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Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Roger Martelli et le centenaire du PCF

Roger Martelli, historien : « Le Parti communiste incarnait une forme de réformisme radical »

Propos recueillis par

[ Pour ma part , si j'apprécie le caractère nuancé de l'analyse je regrette qu'il fasse l'impasse sur ce qui a contribué fortement au déclin du PC: rapports aux pays "socialistes " [ le bilan globalement positif défendu jusqu'en 1989...], féminisme, écologie et changement climatique, LGBT, immigration...Pierre Mansat ]

Le Parti communiste français fête le centenaire de sa naissance lors du congrès de Tours en 1920 où fut créée la Section française de l’Internationale communiste. L’historien Roger Martelli, auteur notamment de Le PCF, une énigme française (La Dispute, 208 p., 15 €) et coauteur avec Jean Vigreux et Serge Wolikow du Parti rouge. Une histoire du PCF (Armand Colin, 392 p., 24,90 €), revient sur l’histoire de cette formation politique qui a durablement marqué la gauche et la société française.

Après un siècle d’existence, que reste-t-il du communisme français ?

Il reste l’idée communiste, qui existait avant lui. Il reste ce qui a été le socle d’existence de ce parti, ce courant révolutionnaire et plébéien qui remonte à la Révolution de 1789. Il reste une tradition militante, une culture politique. Et il reste une force militante : 50 000 cotisants déclarés, c’est moins que par le passé, sans être négligeable ; et il y a toujours un réseau d’implantation territoriale avec de nombreux élus.

Cependant, l’influence nationale du Parti communiste est réduite à la portion congrue : 2 % ou 3 % lors des élections nationales, pour un parti qui a été le premier parti de France et a compté près de 29 % des suffrages exprimés, c’est faible. Au fil des années le Parti a décliné. On a pensé que d’autres forces pouvaient prendre la place, aussi bien le Parti socialiste que l’extrême gauche ou La France insoumise, mais le PCF n’a pas été remplacé. Il a su, pendant un temps, attirer les catégories populaires, les ouvriers et employés. Aujourd’hui, la gauche a perdu ces catégories qui sont de plus en plus désorientées, portées vers l’abstention ou même vers l’extrême droite. C’est une perte sèche pour toute la gauche.

Comment expliquer la contradiction entre une forte implantation locale et le faible poids électoral ?

La force militante reflète la persistance de la tradition populaire et révolutionnaire dont le Parti communiste a été l’expression principale pendant quelques décennies. Il a été influent tant qu’il a été utile. Il l’était pour les catégories populaires qui se sentaient représentées par lui. Il l’était tant qu’il pouvait utiliser le mythe soviétique pour incarner l’idée que l’on pouvait rêver à une société d’égalité et de démocratie achevée. Il l’était en proposant à plusieurs reprises des grandes formules de rassemblement comme le Front populaire ou l’union de la gauche.

Cette utilité s’est perdue au fil du temps. La classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était, l’Union soviétique s’est effondrée, et les formules de rassemblement de la gauche ont buté sur la grande déception des années 1980. La gauche se retrouve donc fragilisée dans toutes ses composantes. Il n’y a pas que le PCF qui va mal, c’est la totalité de cette famille politique qui se retrouve dans une situation délicate.

Les communistes sont dans la cogestion avec le Parti socialiste et, en même temps, défendent un programme proche de celui des « insoumis ». Comment le PCF peut-il se différencier ?

Comme historien, je ne peux pas répondre à cette question. L’histoire dit seulement que, pendant toute une période, le PCF a incarné une tension nécessaire entre l’affirmation d’une identification orientée vers la rupture avec le système et la volonté de construire des majorités pour faire face à la droite. Le PCF s’est ancré dans la visée révolutionnaire tout en incarnant une sorte de réformisme radical, dans la lignée de Jaurès. La question reste de savoir comment concilier la nécessité de rompre avec l’existant et celle de majorités à construire pour bâtir une alternative. Aucune force ne peut y parvenir à elle seule ; il faut donc penser une dynamique nouvelle de convergence des forces politiques, sociales, culturelles, syndicales, intellectuelles.

Donc les communistes peuvent encore être utiles à la gauche ?

L’idée communiste garde son utilité même si elle n’a pas à jouer un rôle hégémonique comme elle l’a cherché par le passé. La force communiste ne peut pas être ignorée, ni négligée. Elle doit faire partie des constructions politiques à bâtir. Mais à égalité de responsabilité avec d’autres.

Il y a longtemps eu un débat sur le fait de devoir abandonner l’étiquette communiste, comme cela a été le cas en Italie. L’idée d’avoir un PCF est-elle une idée obsolète ?

Les racines des partis communistes français et italien ne sont pas les mêmes. En France, le PCF a été l’expression d’un courant populaire, plébéien, révolutionnaire, dans une gauche où il y a toujours eu un pôle porté sur la rupture et un autre sur l’adaptation. Le PCF n’a donc jamais été tenté par le ralliement à la social-démocratie. C’est une spécificité française.

Dans les autres pays, le courant plébéien et révolutionnaire a été mis à la marge. En Italie, quand le communisme s’installe dans le pays après la seconde guerre mondiale, il a été l’expression à la fois de la révolution et de la réforme. À l’arrivée, il a choisi la réforme.

Et maintenant ?

Les communistes français ont répondu lors de leur congrès [en novembre 2018] que, pour que le communisme existe, il faut un Parti communiste. C’est une opinion respectable mais qui peut être discutée. On peut aussi très bien considérer que l’idée communiste peut cohabiter aux côtés d’idées comme l’écologie, la tradition du christianisme social ou encore d’autres courants critiques anciens ou nouveaux. Toute la question est de faire coexister ces différentes composantes tout en créant une dynamique capable de peser sur la gauche et sur la société. On peut penser que, pour cela, il n’est pas nécessaire que l’idée communiste ait un Parti communiste en tant que tel.

Comment définir le PCF d’aujourd’hui ? Est-il encore un parti révolutionnaire ?

Il y a eu une manière d’être révolutionnaire au XXe siècle, dominée par l’expérience soviétique. Elle est terminée. Il faut donc penser aujourd’hui la révolution et la critique sociale sous des formes différentes, en incluant des questions comme l’écologie, le féminisme, mais aussi l’émancipation individuelle, le dépassement des discriminations… L’idée révolutionnaire doit inclure des champs nouveaux et trouver un projet différent et des formes nouvelles.

En cent ans, quel a été l’apport politique du PCF ?

Il a continué, contre vents et marées, à défendre l’attachement à l’idée de révolution, pour rompre avec des logiques économiques et sociales qui portent à l’inégalité. Il a aussi apporté le souci de donner à la politique une épaisseur populaire, l’idée qu’il faut savoir raccorder la critique sociale et la perspective politique. Tout cela a fait que, pendant plusieurs décennies, les catégories populaires étaient au centre du jeu politique, trouvaient leur expression dans les formations de gauche et étaient capables de peser sur l’évolution de la société.

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