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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:00
Faut-il construire des tours à Paris ?
Rappel des faits

Le 8 juillet dernier, le conseil de Paris a fait sauter le plafond des 37 mètres imposé depuis 1977 à toute construction dans la capitale (1). Mais Paris ne se met pas en situation de battre des records de hauteur. Les immeubles d’habitations ne devraient pas dépasser 50 mètres, ceux de bureaux 150 à 200 mètres, loin des plus hautes tours actuelles, à Taipeh, Shanghai ou Chicago, qui flirtent avec les 500 mètres.

Paris a aujourd’hui besoin de nouvelles constructions pour vivre, pour travailler. Le manque de logements sociaux fait cruellement défaut, renvoyant loin du coeur de l’agglomération des salariés condamnés à de longs temps de transports. Et sous l’impulsion de la gauche, Paris ne se conçoit pas uniquement à l’intérieur de ses limites administratives dans l’indifférence, et encore moins l’hostilité, aux villes qui l’entourent. Transformer les espaces de séparation actuels entre Paris et la banlieue en espaces vivants par la qualité des liens qu’ils créent est devenu un impératif du cahier des charges pour les constructions à venir. C’est dans ce contexte nouveau que la question de la construction verticale est revenue dans l’actualité. Pourquoi construire des immeubles de grande hauteur ? Sont-ils favorables à l’environnement en contrariant l’extension horizontale mangeuse d’espace, de temps et d’énergie avec ses autoroutes saturées et ses trains bondés ? Y sont-ils au contraire défavorables en nécessitant des techniques de construction et des équipements complexes, coûteux et énergivores ? Peuvent-ils permettre d’améliorer la qualité de vie des habitants ou est-ce l’inverse ? Comment construire, sur quels sites, avec quelles exigences esthétiques ? Et avec quelles conséquences sur le tissu de l’agglomération, sur les rapports entre Paris et les villes de la couronne ?

Autant de questions qui ne sauraient se réduire à la polémique : pour ou contre les tours. Des « assises citoyennes » ont été annoncées pour 2009.

Le débat est lancé.

(1) PS, PCF, MRC, NC ont voté pour, Verts et UMP s’y sont opposés.

J. S.

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« Quelle ville ? Pour y faire quoi ? »

Par Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris, chargé de Paris Métropole et des relations avec les collectivités territoriales d'Île-de-France.

Tours à Paris

Vous avez organisé une « conférence citoyenne » sur les tours à Paris. En quoi a consisté son travail ?

Pierre Mansat. Le débat n'est pas sur les tours mais sur le sens de la ville. Quelle ville veut-on ? Pour y faire quoi ? C'est à partir de ces questions, du fait aussi que Paris manque d'espace, que doit s'engager la réflexion sur la hauteur des constructions. Ensuite, pour la réalisation de nouveaux quartiers parce que c'est de cela qu'il s'agit, il est absolument nécessaire que les personnes directement concernées, riverains, voisins, soient entendues, mais il faut aussi que les usagers de la ville, ceux qui y travaillent, qui y passent puissent donner leur opinion. Car « la démocratie du sommeil », selon la formule de Jean Viard, pose de nombreux problèmes. Et Paris ne vit pas en soi mais en rapport avec une agglomération. Le débat ne concerne donc pas uniquement les Parisiens. Pour cette conférence citoyenne (1), nous avons contacté1400 personnes tirées au sort dans l'annuaire téléphonique. Quinze ont accepté de s'inscrire dans le processus en écartant toute idée préconçue. Nous leur avons proposé des conférences, des débats avec des praticiens de la ville : sociologues, architectes, urbanistes, économistes, avec aussi des habitants d'immeubles de grande hauteur. Ces personnes ont acquis des connaissances, se sont construit un point de vue. Elles ont rédigé un rapport qui sera rendu public à la rentrée. L'expérience a été très riche, et c'est cette méthode de travail qui sera reprise en plus grand en 2009.

Plusieurs projets ont déjà été présentés. Sont-ils décidés ?

Pierre Mansat. Il n'y a pas de projets tout prêts. Mais on ne peut en rester à une approche théorique. Sur des cas concrets, des sites aujourd'hui occupés par des dépôts de la SNCF ou des friches industrielles, des équipes ont donc produit un travail que nous considérons comme un apport à la réflexion. On voit ainsi qu'à partir de la commande qui est passée : immeubles de logements, d'activités, équipements publics, commerces, création d'espaces verts, de rues, constitution de quartiers vivants, il est possible de varier les formes, les hauteurs. Dans certains cas on peut rester à trente-sept mètres, dans d'autres aller à cinquante et parfois à cent mètres, mais il n'est pas question de construire des quartiers de tours.

Les Verts mettent en avant le caractère énergivore de la grande hauteur...

Pierre Mansat. Avant l'élection municipale, la confrontation avec les Verts portait surtout sur le sens de la ville avec l'idée que, si on était un peu moins nombreux, avec un peu moins d'activité, de mobilité, on se porterait mieux. De ce point de vue, iIs semblent bouger. Mais ils soulèvent des questions importantes. Les immeubles de grandes hauteurs posent effectivement des problèmes en matière d'ingénierie, de durabilité, de dépense énergétique, même si des évolutions techniques rapides font que certains envisagent l'autosuffisance énergétique de ces bâtiments. Reste que, s'agissant de développement durable, construire à Paris permet aux gens de se loger sans aller toujours plus loin avec toutes les conséquences qui en résultent en matière de transports, d'équipements.

Actuellement, les Parisiens n'ont-ils pas une vision négative des tours ?

Pierre Mansat. Certaines expériences comme la tour Montparnasse ne sont pas heureuses mais il y a cent cinquante tours à Paris qui ne sont pas perçues comme telles. Nous avons auditionné des gens qui y vivent. Les problèmes qu'ils soulèvent concernent l'environnement, l'entretien, pas les tours en elles-mêmes. Quand celles-ci comportent des appartements HLM, les locataires changent très peu. Et, selon les enquêtes, les moins de trente ans y sont majoritairement favorables. Dans les six ans qui viennent, trois ou quatre tours seront peut-être construites, mais des quartiers entiers avec des milliers de logements seront réalisés. L'enjeu c'est la destinée de cette ville, la manière dont elle est perçue par ceux qui y habitent, qui y travaillent, c'est la reconstruction de liens.

(1) Organisée à partir de novembre 2007

par le Conseil d'architecture, d'urbanisme

et de l'environnement de Paris . Ses travaux sont visibles sur www.parisdemain.com

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

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« La grande hauteur est un "plus" »

Par Anne Hidalgo, première adjointe (PS) au maire de Paris.

Tours à Paris

D’abord un constat, il y a à Paris 190 bâtiments et monuments dépassant 50 mètres pour un total de 124 000, soit 3 pour 2000, dont la tour Eiffel, Beaugrenelle, mais aussi l’Opéra-Garnier, la Maison de la radio. Ce qui frappe, c’est la perception différente de la hauteur que nous avons à Paris suivant son architecture, son histoire, son intégration urbaine et les usages qu’elle permet.

Nous posons la question de la hauteur à Paris pour l’ensemble de la couronne, sur l’ensemble des arrondissements périphériques, de l’Est ou de l’Ouest. Car non seulement Paris ne doit pas être une ville figée mais Paris n’est pas achevée. Paris est une ville dense, c’est un atout et sa construction doit se poursuivre sur des territoires qui avaient été jusqu’ici délaissés, avec une forte présence d’infrastructures routières et ferroviaires. C’est un enjeu majeur : il s’agit de tisser des liens avec nos voisins par la création de quartiers denses et durables, bien desservis en transports en commun, dont le tramway. Des lieux de Paris conviviaux et agréables à vivre grâce à la densité (logements, emplois, équipements) et à une architecture et des espaces libres de qualité. La question de la hauteur intéresse aussi nos voisins, qui sont des partenaires, des acteurs du débat à l’échelle du coeur de l’agglomération.

Pour cette mandature, le logement est une priorité absolue. Notre objectif est, d’ici à 2014, 27 000 nouveaux logements, dont au moins 50 % sociaux. Paris doit être une ville plus accessible, où les jeunes peuvent venir s’installer, où les familles se sentent accueillies. Or la hauteur n’est pas la seule réponse, mais elle peut contribuer à offrir plus de logements. Aujourd’hui, le plafond des hauteurs pour les constructions sur la couronne de Paris est limité à 31 ou 37 mètres. Pourquoi ne pas aller au-delà, c’est-à-dire jusqu’à 50 mètres pour le logement, sachant que les charges ne seront pas plus élevées (car jusqu’à 50 mètres les immeubles de logements ne sont pas soumis à la réglementation des immeubles de grande hauteur qui entraîne des coûts d’exploitation élevés) et que cela représente de l’ordre de 5 étages en plus, pour une offre en logements supérieure de 20 à 30 % ? Je compte sur l’audace créative des architectes pour montrer que nous pouvons concevoir au XXIe siècle à Paris des immeubles en harmonie avec leur quartier et avec une véritable qualité de vie pour le plus grand nombre.

Si le logement est le premier des défis à relever, il n’est pas le seul pour Paris et son agglomération, engagée dans une compétition mondiale. Nous devons pouvoir accueillir les entreprises innovantes et les nombreux emplois qu’elles représentent. Pour cela Paris doit s’ouvrir et être attractive. Le foncier est rare ; il faut proscrire les questions idéologiques et avoir une approche pragmatique dans une démarche de développement durable. Il est de bon sens de souhaiter limiter les déplacements entre le domicile et le lieu de travail et de concentrer les emplois à proximité de sites bien desservis en transports en commun. Notre ambition est bien de créer des quartiers aux portes de Paris qui soient vivants, mixtes, avec des équipements, des espaces libres de qualité, des espaces verts. Pour l’accueil d’activités économiques (bureaux, hébergement hôtelier, pépinières d’entreprises…) ou d’équipements publics, la grande hauteur peut avoir toute sa place, à condition de veiller à la grande qualité environnementale des projets et d’avoir un rapport à la rue simple et direct.

Aujourd’hui nous lançons le débat avec les Parisiens et les métropolitains sereinement et sans tabou. Ma conviction, avant de consulter largement et d’associer tous les acteurs concernés, c’est que la grande hauteur est un véritable « plus » pour le Paris du XXIe siècle et les sites que nous avons retenus : plus d’emplois, plus de place pour les logements, les espaces publics, les jardins, plus de vie.

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Published by Pierre MANSAT - dans Débat "tours à Paris"
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