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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Mon histoire secrète du Grand Paris [V]

Oh! rien de très extraordinaire. Simplement un point de vue qui date de 2000, sur les relations Région Paris, celui de JP Huchon. Mais qui éclaire les prises de positions ultérieures.  
" Qu'attendre de Paris en cas de changement politique ? Sans doute une conception moins étroitement parisienne des intérêts de la ville, un souci de travailler en liaison avec les communes du pourtour, notamment pour tous les aménagements qui sont nécessaires si on veut vraiment donner la priorité aux transports en commun, aux réseaux cyclables, aux circulations piétonnières, aux circulations douces. Donc, une volonté d'intercommunalité plus grande de la Ville de Paris. A une réserve près : je n'ai pas du tout envie de me trouver un jour devant le Gross Paris. Cela aurait un effet de déséquilibre vis-à-vis des autres départements de 1'Ile-de-France qui serait catastrophique et nous amènerait à des conflits internes graves, y compris dans notre propre camp. Mais pour le moment j'attends de Paris une meilleure prise en compte des intérêts collectifs des communes de la région et de la capitale. J'attends aussi une attention plus grande aux mouvements associatifs, à la démocratie locale. Je souhaiterais notam­ment avoir des relations avec des maires d'arrondissement dotés de véritables pouvoirs et non pas seulement avec la Mairie de Paris, ce qui entraîne des conflits avec tous les maires d'arrondissement qui ne sont pas de son avis. Si chaque arrondissement de Paris avait des compétences communales qui nous permettent, par exemple, de passer avec lui des contrats régionaux, c'est-à-dire des contrats pour réaliser des équipements qui l'intéressent, cela ne m'obligerait plus à passer par la Mairie de Paris qui peut très bien aujourd'hui empêcher un maire d'arrondissement d'obtenir les équipements qu'il souhaite s'il n'a pas la bonne couleur politique.

J'attends aussi que Paris soit plus ouvert à une vraie déconcentration des activités vers les zones les plus défavorisées de la région ; que Paris nous aide, qu'il ne se couche pas en travers d'un rééquilibrage à l'est ; qu'il ne confisque pas une grande partie de la richesse des entreprises à venir, qu'on crée l'intercommunalité mais pour un développement des activités indus­trielles en dehors, mais tout près, de Paris. Au fond, que la Ville de Paris soit un peu moins égoïste, qu'elle se sente davantage partie prenante d'un schéma d'aménagement raisonnable et responsable de la région. Je dois dire que pour le moment on est très loin du compte......"

Extrait d'une interview publié dans une reuve "Témoin" n°23

L'intégrale du texte ci dessous.
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Vers un meilleur équilibre entre Paris
et 1'11e-de-France
Jean-Paul Huchon .

Quel est le premier bilan tiré par le président de la région Ile-de-France au regard des objectifs programmatiques fixés ?

 

Lorsque nous avons pris la responsabilité de la région, nous avions un programme que nous nous sommes efforcés de remplir d'une manière assidue, pour ne pas dire scolaire. Ce qui fait qu'au bout de trois ans nous avons avancé sur la plupart des grands thèmes de notre programme, malgré une situation politique insolite et particulièrement délicate.

Notre première tâche à été de restituer à la région une forme de dignité afin qu'on parle d'elle pour ce qu'elle fait et non pour les péripéties judiciaires qu'elle traverse. Nous nous sommes donc efforcés de rétablir un état de droit indiscutable dans tous les domaines, en particulier celui de la passation de marchés, abandonnant pour cela une pratique qui s'était révélée au fil des années de plus en plus contestable : celle des AMO (Assistants maîtrise d'ouvrage) et des METP (Marchés d'entreprise de travaux publics) dont le moins qu'on puisse dire est que leur gestion a donné lieu à des critiques de la Cour des comptes et à une enquête judiciaire toujours en cours. Nous l'avons remplacée par une procédure quasi systématique d'appels d'offres ouverts, permettant ainsi aux petites et moyennes entreprises de pouvoir enfin concourir, à quoi vient s'ajouter un code de déontologie préparé avec toutes les entreprises de construction. Le résultat est qu'aucun des marchés passés depuis 1998 n'a été critiqué par les instances de contrôle de la légalité et que nous sommes parvenus à régulariser la situation pour ce qui est de l'éthique et de la déontologie comme du droit des marchés. Il était indispensable de redonner sa dignité et toute sa capacité d'intervention à une administration régionale très impliquée dans la collectivité locale qu'elle sert et dotée d'une réactivité et d'une inventivité assez exceptionnelles.

En ce qui concerne notre programme, ses engagements portaient essentiellement sur le système éducatif et notamment la rénovation de 175 établissements scolaires – les lycées, qui relèvent de notre compétence – ce qui représente un budget de 12 milliards de francs sur six ans. Depuis 1998, nous lançons la rénovation d'environ trente à quarante établissements par an pour des coûts moyens qui vont de 70 millions à 300 millions de francs chacun selon l'importance des travaux. Cela fait de la région un des principaux investisseurs d'Ile-de-France et sans doute un facteur de la relance de l'activité dans les travaux publics et l'immobilier.

Nous l'avons fait en permettant aux établissements de reprendre la maîtrise d'une partie du fonctionnement, en particulier du chauffage, dont les marchés avaient été sévèrement critiqués à la fois par la Cour des comptes et par les autorités judiciaires. En l'espace de six ans, tous les 175 lycées auront été concernés : cela représente plus de 500 000 élèves, du public comme du privé, avec un impact immédiat sur la vie quotidienne des familles. Sur ce total, une petite centaine d'établissements sont à Paris, le ratio de population Paris-région étant de 2 millions sur 11.

L'élément le plus emblématique en dehors des lycées, celui qui est sans doute au coeur de la demande la plus forte des habitants de la région, concerne les modes de déplacement, de circulation, dans le but de donner une véritable priorité aux alternatives à la voiture. Je dis bien alternatives à la voiture plutôt que transports publics parce qu'il y a plusieurs alternatives possibles dont celle qui consiste à encourager des expériences de co-voiturage, comme nous le faisons en ce moment.

 

Ce fut le point le plus difficile du contrat de plan passé avec l'État pour sept ans (2000-2006), dont environ deux tiers des crédits seront consacrés aux déplacements et, sur ces déplace­ments, deux tiers aux transports collectifs. C'était un engagement très fort et, à vrai dire, très discriminant par rapport à nos adversaires politiques. Il a été tenu jusqu'ici et il sera tenu. Les crédits sont votés, l'État s'est engagé à nos côtés : sur le volet transports publics, la région assure 60 % du financement, voire 70 % dans certains cas. Nous avons beaucoup accentué l'effort en matière de lutte contre le bruit et les pollutions. Le meilleur exemple en est la couverture prévue de quatre tronçons du boulevard périphérique, notamment le secteur de la Porte de Vanves-Malakoff. Mais il faut souligner également la couverture de l'A6B entre Gentilly, Cachan et le Kremlin-Bicêtre, la couverture de l'A1 à Blanc-Mesnil et la couverture de l'A3 à Bagnolet. Ce sont des investissements routiers qui n'ont rien à voir avec la construction ou l'élargissement de routes : on traite là de l'environnement. Cet engagement est aujourd'hui le plus nécessaire, le plus emblématique. Dans un budget de la région d'environ 15 milliards de francs par an, les lycées vont représenter environ 5 milliards, soit un tiers, les transports 4 milliards, la formation professionnelle 2 milliards, le reste étant réparti entre différents domaines.

Évidemment, il s'agira de juger les réalisations par rapport aux engagements. Nous devons à chaque fois prendre le temps de finaliser des problèmes particuliers de procédure : enquête publique, concertation avec les riverains et les élus concernés. Quand on décide, par exemple, de réaliser un tramway, il ne suffit pas de tracer une ligne, il faut aussi organiser et reconstruire la vie autour, faire des espaces verts, prévoir des pistes cyclables, des passages piétonniers, bref faire de l'urbanisme reconstructeur. Au fond, devant le nombre de procédures, leur lourdeur, le vrai défi n'est pas de décider mais de faire.

¨

 Y a-t-il eu nécessité de rééquilibrer les financements entre Paris et la région, ou bien la situation telle que vous l'avez trouvée assurait-elle une equanimité dans l'attribution des crédits ?

Le contrat de plan précédent avait consacré à Paris plus du tiers des crédits, compte tenu d'Eole et de Météor. Dans le nouveau contrat de plan, ce qui est consacré à Paris correspond à 18 % des crédits. Cela permet évidemment un rattrapage massif en faveur de plusieurs départements qui connaissent des difficultés en matière de transports : la Seine-Saint-Denis, le Val-d'Oise, l'Essonne, le Val-de-Marne, les Yvelines et même les Hauts-de-Seine puisque nous avons amené le département et Charles Pasqua à participer à notre politique de transports publics. Les plus grosses difficultés sont dans les Yvelines qui couvrent des zones très éloignées où il faut quand même construire des routes et, en Seine-et-Marne, où l'amélioration du réseau routier et de la sécurité routière restent des priorités car c'est un des départements les plus touchés de France de ce point de vue.

À l'intérieur de ce contrat, nous avons voulu donner la priorité aux transports banlieue-banlieue par l'organisation de grandes tangentielles et de rocades qui évitent le passage par Paris. A cet égard, les tangentielles ferrées, en l'occurrence la grande ceinture, vont représenter une dépense de près de 5 milliards de francs sur les six ans qui viennent. Il nous faudra, je pense, encore un demi-plan à un plan de sept ans au-delà de 2006 pour pouvoir dire que nous aurons changé de façon significative les modes de déplacement, les flux à Paris.

On constate d'ailleurs, dès cette année, une progression très importante du transport public en termes de croissance de flux. Ceci est lié à ce que nous avons engagé, notamment avec la RATP : un programme de bus propres, plus fréquents, plus fiables, mieux sécurisés du fait qu'une partie de notre travail consiste à rénover les gares et le matériel, à rendre moins polluante la circulation des bus. Une des innovations les plus remarquables sera aussi l'amélioration du réseau en petite couronne, sur lequel on devrait en quelques années obtenir des résultats réels quant à la fiabilité, la sécurité et la régularité des bus. Un exemple à Paris est celui du site propre du Pc entre Porte de Versailles et Mairie d'Ivry. On a gagné sur ce trajet entre quinze et vingt minutes en moyenne, dans de meilleures conditions d'information et de confort. Mais ce n'est pas parfait et c'est la raison pour laquelle on va passer à l'étape capitale du tramway. On a prévu un milliard deux cents millions de francs pour construire le premier tronçon, de la Porte de Versailles en liaison avec Issy-les-Moulineaux et La Plaine jusqu'à la Porte d'Ivry, c'est-à-dire presque le tiers sud-ouest de Paris. L'affaire implique trois financiers : l'État à travers la RATP, la région qui fournit l'essentiel du financement et la ville de Paris. Ce sera probablement un tramway sur pneus et, en grande partie, axial c'est-à-dire circulant au centre de la chaussée, ce qui va nécessiter beaucoup d'aménagements.

Parallèlement, notre grande fierté sera qu'en moins de trois ans nous devrions avoir renouvelé plus de la moitié du matériel vétuste de la SNCF en Ile-de-France. En 2003, on pourra le constater. Cela signifie des trains ou des gares « relookés », reconstruits, climatisés, moins bruyants, plus sûrs. C'est alors qu'on aura offert aux voyageurs une véritable alternative. Evidemment il faudra que les entreprises publiques de transport et que l'État soient capables d'assurer l'accompagnement humain. Ce n'est pas de notre compétence : nous sommes des investisseurs, des financeurs, nous ne sommes pas en charge du fonctionnement ni de l'exploitation. Mais, dès notre entrée au STP, nous nous en préoccuperons de près.

Et je ne parle pas d'autres aménagements en matière de transports : réseaux verts, pistes cyclables et tout ce qu'on appelle la thématique des quartiers tranquilles à Paris. Trop souvent la Mairie choisissait comme « quartiers tranquilles » des quartiers qui l'étaient déjà ; nous avons négocié avec elle une attribution des quartiers tranquilles beaucoup plus conforme aux vrais besoins.

¨ Malgré la séduction que peut exercer Paris, une grande partie de la population de la région n'y met jamais les pieds. Entre la ville vampire et la ville à laquelle on tourne le dos, il faudrait pouvoir trouver un moyen terme. Un des constats qu'on peut faire est que cette ville se referme sur elle-même à partir du dernier métro, ce qui veut dire en effet difficultés de transport, obligation d'avoir une voiture, etc.

D'où un effort important de prolongation de certaines lignes de métro qui permettra de repousser, si j'ose dire, la frontière de la banlieue. Il y en aura quatre au cours de ce douzième plan : la 12 en direction d'Aubervilliers, la 13 (Gennevilliers) très importante pour desservir des quartiers totalement déshérités, la 8 (Créteil) et la 4 (Bagneux).

Cela fait partie de ce qu'on appelle le Plan qualité de services, dont la clef est l'entrée de la région au Syndicat des transports parisiens à partir du 1" janvier 2001. Nous y aurons cinq représentants aux côtés des collectivités locales dans un rapport de parité avec l'État ; le préfet de Région conserve la présidence du STP avec une co-présidence assurée par le président de la Région. C'est, à mon avis, une étape vers une échéance qui fera de la région l'autorité organisatrice des transports dans quelques années. C'est une révolution : jusqu'ici nous étions appelés à financer 70 % des investissements sans avoir même un strapontin au STP. Cette exception faite sur ce point à l'encontre de l'Ile-de-France est due au fait que les relations avec la Mairie de Paris sont diffi­ciles mais aussi que les relations avec les ministères et l'État ne sont pas simples, car ils n'ont pas encore complètement admis le fait régional. Nous avons à faire pour la gestion des transports parisiens aux transporteurs privés – ce qui ne pose pas de problème particulier –, à la SNCF – ce qui ne pose pas de problème non plus parce que c'est une société nationale qui sait régionaliser ; mais la RATP a la double caractéristique d'être une entreprise régionale et nationale où les syndicats ont toujours craint que l'autorité de la Région menace le statut du personnel qui est un statut protégé. C'est donc tout cet effort de conviction que nous sommes en train de mener, comme il a été mené pour les lycées : alors qu'auparavant l'État en avait la totale compétence, il a confié les lycées à la région. Aujourd'hui tout le monde se trouve mieux avec la région : réactions plus rapides, davantage d' argent... Dans les lycées aujourd'hui, nous installons quand même pour 150 000 MF d'ordinateurs tous les ans. Dans certains lycées, il y a cinq cents ordinateurs pour douze cents enfants. On en arrive aujourd'hui à ce que la commission Mauroy propose que la région prenne en charge une partie de ceux qu'on appelle les ATOS (Administratif, techniques, ouvriers spécialisés), c'est-à-dire les personnels.

¨ Est-ce qu'une évolution du temps de travail avec des effectifs complétés, dans un partenariat bien conçu, pourrait permettre de la Porte de Versailles en liaison avec Issy-les-Moulineaux et La Plaine jusqu'à la Porte d'Ivry, c'est-à-dire presque le tiers sud-ouest de Paris. L'affaire implique trois financiers : l'État à travers la RATP, la région qui fournit l'essentiel du financement et la ville de Paris. Ce sera probablement un tramway sur pneus et, en grande partie, axial c'est-à-dire circulant au centre de la chaussée, ce qui va nécessiter beaucoup d'aménagements.

 

Parallèlement, notre grande fierté sera qu'en moins de trois ans nous devrions avoir renouvelé plus de la moitié du matériel vétuste de la SNCF en Ile-de-France. En 2003, on pourra le constater. Cela signifie des trains ou des gares « relookés », reconstruits, climatisés, moins bruyants, plus sûrs. C'est alors qu'on aura offert aux voyageurs une véritable alternative. Évidemment il faudra que les entreprises publiques de transport et que l'État soient capables d'assurer l'accompagnement humain. Ce n'est pas de notre compétence : nous sommes des investisseurs, des financeurs, nous ne sommes pas en charge du fonctionnement ni de l'exploitation. Mais, dès notre entrée au STP, nous nous en préoccuperons de près.

Et je ne parle pas d'autres aménagements en matière de transports : réseaux verts, pistes cyclables et tout ce qu'on appelle la thématique des quartiers tranquilles à Paris. Trop souvent la Mairie choisissait comme « quartiers tranquilles » des quartiers qui l'étaient déjà ; nous avons négocié avec elle une attribution des quartiers tranquilles beaucoup plus conforme aux vrais besoins.

¨ Malgré la séduction que peut exercer Paris, une grande partie de la population de la région n'y met jamais les pieds. Entre la ville vampire et la ville à laquelle on tourne le dos, il faudrait pouvoir trouver un moyen terme. Un des constats qu'on peut faire est que cette ville se referme sur elle-même à partir du dernier métro, ce qui veut dire en effet difficultés de transport, obligation d'avoir une voiture, etc.

D'où un effort important de prolongation de certaines lignes de métro qui permettra de repousser, si j'ose dire, la frontière de la banlieue. Il y en aura quatre au cours de ce douzième plan : la 12 en direction d'Aubervilliers, la 13 (Gennevilliers) très importante un transport 24 heures sur 24 comme à New York ou dans d'autres grandes métropoles ?

C'est une possibilité mais elle n'est pas gratuite en ce sens que nous ne travaillons plus du tout comme avant avec le STP : à partir de cette année nous travaillons sur la base de conventions de gestion et d'exploitation avec les deux entreprises publiques et les entreprises du secteur privé, dans un système d'objectifs, de malus et de bonus. Cela veut dire que si la RATP, par exemple, ne rend pas le service attendu, qu'il y a, mettons, un retard de plus de tant de minutes en moyenne sur une ligne, elle est financièrement pénalisée au bénéfice de la région ; si la RATP est au rendez-vous de la fiabilité, des horaires, etc., elle est récompensée et peut donc assumer de nouvelles missions. C'est un système assez inédit et vertueux et je dois à la vérité de dire que les présidents de la SNCF et de la RATP, Louis Gallois et Jean-Paul Bailly, ont eu le courage de la mettre en place et la faire accepter par leurs organisations syndicales. Ce sont de petites révolutions silencieuses mais importantes.

¨ La région prend de l'importance, s'identifie par rapport à elle-même et à Paris : quelle est donc sa projection euro­péenne, voire mondiale ?

La région n'est pas encore, me semble-t-il, identifiée comme un tout autonome. Elle a été longtemps considérée comme un tiroir-caisse aimable et docile à la sollicitation parisienne. Notre but est d'établir des relations qui ne soient pas de vassalisation mais de partenariat avec tous les départements et particulièrement avec Paris. Nous ne travaillons plus que sous la forme de conventions d'accords et de financement réciproques. Nous ne sommes plus dans un système de financement à fonds perdus. Par le passé, le Conseil de Paris se votait les subventions accordées par la région avant même que la région ne les ait votés... la région suivait !

Pour s'identifier, la région a aussi besoin d'une sorte d'affectio societatis de la part des Franciliens. Il n'y en a pas encore beaucoup, moins qu'en Bretagne, en Alsace, dans les régions qui ont un coeur constitué et une identité réelle. Pourtant, historiquement, nous sommes une vraie province, une vraie région ; il n'y a donc pas de raison pour que ça ne marche pas. Je crois que c'était lié au fait que la région n'était pas présente auprès de la population. Il n'y avait pratiquement pas de rapports avec les associations, avec les personnes qui risquaient à un moment ou à un autre de mettre en cause les décisions ; par exemple, une réalisation du contrat de plan se faisait sans que jamais personne n'aille sur le terrain voir les gens intéressés. Bien entendu, cela implique un effort herculéen, parce que le territoire est immense et qu'en outre on perd beaucoup de temps en raison des difficultés de circulation. Mais nous avons fait un gros effort pour nous mettre à la portée des associations ; nous avons notamment crée un fonds de développement de la vie associative, supervisé par Lyne Cohen-Solal qui permet d'aider à la formation et au fonctionnement des grandes associations régionales fédératrices d'organisations locales (les MJC, les Fongep, etc.).

Pour ce qui est de la dimension internationale, nous sommes la première région d'Europe, en termes de PIB, de puissance, de richesse, en termes de nombre de sièges d'entreprises, etc. L' Ile-de-France a donc toutes les vocations à être une grande région européenne y compris dans ses relations avec l'Union. Nous avons ouvert à Bruxelles une Maison de la région et nous avons emmené les départements dans nos valises. Mais il y a mieux que ça. Mon prédécesseur avait crée une association, Métropolis, qui regroupe toutes les villes et les régions de plus d'un million d'habitants dans le monde et qui doit compter plus de 80 membres. Cette association a pour objectif d'organiser des rencontres, des débats, où nous étudions et préparons ensemble les réponses à des problèmes d'intérêt commun, en particulier la gestion de systèmes urbains complexes. L'association est maintenant assez puissante et la région d'Ile-de-France qui la présidait est actuellement vice-présidente aux côtés de la Ville de Barcelone.

Par ailleurs, nous avons conclu avec 23 pays des accords de coopération décentralisée qui se traduisent par des réalisations sur le terrain. Nous avons reconstruit un collège en Bosnie, un lycée au Kosovo ; j'ai inauguré en décembre à Dakar le plus grand lycée du Sénégal, que nous avons entièrement construit et financé ; nous avons construit un grand lycée et un musée de la mémoire à Hanoi, une école de commerce et de gestion à Beyrouth. J'étais récemment à Santiago du Chili où nous venons d'installer un centre de prévention du sida et de toutes les maladies immunodéficitaires.

Notre politique internationale est encore à mon avis très insuffisante pour une région de cette taille, mais elle se développe vite et bien, donnant à l'Ile-de-France une visibilité et une notoriété à l'extérieur.

Puis nous avons un grand projet, celui des jeux olympiques, porté à égalité par la région et par Paris ; en termes de réalisations sur le terrain, toutefois, c'est la région qui prendra la part la plus importante. Du fait de la situation politique un peu confuse à Paris, nous sommes devenus dans ce projet une force déterminante. On peut dire qu'il y a eu un changement visible du rapport de forces entre Paris et la région Ile-de-France.

¨ Dans cette réaffirmation de l'existence de la région, quels sont les besoins en termes de nouvelles compétences sur le plan politique ?

Nous pensons qu'aujourd'hui la région doit obtenir très vite la compétence totale pour les transports et déplacements, qu'elle a déjà pratiquement une compétence très forte en matière d'environnement, qu'elle doit confirmer le fait qu'elle est co­compétente en matière de construction universitaire et de recherche. Voilà qui est nouveau : nous sommes devenus co-financeurs de l'ensemble du tissu universitaire et de recherche d'Ile-de-France alors que nos prédécesseurs avaient refusé d'y participer. Nous faisons des colloques régionaux avec l'ensemble des acteurs universitaires ; par ailleurs, j'ai signé dernièrement une convention avec 17 universités d'Ile-de-France pour financer la mobilité des étudiants à l'étranger grâce à des bourses.

Ce que je souhaite c'est que la loi nous donne une compétence supplémentaire qui serait d'avoir notre mot à dire sur le schéma d'organisation des soins et de la santé, puisque nous finançons des maisons de retraite et des maisons d'accueil pour les handicapés jeunes et adultes et que nous participons à l'humanisation d'un certain nombre d'hôpitaux. Que peut attendre le président de Région d'un changement de majorité à Paris ? Quel état d'esprit serait bon à changer et comment cela pourrait-il se traduire dans les rapports contractuels entre la ville et sa région ?

Là, nous avons pris les choses comme elles étaient. Nous avions un maire, une mairie, une opposition à la mairie et nous avons essayé de travailler avec tout le monde. D'une manière générale, je dois à la vérité de dire que nous sommes parvenus à travailler avec la Mairie de Paris malgré les craintes que nous pouvions avoir au départ. Là où nous avons rencontré des difficultés, ce n'est pas tellement que la Ville de Paris soit réticente à une action aux côtés de la région (je crois que cela a beaucoup progressé dans les esprits, y compris de nos adversaires politiques), c'est que nous avons du mal aujourd'hui à trouver un interlocuteur fiable, qui puisse prendre des décisions ou des engagements à moyen et à long terme. C'est un miracle qu'on ait pu trouvé un accord sur le contrat de plan avec la Ville de Paris et c'est vraiment parce que la région a tout fait pour y parvenir.

Qu'attendre de Paris en cas de changement politique ? Sans doute une conception moins étroitement parisienne des intérêts de la ville, un souci de travailler en liaison avec les communes du pourtour, notamment pour tous les aménagements qui sont nécessaires si on veut vraiment donner la priorité aux transports en commun, aux réseaux cyclables, aux circulations piétonnières, aux circulations douces. Donc, une volonté d'intercommunalité plus grande de la Ville de Paris. A une réserve près : je n'ai pas du tout envie de me trouver un jour devant le Gross Paris. Cela aurait un effet de déséquilibre vis-à-vis des autres départements de 1'Ile-de-France qui serait catastrophique et nous amènerait à des conflits internes graves, y compris dans notre propre camp. Mais pour le moment j'attends de Paris une meilleure prise en compte des intérêts collectifs des communes de la région et de la capitale. J'attends aussi une attention plus grande aux mouvements associatifs, à la démocratie locale. Je souhaiterais notam­ment avoir des relations avec des maires d'arrondissement dotés de véritables pouvoirs et non pas seulement avec la Mairie de Paris, ce qui entraîne des conflits avec tous les maires d'arrondissement qui ne sont pas de son avis. Si chaque arrondissement de Paris avait des compétences communales qui nous permettent, par exemple, de passer avec lui des contrats régionaux, c'est-à-dire des contrats pour réaliser des équipements qui l'intéressent, cela ne m'obligerait plus à passer par la Mairie de Paris qui peut très bien aujourd'hui empêcher un maire d'arrondissement d'obtenir les équipements qu'il souhaite s'il n'a pas la bonne couleur politique.

J'attends aussi que Paris soit plus ouvert à une vraie déconcentration des activités vers les zones les plus défavorisées de la région ; que Paris nous aide, qu'il ne se couche pas en travers d'un rééquilibrage à l'est ; qu'il ne confisque pas une grande partie de la richesse des entreprises à venir, qu'on crée l'intercommunalité mais pour un développement des activités indus­trielles en dehors, mais tout près, de Paris. Au fond, que la Ville de Paris soit un peu moins égoïste, qu'elle se sente davantage partie prenante d'un schéma d'aménagement raisonnable et responsable de la région. Je dois dire que pour le moment on est très loin du compte.

¨ Hormis la culture, qui est une belle réussite dans la région, quelles sont les pôles d'attractivité capables d'attirer les Parisiens hors de Paris ?

En effet, nous subventionnons beaucoup d'équipements culturels en dehors de Paris et nous finançons depuis 1998 des manifestations culturelles importantes : le festival de Saint-Denis, le festival d'Auvers-sur-Oise, la fête du livre à Montreuil...

Pour ce qui concerne le sport, nous sponsorisons le PSG, tout comme la Ville de Paris. J'ai un doute quant à la possibilité de mettre en orbite un second club de football en Ile-de-France et à lui faire rejoindre l'élite compte tenu des budgets nécessaires. Nous sommes quand même amenés à privilégier le sport de base, la formation des jeunes, la formation aux métiers du sport plutôt que la participation au financement d'un club qui serait une véritable entreprise. J'ai tendance à penser que nous ne devons pas disperser nos efforts et qu'il faut continuer à être ceux qui financent le Centre national de formation du rugby en Essonne, ceux qui ont doté la Fédération française de judo d'un dojo olympique, etc.

 

 

¨ Qu'en est-il de l'expérience purement politique de direction de cette région ?

 

C'est une expérience passionnante : je dispose d'une majorité relative, mais d'une minorité réelle. Si la droite et l'extrême droite se coalisent à la région, je suis battu à tout coup. Nous avons réussi depuis trois ans à empêcher cette coalition prati­quement de manière permanente. La raison en est d'une part que nous avons défendu et promu des dossiers dont l'intérêt général était tellement évident qu'ils ne pouvaient pas provoquer une opposition politique symbolique : transports collectifs, lycées, aide à la lutte contre l'exclusion. D'autre part, nous avons des partenaires de la droite républicaine qui ont compris l'enjeu et qui ont accepté, par exemple, de voter le contrat de plan avec nous. Cela ne se fait pas sans difficultés et exige une gestion équitable des dossiers, des aides. D' ailleurs notre vocation est de donner à chaque collectivité, à chaque ville, une chance de recevoir une aide de la région ; ce n'était pas le cas auparavant, ça l'est aujourd'hui. Je crois aussi que nous avons respecté l'ensemble des nos partenaires, fait vivre la majorité plurielle sans conflit. Ils disent eux-mêmes que c'est l'expérience de majorité plurielle la plus satisfaisante à travers l'hexagone. Nous avons laissé les Verts prendre toute leur place et jouer tout leur rôle ; le Parti communiste est en charge de très importantes responsabilités – développement économique, formation professionnelle, aménagement du territoire, recherche, universités etc. Le Parti socialiste joue le rôle essentiel mais ce n'est pas toujours gratifiant d'être le parti du pouvoir !

Quant aux autres groupes, il s'agit de les respecter, de leur donner le temps de parole nécessaire, de les inclure dans toutes les commissions de travail, parfois de les associer à des opérations importantes comme la création d'une Agence régionale de développement, qui n'existait pas en Ile-de-France. On dépensait presque moins que le Limousin pour l'action économique... reflet du libéralisme ambiant !

Les oppositions se manifestent en revanche chaque fois que nous proposons une disposition qui est un relais de la politique nationale : les emplois-jeunes, la durée du travail par exemple. Les combats se livrent aussi sur la culture : nous avons 36 conseillers du Front national et du MNR alors, qu'il s'agisse de la culture, du social, de la lutte contre les exclusions, des femmes battues, c'est à chaque fois un combat. Nous prenons à peu près quatre-vingt à cent décisions majeures par mois et, depuis que j'ai fait voter le budget avec le 49.3, il faut toutes les passer pour application en commission permanente après en avoir adopté les principes au Conseil régional. On y arrive quand même et je dirais que sur mille décisions par an, on se fait refuser entre quatre et dix, maximum quinze, en général pour des raisons symboliques ou de forme. Par exemple, l'opposition a refusé de voter pour l'entrée de la région au Syndicat des transports parisiens pour souligner qu'elle était favorable au service minimum et hostile au droit de grève. Cela ne nous a pas gênés parce que c'est une loi qui nous a permis d'y entrer. Cela ne dépendait que du gouvernement. Nous avons tenté au départ d'élaborer un budget consensuel ; les discussions ont duré dix jours. Je rappelle que dans toute autre région les discussions budgétaires durent entre deux heures et une journée un quart. Mais l'opposition a pris prétexte d'une proposition, qui concernait peut être l'enseignement privé ou quelque chose d'approchant, pour voter contre l'ensemble du budget. Depuis, le budget est adopté avec le 49.3 qui, en région, est une procédure très lourde : chaque conseiller doit s'engager personnellement et par écrit, s'il refuse le projet de budget, à demander le remplacement du président. Comme la droite républicaine et l'extrême droite ne sont évidemment pas d'accord sur un remplaçant, l'opposition se fait battre régulièrement au 49.3... Ensuite, en commission permanente, ils ne contestent rien d'important, font des amendements ponctuels, qui parfois d'ailleurs améliorent le texte.

 

¨ Enfin, par quels moyens les Franciliens peuvent-ils suivre les débats démocratiques de leur élus ?

 

Nous avons conclu un accord avec France 3 national pour passer un certain nombre d'informations sur la vie de la région. L'émission passe à l'heure du déjeuner. Nous avons aussi un accord avec Le Parisien pour faire connaître de façon systématique tous les grands débats régionaux : le contrat de plan, les lycées, les transports publics. Pour le reste, nous avons entamé une pratique que nous appelons les road-shows, qui consiste à aller dans les départements présenter l'action de la région, en débattre avec les associations, les acteurs, après toute une journée passée sur le terrain.

Mais il est vrai que la communication est un des points sur lesquels nous sommes le plus en retard. Nous voulons sortir un grand journal, non pas en 30 000 exemplaires pour les décideurs et les notables comme aujourd'hui mais un grand organe régional tiré à des centaines de millions d'exemplaires. C'est d'accord avec une grande partie de l'opposition, qui y aura sa part. Par ailleurs nous avons été contactés par Canal Plus, TFJ, France 3 et nous sommes en discussion avec les trois chaînes.

Mais mon principal regret est que je ne suis pas sûr, au bout de trois ans, que les Franciliens aient bien perçu que la région existait, qu'elle était plus autonome à la fois des pouvoirs publics et de Paris. Je ne suis pas sûr non plus, parce que nous sommes conduits à une gestion en douceur du conflit politique, que les Franciliens perçoivent clairement les changements politiques en cours. C'est donc toujours notre tâche prioritaire que de nous rapprocher du terrain, de situer les enjeux. Mais, évidemment, la taille de la région est un obstacle pour aller aussi vite que nous le voudrions.

 

 

 

 

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