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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Sur Le Monde.fr "Anne Hidalgo fait réélire le gaulliste Patrick Ollier à la tête du Grand Paris"

Anne Hidalgo fait réélire le gaulliste Patrick Ollier à la tête du Grand Paris

D’abord écarté par son propre camp, le maire de Rueil-Malmaison a été sauvé par la gauche et les centristes. A 75 ans, il repart pour un nouveau mandat de six ans.

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Il avait été écarté en amont par son propre camp et ne s’était donc pas porté candidat. Le vieux gaulliste Patrick Ollier a pourtant été réélu, jeudi 9 juillet, à la présidence de la Métropole du Grand Paris (MGP), à l’issue d’une étonnante succession de rebondissements. Contesté par une partie de la droite, le maire de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) a été sauvé par la gauche et les centristes. Seul candidat au second tour du scrutin, il a obtenu 133 voix sur 137. A 75 ans, il repart ainsi pour un nouveau mandat de six ans à la tête de cette structure créée en 2016 pour donner une traduction institutionnelle au concept de « Grand Paris », et très controversée depuis.

Vincent Jeanbrun, le fidèle de Valérie Pécresse qui avait gagné la primaire organisée au sein du groupe Les Républicains (LR) et se voyait déjà dans le fauteuil de président de la métropole, a immédiatement dénoncé les « petits arrangements », les « magouilles » ayant abouti à ce résultat surprise. « Certains ici font honte à la démocratie, a-t-il lancé, très remonté. Cela dépasse ce qui s’est produit à Marseille ! Patrick Ollier a perdu son honneur de gaulliste. »

Un autre maire LR apprécie en esthète la performance du président sortant : « Mis en minorité dans son propre groupe, cible d’une belle série de scuds, il réussit à se faire réélire. Chapeau, même si cela laissera sans doute des traces. »

A l’issue de la primaire tenue mardi soir au sein des élus LR et associés qui dominent la métropole, la situation paraissait claire. Vincent Jeanbrun, jeune maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), avait alors été choisi par la droite pour prendre la tête de la MGP, avec 54 voix contre 44 en faveur de Patrick Ollier. Jeudi, à l’ouverture du conseil de la métropole tenu exceptionnellement au Palais des congrès de Paris, Vincent Jeanbrun est donc l’unique candidat de son groupe au premier tour.

Un « machin » à réformer d’urgence

Mais entre-temps, les téléphones ont chauffé, et les divers soutiens de Patrick Ollier ont échafaudé un autre scénario. « Vous verrez, Ollier ne se présente pas, mais c’est lui qui sortira vainqueur », confie un élu de gauche bien informé en arrivant dans la salle.

De fait, contrairement à ses espoirs, Vincent Jeanbrun n’est pas seul sur la ligne de départ. Il se retrouve en concurrence avec un autre candidat de droite, le maire (UDI) de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent, ainsi qu’avec un socialiste et un communiste. Aucun d’eux n’obtient la majorité absolue nécessaire. Vincent Jeanbrun a beau arriver légèrement en tête, il fait face à un front monté contre lui en quelques jours, et réunissant une partie des LR, nombre de centristes, et l’essentiel de la gauche.

Pourquoi pareille opposition ? La première raison est que Vincent Jeanbrun ne cache pas son mécontentement à l’égard de la MGP, un « machin » à réformer d’urgence, affirme-t-il, reprenant le terme choisi par Charles de Gaulle pour dénigrer l’ONU en 1960. Ancien assistant parlementaire de Valérie Pécresse, dont il reste très proche, il apparaît ainsi comme un soldat de la présidente (ex-LR) de la région Ile-de-France, chargé de torpiller pour son compte une métropole jugée inutile et mal gérée.

Attributions floues

Depuis plusieurs années, Valérie Pécresse n’a pas de mots assez durs pour la MGP. A ses yeux, le Grand Paris, ce rêve ambitieux de Nicolas Sarkozy, a débouché en pratique sur un « corps mou ». Ses frontières sont « purement politiques » : Paris, les trois départements de la petite couronne, plus une commune du Val-d’Oise et six de l’Essonne. « C’est un Grand Paris rétréci, riquiqui, sans Roissy ni les villes nouvelles », une curieuse résurgence du département de la Seine supprimé en 1968, peste-t-elle.

Prendre la tête de la métropole pour mieux la vider de sa substance, le projet du lieutenant de Valérie Pécresse semble délicat à vendre aux élus

Les maigres compétences dévolues à la métropole suscitent également ses reproches. A quoi sert la MGP ? Sur le papier, elle s’occupe notamment d’aménagement urbain, d’habitat, de lutte contre les inondations. Mais ses attributions se révèlent assez floues, et l’essentiel de son budget de 3,6 milliards d’euros est reversé de façon mécanique aux 131 communes membres.

Les dépenses propres de la MGP se limitent à moins de 200 millions d’euros par an, ce qui ne permet pas d’aller bien loin. Pour Valérie Pécresse, la solution est claire : il faut supprimer cette strate inutile du millefeuille administratif, en transférant ses quelques compétences aux autres collectivités. A commencer par la région qu’elle préside.

« Frais de communication colossaux »

Prendre la tête de la MGP pour mieux la vider de sa substance, le projet du lieutenant de Valérie Pécresse semble d’emblée délicat à vendre aux élus, censés au contraire défendre leur institution. Vincent Jeanbrun y ajoute deux difficultés. D’une part, ce maire de 36 ans utilise des mots violents contre l’ancien ministre Patrick Ollier, sa « folie dépensière », ses « frais de communication colossaux », ses « recrutements à tout-va ». Il heurte ainsi une partie de la droite.

D’autre part, il veut remettre en cause un des piliers du fonctionnement de la métropole : la « gouvernance partagée », c’est-à-dire le fait d’associer tous les partis à la gestion de la structure. La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, actuelle première vice-présidente de la MGP, devrait ainsi lâcher ce siège, que Vincent Jeanbrun avait promis à sa grande rivale parisienne, Rachida Dati (LR). De quoi rendre furieux les socialistes, très satisfaits de la cohabitation actuelle avec l’affable Patrick Ollier.

Pas question de laisser les clés de la métropole à « une bande qui n’aspire qu’à la détruire », renchérit Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la maire de Paris

« Depuis des années, Valérie Pécresse essaye de dynamiter de l’intérieur comme de l’extérieur cette métropole, commente Anne Hidalgo. Mais la MGP ne peut pas être l’otage du démarrage d’une campagne régionale par Mme Pécresse. » Pas question de laisser les clés de la métropole à « une bande qui n’aspire qu’à la détruire », renchérit Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la maire de Paris.

Anne Hidalgo en tête, les élus de tout bord hostiles à Vincent Jeanbrun et à une remise en cause en profondeur de la MGP ont donc cherché une solution de compromis. Au premier tour, beaucoup votent en faveur de Philippe Laurent. Son profil assez rond, son statut de secrétaire général de l’Association des maires de France peuvent faire de lui un candidat de consensus. Aux yeux de beaucoup, il présente toutefois une faiblesse majeure : il n’appartient pas à LR, mais à l’UDI. Avec lui, le parti de Christian Jacob perdrait donc le contrôle de la MGP. Difficile à avaler. « Philippe Laurent a simplement servi de lièvre », résume un maire.

Conciliabules

Au fil des suspensions de séance, de multiples conciliabules ont lieu. C’est alors que Patrick Ollier, discret depuis le début, réapparaît. Avec lui, LR garderait la métropole. Et la gauche menée par Anne Hidalgo conserverait un interlocuteur qui la satisfait et ne la bouscule jamais. Valérie Pécresse finit par lâcher prise. Lors d’une suspension de séance, elle incite son poulain à renoncer et pousse les élus LR à écarter également Philippe Laurent.

Au bout du compte, Patrick Ollier se retrouve ainsi seul en lice pour sa succession. « Je suis soulagé, la métropole va renforcer son action, alors que toute autre candidature aurait pu conduire à sa disparition », commente-t-il après sa réélection.

Un étage plus bas, la colère de Vincent Jeanbrun n’est pas éteinte. « J’ai retiré ma candidature pour que le parti garde la métropole, mais le résultat constitue une insulte à la démocratie, dit-il. Avec Patrick Ollier, c’est le candidat d’Anne Hidalgo qui a été élu. » A ses côtés, Rachida Dati regrette, elle aussi, le résultat de cette folle matinée : « Patrick Ollier s’est accroché à son siège et a négocié dans notre dos un deal avec Anne Hidalgo et l’UDI. »

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La maire de Paris, elle, se réjouit du succès de Patrick Ollier… et de rester vice-présidente : « Je suis très, très heureuse qu’au bout de cette demi-journée on revienne à un dispositif qui permet aux maires de travailler ensemble en dépassant les clivages. » Des « magouilles », comme le dit Vincent Jeanbrun, un jeu de dupes ? Emmanuel Grégoire résume autrement l’élection d’un candidat LR pilotée par la gauche : « Cela s’appelle une opération rondement menée. »

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