiguration démocratique pour quelle reconfiguration territoriale ?). Enfin, confiée à Thierry Paquot qui aime traquer l'imaginaire urbain au cinéma ou dans la littérature, une séquence intermédiaire revient sur la question de l'imaginaire. Ce qui invite à se pencher sur la manière dont on se représente cette ville à l'étranger ou en France, mais aussi sur la manière dont certains de ces acteurs (à commencer par la Mairie de Paris) peut imposer une dynamique historique échappant aux seules politiques de communication.
Bref, comment échapper à la double dérive de la muséification touristique et de la patrimonialisation aveugle d'un côté, et à un enfermement dans une imagerie postmoderne où le luxe et la mode sont destinés à remplacer le Paris capitale culturelle et artistique désormais dépossédé par Londres, New York et Berlin ? Pour nous, le débat sur le Grand Paris aura du sens s'il permet de retrouver une capacité d'agir dans le monde qui ne se réduise pas à un activisme économique. Si le Grand Paris peut faire bouger l'Hexagone, ce n'est pas parce qu'il doit devenir l'exemple de la métropole idéale et capitale pour les autres communautés urbaines et métropoles, mais parce qu'il peut fournir une occasion de bouger à toutes les échelles, par le haut et par le bas, et de ne pas jouer les perdants dans un monde qui est en voie d'urbanisation galopante.






Introduction. What is the spatial re-profiling going to look like? And what about democracy? Olivier Mongin





Pourquoi consacrer un dossier d'Esprit au Grand Paris, rebaptisé Région Capitale à l'occasion du chantier ouvert par Nicolas Sarkozy sur l'avenir de Paris et le devenir des métropoles après Kyoto ? Alors même que certains parlent de « revanche des villes » sur une capitale parisienne longtemps soumise aux bons (et mauvais) vouloirs de l'État et de l'Hôtel de Ville, pourquoi mettre en avant la ville centre et sa région ? Et pourquoi se pencher sur le sort de cette ville historique qui fut la capitale d'un État alors que d'aucuns n'y voient plus désormais qu'une ville musée ?
Excentrée du monde, Paris ? Certainement pas quand on examine son PIB et la dynamique économique de l'Île-de-France(1). Mais comment se résoudre à un partage des rôles qui attribuerait au petit Paris les musées, le tourisme et le patrimoine, au Grand Paris l'économie et la compétition ? De manière plus prosaïque, pourquoi accompagner le bon vouloir de Nicolas Sarkozy qui réclame des plans d'architectes, des tours, une ville moderne appelée métropole et compétitive sur le plan mondial ? Pourtant, au-delà du branle-bas de combat et des querelles d'ego où chacun (professionnels, politiques, État) cherche à tirer les marrons du feu, il y a là une situation paradoxale et des défis à relever. Alors même que les grandes communautés urbaines françaises se considèrent déjà comme des métropoles et que Paris est vue de l'étranger comme une métropole (c'est-à-dire comme un ensemble économique et non pas comme le seul Paris intra-muros), il est essentiel de faire bouger l'imagerie parisienne. Paris est déjà une métropole, elle est perçue comme cela, et elle vit de facto sur ce mode alors que les représentations et les institutions ne sont guère mobiles.
Même si l'architecte Yves Lion parlait déjà de « métropole » en 1988 et que le plan projeté par Henri Prost en 1934 recoupait déjà celui du territoire métropolitain de 2008, Paris, le petit comme le Grand, doit devenir mentalement et institutionnellement une métropole digne de ce nom(2). C'est tout le sens de la Conférence métropolitaine animée par Pierre Mansat depuis plusieurs années. Devenir une métropole, donc! Non pas pour s'adapter aveuglément au monde économique ou s'imposer à d'autres métropoles dans l'Hexagone, mais pour redevenir elle-même, retrouver un rôle historique et ne pas essuyer de nouveaux échecs cinglants, à commencer par le challenge olympique. Ici même, aucun auteur ne se risque à formuler la bonne définition de la métropole, on ne la trouvera d'ailleurs pas dans les projets des dix équipes d'architectes retenues par le ministère de la Culture et de la Communication. Mais nous partirons, c'est le cas de tous les auteurs réunis, du constat initial que la métropole, tant sur le plan démographique qu'à l'échelle du territoire, existe de facto à Paris comme ailleurs dans le monde... et dans l'Hexagone. Bref, ce sont les Nantais qui nous rappellent que la complexité d'un territoire évolue plus vite que les cadres institutionnels(3). Paris métropole, oui ! Mais une métropole liée aux autres métropoles de l'Hexagone en voie de formation (Toulouse, Lyon, Bordeaux, Rennes, Strasbourg, Lille(4)...) et aux autres métropoles européennes et mondiales.


La métropole à la connexion du local et du global

On reconnaîtra donc au président, fin connaisseur de La Défense et des Hauts-de-Seine - principal pôle d'attractivité parisien mis en concurrence avec la Plaine-Saint-Denis(5) -, qu'il faut effectivement s'accorder au monde en cours dès lors qu'on en fait effectivement partie et, plus avant, de faire bouger les esprits, les chiffres, les crayons et les ordinateurs. Il est temps d'admettre que l'urbanisation du monde va bon train, au point qu'il n'y aura pas une seule ville européenne parmi les dix plus grandes villes du monde en 2015. Mais cela ne signifie pas que l'Europe et la France soient pour autant à la marge et qu'il faut les considérer comme des espaces protégés où les valeurs urbaines liées à la tradition européenne seraient miraculeusement maintenues.
En effet, si le critère démographique ne préjuge pas du qualitatif, les pays européens subissent, comme tous les autres, les effets de la mondialisation sur le plan territorial. Or, la reconfiguration territoriale en cours, l'un des moteurs d'une mondialisation qui ne se juge pas qu'à l'aune de l'économie, se caractérise par au moins trois tendances : la prévalence des flux de tous ordres (technologies, informations, communications, images, richesses, populations, finances...) sur les lieux, la prépondérance du privé sur le public et celle de l'entre soi sur la mixité sociale(6). Traduisons : « monde liquide » (au sens aquatique et financier) de Zygmunt Bauman(7) ou « urbain généralisé » (sans discontinuité ni espace vierge) au sens de Rem Koolhaas, privatisation qui transforme les espaces publics, et généralisation des « environnements sécurisés ». Certes ce sont des tendances lourdes et globales et les réponses ne sont bien évidemment pas les mêmes partout. Il serait indécent de laisser croire qu'entre Nantes et Kinshasa, ou entre Paris et Johannesburg la comparaison est légitime. Mais l'interrogation qui sous-tend le pari métropolitain, c'est-à-dire la prise en compte d'un territoire qui excède les « limites » et les «possibilités» de la ville européenne classique, est celle-ci : va-t-on accompagner les glissements négatifs de la mondialisation territoriale ou bien essayer de rétorquer à ceux-ci en puisant dans notre patrimoine démocratique et en s'appuyant sur une volonté politique(8) ? C'est tout le sens de ce qu'Alberto Magnaghi, un urbaniste italien qui intervient dans le Piémont, appelle un « projet local(9) ».
Grenelle de l'environnement oblige, on ne parle que HQE (haute qualité environnementale), ville durable. Crise des banlieues aidant, les mots de solidarité et de mixité sont dans toutes les bouches et la thématique de l'espace public réunit sur un mode très consensuel maires de droite et de gauche. De cela il ne faut pas conclure trop vite que dans la France du « rurbain(10) » l'hypothèse de la métropole soit acceptée alors qu'elle est souvent vue comme un simple et malencontreux grossissement de la ville. Prendre acte, Pierre Veltz et quelques autres nous l'ont appris, qu'on ne vit pas dans le «nouveau monde industriel» à l'abri des flux mondialisés et que ceux-ci s'articulent plus ou moins bien à tel ou tel type de territoire, est une urgence historique(11). L'avenir des territoires passe en effet par leur capacité à freiner la puissance des flux et à les inscrire dans des aires urbaines qui ne se confondent pas avec des espaces urbains organisés en fonction du seul binôme centre/périphérie, tout en demeurant respectueux de la cohésion sociale. Avec le débat actuel, pour autant qu'il prenne une dimension publique, les Français ont peut-être une chance de s'intéresser un peu plus à leur espace proche et à leurs territoires mais aussi de prendre conscience que le local et le global vont de pair, et que les problèmes écologiques, désormais indissociables du global, ne relèvent pas du seul «local». Il ne suffit pas de retrouver le sens du « vert de proximité » pour résoudre les questions globales liées à l'environnement. Mais quel « projet local » envisager alors dans un contexte métropolitain pour se confronter à la mondialisation « par le bas » et non pas uniquement par le haut en imaginant un gouverment mondial bien utopique ?


Un site géographique,
des paysages et des projets économiques

Tout d'abord, il faut décrire le territoire parisien de manière à en saisir la spécificité historique (la coupure avec la première couronne indissociable de l'haussmannisation et de ses procédures d'annexion), ce qui implique de ne pas considérer le site du Grand Paris comme une simple expansion de Paris intra-muros. S'il faut se décaler géographiquement, se décentrer sur le plan du paysage et de l'appréhension de l'espace parisien, c'est aussi parce qu'il faut desserrer l'étau central qui comprime du point de vue du logement la grande agglomération, sans pour autant se satisfaire d'une extension suburbaine incontrôlée(12). Dans cette optique, celle d'une géographie qui passe par une interrogation sur la densité et la mobilité, la parution récente d'un livre de l'architecte-urbaniste Philippe Panerai fournit une excellente occasion de s'interroger, sans se focaliser immédiatement sur les dynamiques de projet ou les scénarios de gouvernance, sur les limites et les échelles du Grand Paris. Dans le chapitre que nous publions ici il distingue quatre Grands Paris afin de dessiner ce qu'il appelle le Paris métropolitain. Cette lecture géographique qui redessine des limites toujours fluctuantes est le point de départ d'un scénario possible pour le Grand Paris. Mais la ville centre, le Paris historique, le Paris des vingt arrondissements ne sont pas ignorés sur cette carte métropolitaine, ils restent le centre symbolique de la métropole parisienne. Comme Manhattan va de pair avec la métropole de New York et Central London avec celle du Grand Londres, le Paris historique appartient au Grand Paris. L'exemple du quartier de Hammersmith à Londres est significatif: situé à plusieurs kilomètres du centre, il n'est pas rivé au centre-ville et, sur les cartes de transport, se présente lui-même comme un centre, il symbolise une forte capacité urbaine de décentrement. En voyant la métropole comme « polycentralité hiérarchisée », Panerai souligne cependant que le lien avec la ville historique ne peut être banalisé, et cela d'autant plus qu'il est porté par un récit urbain « national ». Mais cette polycentralité hiérarchisée vaut pour les paysages et les sites comme pour les pôles moteurs de la nouvelle économie de la connaissance (pôles économiques, campus universitaires). Plus encore, une telle polycentralité hiérarchisée doit répondre, au-delà de la constitution de pôles d'excellence (dans le style de ce qui est proposé dans le rapport Attali) aux trois moteurs de la crise urbaine : l'emploi alors que la croissance va mal, les transports et les déplacements alors que le prix de l'essence a grimpé et que les effets de la pollution ne laissent plus personne indifférent, et le logement alors que la crise du foncier et de l'immobilier est au cœur de la dépression mondiale.


Est-il légitime de refouler les problèmes de gouvernance ?

Approche géographique et paysagère. Approche valorisant des projets économiques et universitaires... Mais le débat sur le Grand Paris doit-il épeler des projets et valoriser des pôles sans se préoccuper outre mesure de la complexité des processus de décision ? Peut-on échapper à ce qu'on nomme le « débat sur la gouvernance » ? Des mauvais esprits pensent que le chantier du Grand Paris met en avant des équipes d'architectes reconnus pour ne pas trop se polariser sur la gouvernance, bref les affaires politiques, et d'autres que l'État imposera de toute façon sa vision d'une gouvernance efficace sur le mode d'une mise en concurrence des institutions et des pôles moteurs. Mais les chercheurs et les experts préfèrent à ce stade parler projets, et ils repoussent le plus souvent les questions, ô combien lourdes et politisées, relatives à la gouvernance. « On verra après », entend-on dans beaucoup des équipes retenues : « Imaginons des projets, on s'interrogera ensuite, la faisabilité est l'affaire des politiques. »
Mais qui connaît la situation hexagonale au-delà même de la métropole parisienne - une municipalité centrale qui s'est longtemps considérée comme un État dans l'État, quatre départements, une région, des communes et l'État qui intervient à travers les opérations d'intérêt national (OIN) et les établissements publics d'aménagement, (EPA) - saisit vite ce qu'elle a de rocambolesque : valorisation excessive de l'échelon communal (créé par la Révolution française sur le maillage des anciennes paroisses), établissement d'une intercommunalité qui répond sur le plan de la mutualisation des services en multipliant les échelons(13), en créant une nouvelle élite politique et en contournant la question de l'élection démocratique(14). Cela conduit à s'interroger sur cette volonté de ne pas mettre dans l'espace public des débats qui pèsent déjà sur la démocratie à venir. Qui peut croire que les reconfigurations territoriales (de fait ou de droit) ne doivent pas conduire à imaginer d'autres modalités de la démocratie(15) ? Pour Guy Burgel(16), auteur d'un iconoclaste Paris meurt-il ?, qui a une vision très politique (il propose des mesures exceptionnelles) n'impliquant pas une refonte de la carte administrative, nombreux sont ceux qui laissent faire, sacralisant ainsi un équilibre bizarre entre la commune républicaine où le maire est élu et l'institution d'un personnel politique non élu (qui cumule les fonctions) sur un mode procédural et européen. Drôle d'amalgame institutionnel que cette mixité entre le mental politique le plus républicain et celui, combien décrié, de l'Europe. Le Grand Paris, selon l'échelle choisie, c'est de toute façon une municipalité parisienne dont le poids historique est indéniable, des communes, des intercommunalités, mais aussi des départements et une région... et un État sur le qui-vive. Comment l'imbroglio institutionnel va-t-il permettre de transformer l'essai métropolitain ?
Impossible donc de se satisfaire de la séparation entre logique de projet et gouvernance. L'intérêt du débat sur le Grand Paris, qui ne retient pour l'instant que l'attention des professionnels et guère celle d'une opinion publique qui y voit plutôt anguilles politiciennes sous roche (Hauts-de-Seine, tours, fiscalité, reprise de la région...), serait de mettre sur la table ces débats refoulés sur la place publique : la commune, le pouvoir du maire, les permis de construire, les collectivités territoriales et le rôle de l'État. Voilà donc un débat qui devrait secouer les politiques et la classe politique, à moins que les polémiques partisanes reprennent le dessus et que le président contourne les vraies réformes institutionnelles (annoncées... mais déjà reportées pour certaines !) au profit d'une action volontariste strictement économique.
La manière dont sera gouverné le Grand Paris, s'il voit le jour, est indissociable de la réforme indispensable de nos procédures démocratiques. Telle est notre conviction : la reconfiguration territoriale doit s'accompagner d'une réforme des modes de gouvernance dans ce pays. Mais, à ce stade, il faut également s'arrêter sur le rôle de l'État qui n'a pas disparu. Certes, il n'est plus républicain mais en voie de privatisation si l'on observe ce qui se passe à Bercy, et il s'inscrit dans un contexte qui est celui du néolibéralisme (tel sera le thème de notre prochain numéro). Mais, en valorisant un certain nombre d'opérations (du type des OIN et des EPA) Christian Blanc, secrétaire d'État chargé du développement de la Région Capitale, et Nicolas Sarkozy redonneront à l'État la place perdue au profit de l'autonomie accordée aux villes dans le cadre de la décentralisation. Si la métropole doit articuler le local et le global, elle est une invitation à faire muter les assises de la démocratie (élections et participation) et à favoriser une réflexion sur les nouveaux équilibres à imaginer entre l'État et les collectivités locales. À moins que la question urbaine contourne encore longtemps les impératifs politiques(17).


L'imaginaire : entre le local et l'historique

« La ville se situe au confluent de la nature et de l'artifice [...] Elle est à la fois objet de nature et objet de culture ; individu et groupe ; vécue et rêvée ; la chose humaine par excellence. »
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques
Dès lors, et c'est le plus important, le débat sur le Grand Paris et la ville capitale, longtemps centralisatrice et étatique, doit faire bouger le mental français. Ce qui renvoie à la question de l'imaginaire et du récit urbain qui ne retient guère l'attention pour l'instant des équipes concernées et des chercheurs en général. Au mieux, on en appelle, de manière illusoire, à une reconquête de la place de Paris comme capitale culturelle mondiale.
Pourtant, dans un pays qui relève du « régime État » plus que du « régime ville », pour reprendre une distinction de l'historien Fernand Braudel, on laisse entendre que la ville a repris le dessus en évoquant les municipales. Ce qui laisse entendre que la ville capitale n'est plus tout à fait capitale et centrale. Mais l'a-t-elle vraiment toujours été ? Comme l'histoire de Paris est le plus souvent écrite sous l'angle du devenir de l'État, des institutions, des académies, de l'architecture ou de l'urbanisme, rares sont ceux qui éclairent la tension permanente entre le pouvoir (longtemps installée au Louvre, la royauté a migré à Versailles avant que le pouvoir révolutionnaire revienne à Paris) et la population parisienne. L'essayiste italien Giovanni Macchia(18) a cependant bien mis en avant le paradoxe parisien : l'haussmannisation de Paris a correspondu à une rationalisation urbaine rendue possible par la transplantation de l'espace versaillais dans Paris. Proposant une comparaison éclairante de Paris avec Londres(19), Paul Thibaud souligne la tension permanente entre la population de Paris et le pouvoir : à la différence de Londres, le pouvoir s'y sent toujours menacé et le Palais Royal ne coexiste pas naturellement avec la City parisienne. De fait, La Défense est de l'autre côté du périphérique et de la Seine. Tout cela n'est pas sans peser aujourd'hui sur les liens de l'État, du pays et de la ville capitale qui n'est plus un État dans l'État comme il l'a été durant le gaullisme(20). Mais il apparaît surtout que, dans un monde globalisé, la nature de la ville et de l'État se transforment de concert. On risque donc d'assister dans les mois qui viennent à des bras de fer politiques. C'est pourquoi, une fois passée la fête des architectes et organisée l'exposition annoncée à la Cité de l'architecture, il faudra bien qu'un débat public prenne forme sur ces questions.
Comment l'impulser ? Pour y parvenir, ne faut-il pas s'appuyer aussi sur l'histoire, le récit et l'imaginaire urbain ? Mais l'imaginaire urbain a-t-il encore du sens pour des intercommunalités ? Où se joue désormais l'identité locale ? Comme l'écrit Michel Lussault : « Les agglomérations multicommunales peinent à s'imposer car leur image est quasi vide. En effet il n'existe pas de récit légendaire d'agglomérations(21). » Bref qu'en est-il de l'identité, des récits urbains, de la capacité d'inscrire des espaces dans une temporalité ? La ville durable, au-delà de l'équilibre écologique, a plusieurs significations ! Au fil de ce dossier, c'est toute la culture politique française qui est implicitement prise en compte, le rapport entre un (ou des) centres et une (ou des) périphéries laissant place à des dynamiques métropolitaines où la constellation et la polycentralité l'emportent.
Cela passe par une capacité d'écrire un autre chapitre de l'histoire de France dans le monde. On l'aura compris : si Paris n'est ni un exemple central pour toutes les autres villes de l'Hexagone ni un modèle à suivre pour les autres grandes métropoles mondialisées, le débat ouvert sur le Grand Paris concerne en dépit de sa singularité (chaque ensemble urbain est aujourd'hui un scénario spécifique) toute la France urbaine. Mais il concerne aussi les fondations de la démocratie qui, jusqu'à nouvel ordre, n'est pas virtuelle puisqu'elle s'inscrit physiquement dans des territoires où se responsabilisent les citoyens.
Jouant les Cassandre, Guy Burgel écrit ceci à la fin de son article : « En cent cinquante ans d'élaboration de la capitale contemporaine, les fenêtres d'opportunité se sont ouvertes trois fois : en 1860, avec Haussmann et Napoléon III, en 1965, avec Paul Delouvrier et le général de Gaulle, et aujourd'hui. L'histoire ne repassera pas de sitôt les plats. » Il n'a sûrement pas tort.

1. Mais cette dynamique ne va pas sans ambiguïté puisqu'elle se caractérise par une « croissance sans développement ». Voir le rapport préparé par Laurent Davezies pour la Caisse des dépôts, Croissance sans développement en Île-de-France, janvier 2007. Après avoir souligné que la région Île-de-France est une « championne mondiale de l'efficacité économique » (513 milliards de dollars de PIB en 2003) qui représente sur le plan économique à elle seule près de 40 % du PIB chinois (deux fois et demie de plus que les 70 millions de Turcs et un peu plus que les 25 millions d'Australiens), il décrit les trois facteurs de la crise économique francilienne : 1) une crise de dysfonctionnement interne de la région liée à la fragmentation, la perte de cohésion et d'efficacité du marché de l'emploi où les plus hauts salaires coexistent avec le plus grand nombre de RMI ; 2) une crise de disqualification de la région vis-à-vis de la province liée aux politiques publiques territorialisées et à l'égalisation interrégionale des salaires ; et 3) une crise de sous-consommation liée à la mobilité résidentielle des habitants qui ne consomment pas où ils travaillent, ne dépensent pas là où ils gagnent de l'argent. Pour une compréhension d'ensemble des déséquilibres territoriaux dans un contexte qui n'est plus celui de l'opposition entre la région parisienne et le désert français, voir Laurent Davezies, la République et ses territoires Paris, La République des idées/Le Seuil, 2008.
2. Il est vrai que, dans la langue française, la notion de « métropole » (renvoyant en grec à la fois à la notion de mère et à celle de la ville) s'opposait du point de vue hexagonal à l'outre-mer tandis que le métropolitain (aérien et souterrain) caractérisait à l'échelle de la ville une métropole circulaire et repliée sur elle-même. La formation de nombreuses aires métropolitaines dans l'Hexagone distingue la France de l'Angleterre où la grande métropole londonienne coexiste avec des villes qui sont beaucoup plus petites comme Manchester (1 million d'habitants).
Tout en rappelant que le thème de métropole occupe déjà une place centrale chez des auteurs qui observent la ville industrielle comme G. Simmel (1858-1918), Siegfried Kracauer (1889-1966) et Walter Benjamin (voir Stéphane Füzesséry et Philippe Simay (sous la dir. de), le Choc des métropoles, G. Simmel, S. Kracauer, W. Benjamin, Paris, Éd. de l'Éclat), on reprendra à notre compte la formule de François Ascher quand il évoque la métropole contemporaine : « La métropolisation consiste à prolonger l'urbanisation dans des territoires déjà urbanisés. »
3. Voir l'éditorial de Thierry Guidet dans la revue nantaise Place publique qui consacre justement un dossier au gouvernement de la métropole (Place publique, Nantes/Saint-Nazaire. La Revue urbaine, no 11, septembre-octobre 2008). Souvent donnée en exemple, Nantes métropole, non sans lien avec l'aménagement de l'île de Nantes (Laurent Théry) et la rénovation de Saint-Nazaire, a créé une conférence métropolitaine et mise explicitement sur un avenir métropolitain qui ne se résume pas à la coopération entre Nantes et Saint-Nazaire.
4. Pour une approche diversifiée de projets urbains, voir Yannis Tsiomis et Volker Ziegler, Anatomie de projets urbains. Bordeaux, Lyon, Rennes, Strasbourg, Paris, Éditions de la Villette, 2007.
5. La Défense, nommée le petit Manhattan (!), vient de fêter ses 50 ans. Comme des entreprises quittent La Défense pour le secteur du Stade de France qui est plus proche du hub de Roissy et où les loyers sont moins chers (320 euros du m2 contre 520 à La Défense), l'établissement public d'aménagement de La Défense (EPAD) a obtenu en 2006 l'autorisation d'un plan de relance qui prévoit la démolition de plusieurs tours mal vieillies et la construction de 500 000 m2 de bureaux neufs (Libération, 9 septembre 2008). Sur les liens politiques et affectifs de Nicolas Sarkozy avec La Défense et le département des Hauts-de-Seine, voir Olivier Mongin et Georges Vigarello, Nicolas Sarkozy, corps et âme d'un président, Paris, Perrin, 2008.
6. Sur ces trois tendances « globales », on peut renvoyer à divers travaux souvent évoqués dans la revue : la prévalence des flux sur les lieux est au centre des travaux de Françoise Choay depuis plusieurs décennies (voir O. Mongin, « Prendre en compte les connexions. À propos de Françoise Choay et Jean-Toussaint Desanti », Esprit, juin 2008), la privatisation à la française est clairement analysée par David Mangin, récent Grand prix de l'urbanisme, dans la Ville franchisée, Paris, Éditions de La Villette, 2004, et la propension à l'entre-soi est centrale dans le travail sociologique de Jacques Donzelot, voir Quand la ville qui se défait, Paris, Le Seuil, 2006 et le numéro spécial d'Esprit : « La ville à trois vitesses », mars-avril 2004.
7. Zygmunt Bauman, la Vie liquide, Nîmes, Éd. du Rouergue/Jacqueline Chambon, 2006 ; le Présent liquide. Peurs sociales et obsession sécuritaire, Paris, Le Seuil, 2007.
8. Sur les scénarios possibles et les reconfigurations territoriales en cours, voir O. Mongin, la Condition urbaine. La ville à l'heure de la mondialisation, Paris, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 2005, et Thierry Paquot, Terre urbaine. Cinq défis pour le devenir urbain de la planète, Paris, La Découverte, 2006.
9. Alberto Magnaghi, le Projet local, Bruxelles, Mardaga, 2003 (préf. de Françoise Choay).
10. Dans un livre devenu un classique mais pas toujours compris, la Rurbanisation ou la ville éparpillée, Paris, Le Seuil, 1976, J.-M. Roux et G. Bauer avaient bien anticipé le tropisme hexagonal pour les zones rurales qui ne s'expliquaient pas uniquement à l'époque par le prix raisonnable de l'immobilier. L'esprit rurbain (l'urbain de retour à la « campagne ») est en effet l'une des caractéristiques de la France où les espaces non construits restent immenses à la différence d'autres pays comme la Hollande ou la Belgique. Mais l'erreur est de croire que l'on sort de l'urbain quand on retourne dans un territoire où les espaces non construits l'emportent. Cela entretient l'illusion d'une permanence de la commune rurale, socle de notre organisation territoriale. Ce qui explique la faiblesse de notre culture urbaine et la réticence des politiques à réformer des institutions territoriales qui s'empilent.
11. Pour Pierre Veltz le territoire métropolitain a pour rôle de répondre à une contradiction entre la vitesse (économique) et la lenteur (nécessité de cohésion et d'ancrage) : « La contradiction se creuse entre l'accélération des rythmes de l'économie et les exigences de lenteur et de mémoire qui sont celles de la compétence comme celles de la solidarité », Pierre Veltz, Mondialisation, villes et territoires : une économie d'archipel, Paris, PUF, 1996 (rééd. en poche « Quadrige », revue et augmentée, 2005, p. 266-267), voir aussi id., la Grande transition. La France dans le monde qui vient, Paris, Le Seuil, 2008, et id., le Nouveau mode industriel, Paris, Gallimard, 2008 (rééd.). Ces ouvrages ont le mérite d'articuler les questions liées aux territoires, à l'évolution des savoirs et à l'emploi.
12. Si les prix de l'immobilier ont augmenté dans le centre de Paris, ils fléchissent en revanche brutalement dès que l'on franchit le périphérique. Une comparaison entre le prix du foncier dans la Zac Masséna (nouveau quartier du 13e arrondissement) et celui d'Ivry est plus que significative. À propos de l'immobilier, rappelons les propos de l'économiste Vincent Renard et de l'architecte Cristina Conrad dans notre numéro de février 2008, le Gouvernement des villes, qui précédait les municipales : une politique du logement viable doit équilibrer l'accession à la propriété, l'habitat social et le parc locatif. Si des pays comme l'Allemagne et la Suisse respectent cet équilibre, l'Espagne (mais aussi l'Irlande) qui a privilégié la seule accession à la propriété est dans une situation catastrophique après la crise des subprime tandis que la France est dans une situation de plus en plus déséquilibrée en raison de sa préférence accentuée récemment pour l'accession à la propriété.
13. Pour rappel, les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) datent des réformes Chevènement de 1999 et renvoient à trois types d'intercommunalité : les communautés de communes, les communautés d'agglomération (ensembles de plus de 50 000 habitants sous réserve de la présence d'une ou plusieurs communes centres de plus de 15 000 habitants) et les communautés urbaines (ensembles de plus de 500 000 habitants). Par ailleurs, elles ne sont pas élues démocratiquement et l'adhésion relève du volontariat.
14. Voir Éric Kerrouche, l'Intercommunalité en France, Paris, Montchrestien, 2008 ; et Philippe Estèbe, Gouverner la ville mobile, Paris, PUF, 2008.
15. Voir Pierre Rosanvallon, la Légitimité démocratique, Paris, Le Seuil, 2008, et l'ouvrage toujours actuel de Jacques Lévy, l'Espace légitime. Sur la dimension géographique de la fonction politique, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1994. L'exigence démocratique n'est pas la solution miracle, car elle peut conduire, par le biais de référendums par exemple, à des sécessions ou à des sorties de l'agglomération comprise comme l'espace qui mutualise les services (voir le phénomène dit d'incorporation dans certains États américains). Voir sur ce sujet l'article de Cynthia Ghorra-Gobin, « Le gouvernement des "espaces métropolisés" », Esprit, février 2008. Elle doit se doubler d'une maîtrise des sols et donc du foncier par la puissance publique comme c'est le cas en Hollande, voir Jacques Donzelot et Olivier Mongin, « Quelle politique urbaine ? », Urbanisme (Avis aux candidats !), no 352, janvier-février 2007.
16. Guy Burgel, Paris meurt-il ?, Paris, Perrin, 2008.
17. Voir l'ouvrage plein d'humour de Jean-Michel Roux, Des villes sans politique, Paris, Gulf stream éditeur, 2006.
18. Giovanni Macchia, Paris en ruines, Paris, Flammarion, 1993.
19. Voir son article « Ville et démocratie », dans Collectif, Citoyenneté et urbanité, Paris, Éditions Esprit, 1991.
20. Les revues reviennent régulièrement sur Paris, voir le numéro des Temps Modernes (Paris s'éveille), décembre 2001-janvier-février 2002, qui s'ouvre sur un entretien avec Bertrand Delanoë, et celui du Débat (no 80, mai-juin 1994) qui met bien en scène la vision de l'avenir de Paris durant l'ère de Jacques Chirac. Walter Benjamin et sa vision de Paris comme « Capitale du XIXe siècle » traversent chacun des numéros.
21. Voir son article « Les territoires urbains en quête d'images », Urbanisme (Les chemins de la démocratie), mai-juin 2005, no 342. Pour le géographe Michel Lussault, l'image ne se réduit pas à une politique de « com », à une photo, à un logo ou à un bâtiment confié à un architecte célèbre ou bien encore à l'organisation d'événements. L'image renvoie à trois dimensions : 1) un récit légendaire, une configuration narrative au sein de laquelle l'histoire est une substance du récit ; 2) elle met en scène une configuration géographique qui se décline selon trois registres (une morphologie parée de vertus et de valeurs qui se cristallise dans des paysages, des lieux et des architectures), le rapport entre cette forme et les composants primordiaux du site urbain (eaux, sols, climats), les relations particulières des citadins à cette géographie ; 3) l'image assure enfin la visibilité d'une scène politique, c'est-à-dire une sphère publique de représentation de l'action politique sur le territoire. Comment des intercommunalités souvent très abstraites et lointaines peuvent-elles faire ainsi « image » ? De Michel Lussault on lira avec intérêt l'Homme spatial, Paris, Le Seuil, 2006.

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Published by Pierre MANSAT - dans Dans les revues
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