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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Sur Le Monde.fr "Coronavirus : le monde d’après… selon Wall Street"

Sur Le Monde.fr "Coronavirus : le monde d’après… selon Wall Street"

[Ce journaliste n'est pas vraiment ma tasse de thé, mais les informations données dans cet article nourrissent mon pessimisme, voir les articles et itw de Daniel Cohen _ PM]

Coronavirus : le monde d’après… selon Wall Street

Par Arnaud Leparmentier, New York, correspondant

A voir les parcours boursiers d’Amazon, Tesla ou Procter & Gamble, les investisseurs estiment que le monde de demain sera plus cartellisé, plus globalisé et plus technologique. A rebours de ceux qui plaident en faveur d’une démondialisation et d’un retour au local.

Analyse. La crise liée au coronavirus devait annoncer une démondialisation, un retour aux circuits courts et aux économies à taille humaine. Wall Street émet une prédiction radicalement inverse. Le monde de demain sera celui d’hier, en plus cartellisé, plus globalisé, plus technologique et plus virtuel. Avec la victoire des plus puissants, à commencer par les géants de l’Internet, en dépit de la correction du vendredi 1er mai. C’est ce que laisse entendre la Bourse américaine, dont le principal indice, le S&P 500, n’a reculé que de 12 % depuis le début de l’année, quand le CAC 40, lui, a cédé 25 %.

La catastrophe est épouvantable, avec 65 000 morts, 30 millions de chômeurs et une récession de 5,7 % en 2020, selon le Fonds monétaire international (FMI). Mais Wall Street rêve d’enjamber la crise, dopée par la « main visible du marché », à savoir la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) et le Congrès des Etats-Unis, qui, instruits par la crise de 1929, inondent le marché de liquidités et de subventions.

Folie spéculative ? Aveuglement des opérateurs, qui s’illusionnent sur la rapidité du retour à la normale ? Sans doute, ou peut-être. L’intérêt est ailleurs.

Comme l’écrit le Wall Street Journal, « l’envolée de la Bourse n’est peut-être pas aussi folle qu’il y paraît ». Elle a procédé à une sélection draconienne entre les valeurs, alors que la plupart des entreprises ont fait le point lors de la publication de leurs résultats trimestriels.

L’effondrement n’est pas général que, déjà, apparaissent les gagnants (la Silicon Valley, les oligopoles riches en cash-flow comme la grande consommation) et les perdants (énergie, transports, PME, agriculteurs). Et des gagnants parmi les perdants, telles les majors Exxon ou Chevron, qui peuvent profiter de la faillite des producteurs de pétrole indépendants du Texas. Tour d’horizon.

Jeudi 30 avril, Jeff Bezos a pris la plume pour annoncer ses résultats trimestriels. « Si vous êtes actionnaire d’Amazon, mieux vaut bien vous asseoir, car nous ne voyons pas petit », a expliqué le patron et fondateur du géant américain, annonçant que l’intégralité des bénéfices du deuxième trimestre (4 milliards de dollars, soit 3,6 milliards d’euros) serait effacée par les dépenses dues au Covid-19 pour protéger salariés et clients. L’action a dévissé de 7,6 %, mais reste sur un gain de 24 % depuis le début de l’année.

La stratégie est conforme à celle exposée par M. Bezos dans sa première lettre aux actionnaires de 1997 : le client, la part de marché et la puissance avant les profits. Son ambition reste intacte, à savoir être en ordre de bataille pour la sortie de crise (face à un autre géant, Walmart, en pleine forme). Avec une hausse de 26 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre, Amazon a été victime de son succès, à la peine pour faire face à la demande des Américains confinés.

Il en va de même des autres « Gafam » (Google, Apple, Facebook et Microsoft), rétablis en Bourse. Ensemble, les cinq mastodontes pèsent plus de 5 200 milliards de dollars, distançant de plus en plus le reste du monde. « Microsoft a désormais une capitalisation boursière égale à la totalité du CAC 40. L’évolution des parcours boursiers comparée sur six mois est spectaculaire. Si la Bourse n’est pas tout, cela annonce la couleur de ce qui va se passer », relève Matthieu Courtecuisse, fondateur de l’entreprise de consulting SIA. Même s’ils ne sont pas invulnérables, les géants de la Silicon Valley ont fait preuve d’une extraordinaire résilience.

Apple engrange les fruits de sa stratégie consistant à ne pas miser uniquement sur les iPhone (ventes en baisse de 7 %, en raison notamment de la fermeture des usines chinoises), mais aussi sur les services associés. Microsoft réussit grâce à ses activités de cloud computing (informatique dématérialisée), de téléconférence et de jeux vidéo. Facebook a vu la publicité tenir mieux que prévu, tandis que Google, plus mitigé, a averti sur la détérioration en cours.

Le second semestre sera rude, une correction boursière en mai s’annonce, mais le « modèle » se confirme : hégémonique, même si les profits sont moindres. La crise ne supprime pas la menace d’une mobilisation antitrust, mais la rend pour l’instant moins violente politiquement.

Lorsqu’on pense automobile, aux Etats-Unis, on ne dit plus Detroit, mais Tesla. La firme d’Elon Musk, dont la Model 3 pourrait être « l’iPhone de la voiture électrique », au dire du Financial Times, avait dépassé, en janvier, la capitalisation boursière de Volkswagen, et se situait derrière Toyota.

L’effondrement des cours du pétrole n’incite pas à abandonner ses SUV, mais l’action Tesla a progressé de 67 % depuis janvier. Forte de ses bons résultats – Tesla a livré un tiers de voitures en plus au premier trimestre, lorsque le marché a plongé de 40 % en mars et devrait reculer de plus de 15 % sur l’année –, l’entreprise vaut 144 milliards de dollars. Soit vingt-cinq fois Renault ou plus du double de General Motors (GM), Ford et Fiat-Chrysler combinés.

« Trop rapide, trop furieux », souligne le Wall Street Journal. Le risque numéro un est Elon Musk lui-même : l’enfant terrible du capitalisme américain a fait chuter son titre de 10 % vendredi 1er mai dans une débauche de tweets, dont l’un jugeait l’action Tesla « trop élevée ».

A Detroit (Michigan), GM, Ford et Fiat-Chrysler prévoient de rouvrir leurs usines le 18 mai et discutent des modalités de sécurité avec les syndicats. L’interrogation porte désormais sur leur consommation de cash. Sur ce point, GM, qui avait restructuré ses usines, est jugé mieux placé que Ford. Ce dernier a levé 8 milliards dollars sur les marchés, à des taux faramineux d’environ 9 %. Au moins détient-il désormais 35 milliards de dollars de liquidités pour tenir jusqu’à la fin de l’année.

    • Loisirs

Avec la crise, la population confinée s’est plantée devant son téléviseur et les boursiers se sont rués sur Netflix. Pari gagnant : l’entreprise a recruté 16 millions d’abonnés au premier trimestre, soit deux fois plus qu’attendu. Il ne s’agit pas d’une explosion, le chiffre mondial des abonnés étant de 183 millions.

En l’absence de nouvelles productions, la plate-forme profite de la puissance de son catalogue, mais va être, en définitive, pénalisée par la paralysie des studios de tournage. Son modèle s’impose néanmoins, alors que Disney, beaucoup plus gros, n’a pas été sauvé par son site Internet de streaming (50 millions d’abonnés dans le monde) : il s’apprête à subir une pénurie de contenus et a dû fermer ses parcs à thèmes, mettant à pied 100 000 salariés. La réouverture pourrait ne pas avoir lieu avant 2021.

Le cas le plus emblématique des activités de loisirs concerne les croisières, qui se sont révélées être des pièges sanitaires. L’entreprise Carnival (vingt-sept navires de 2 000 à 4 000 passagers) n’a pas été sauvée par l’administration Trump, mais a évité la faillite grâce aux interventions indirectes de la Fed, qui lui ont permis de lever 6 milliards de dollars. Curieusement, ces villes flottantes pourraient survivre. « Les réservations pour 2021 sont fortes », a déclaré son PDG, Arnold Donald. Rien ne prouve que la planète changera de mode de vie après la pandémie.

    • Pétrole

On n’avait pas vu cela depuis des décennies : pour la première fois, Exxon a annoncé des pertes au premier trimestre (640 millions de dollars). Médiocrement dirigé depuis des années, le numéro un américain du pétrole va mal, avec une action en recul de 38 % et des pertes trimestrielles. Il a d’ailleurs réduit ses investissements de 10 milliards de dollars pour l’année (un tiers), notamment dans le bassin permien, au Texas. Chevron, le géant californien de l’or noir, a fait de même.

Mais ces entreprises n’ont réduit leur production que de 10 %. Elles pourraient rafler la mise aux dépens des exploitants de gaz et de pétrole de schiste du Texas et de l’Oklahoma jusqu’au Wyoming. En déconfiture avant la crise, ces entreprises coupent leur production par deux pour éviter une faillite quasi inéluctable.

Au total, 100 000 emplois pétroliers au Texas seraient menacés. Selon Reuters, la moitié des soixante entreprises indépendantes américaines risquent le défaut de paiement. En 2019, cinq sociétés représentant 13,5 milliards de dollars de dette avaient déposé le bilan. Ces groupes sont les grands financiers de Donald Trump, qui a décidé de voler à leur secours en invoquant la sécurité nationale, mais la consolidation est inévitable. Continental, l’entreprise du magnat de l’Oklahoma Harold Hamm, a vu son cours de Bourse baisser de 58 % et sabre dans la production. Il accuse l’Arabie saoudite et la Russie de dumping.

    • Aéronautique et aérien

La crise constitue un drame pour Boeing, mais il a eu le mérite de frapper son concurrent Airbus. L’avionneur américain était en perte de vitesse en raison des difficultés persistantes du 737 MAX, et les nouvelles restent désastreuses : le rachat du brésilien Embraer (pour 4 milliards de dollars) est annulé, et le dividende, suspendu pour plusieurs exercices.

De surcroît, le nouveau patron du groupe, David Calhoun, a annoncé que la crise durerait des années. Il n’empêche, les usines de Seattle (Etat de Washington) ont rouvert. L’entreprise s’est offert le luxe de décliner l’aide fédérale de 50 milliards de dollars qu’elle avait sollicitée après avoir réussi à lever 38 milliards sur les marchés et auprès de ses banquiers. Elle estime avoir le cash nécessaire pour tenir.

Les compagnies aériennes ont été renflouées à hauteur de 25 milliards de dollars par l’Etat fédéral, à la condition de continuer de payer leur personnel. Leur sauvetage a fait bondir certains économistes : ces entreprises utilisent depuis des années tout leur cash-flow pour racheter leurs actions afin de soutenir leurs cours de Bourse, plutôt que de garnir leur trésorerie. Elles cherchent désormais à inventer des conditions d’hygiène protectrices pour leurs clients, alors que le nombre de passagers transportés a été divisé par vingt.

La consolidation du secteur n’est pas évidente ; l’espace aérien était déjà très concentré avec quatre opérateurs (American, United, Delta, SouthWest). Une reprise timide s’annonce en juin, mais Delta ne prévoit pas un retour à la normale avant trois ans.

    • Grande consommation

Les entreprises de la grande consommation, qui vivent sur la rente de leurs marques, sont en général très stables et protégées par le cash-flow qu’elles produisent. Elles devraient sortir renforcées, à condition d’avoir des clients.

Pepsi (– 5 % depuis janvier) a vu ses ventes de boissons baisser en raison de la fermeture des restaurants, et ce repli n’a pas été compensé par la hausse des chips et autre snacks que les Américains consomment chez eux. Coca-Cola a perdu 23 % de sa valeur depuis janvier et annoncé un effondrement d’un quart de ses ventes de boissons en avril.

Le fabricant de produits pour la maison Procter & Gamble a, lui, réalisé les meilleures ventes de son histoire aux Etats-Unis au premier trimestre, avec une croissance de 10 %, profitant notamment de la ruée sur le papier toilette et les détergents, tandis que la baisse en Chine a été limitée à 8 %.

L’enjeu est de savoir si le positionnement haut de gamme (couches Pampers, rasoirs Gillette) sera un atout ou un handicap en période de récession. Dans cette crise, les victimes sont les commerces et les restaurants fermés pour de longues semaines. Les versements de fonds fédéraux les aident peu, car ils sont conditionnés au maintien de la main-d’œuvre, inutile en cas de fermeture. Ils ont licencié des millions d’Américains.

    • Agriculture

Nouvelles subventions pour pallier baisses des cours et ruptures de production

Déjà durement touchés par les guerres commerciales de Donald Trump, les agriculteurs devraient perdre 20 milliards de dollars, selon l’université du Missouri. Ils vont recevoir une aide fédérale du même montant, s’ajoutant aux 28 milliards perçus depuis deux ans.

Surproduction et pénurie : c’est le paradoxe de la crise du Covid-19, qui a désorganisé les filières agricoles. Ainsi, une partie du lait du Wisconsin est déversée sur place, cependant que les tomates et les concombres de Floride pourrissent sans être récoltés. La production de porc est perturbée par la fermeture des usines, au point qu’une pénurie n’est pas exclue. Donald Trump a pris un décret exigeant leur remise en route.

Cette pénurie annoncée n’empêche pas le prix du porc et du poulet de chuter de plus d’un tiers depuis le début de l’année, en raison de la fermeture des McDo et autres restaurants (le bœuf résiste mieux). L’économie agricole est d’autant plus perturbée qu’elle est fortement intégrée aux restaurants, fermés pour cause de pandémie (54 % de la nourriture est achetée en restaurant contre 46 % pour la maison). Cette proportion était inversée à la fin du XXe siècle. Les grandes cultures subissent la baisse des cours, plus prononcée pour le maïs, destiné au marché national, que le blé et le soja, largement exportés, ainsi que l’effondrement des biocarburants.

    • Banques

Les banques américaines sont sorties renforcées de la crise de 2008 et n’ont pas eu à subir des années de taux d’intérêt négatifs, comme leurs homologues européennes. Lorsqu’elles ont publié en premier leurs résultats, début avril, ce fut une bonne et une mauvaise surprise.

Bonne, parce que le chiffre d’affaires sur les activités de marché s’est envolé en cette période, appelée pudiquement de « volatilité » : celui des quatre premières institutions (JPMorgan, Citibank, Goldman Sachs, Bank of America) a progressé d’un tiers, pour atteindre 23 milliards de dollars. Mauvaise, parce qu’il a fallu provisionner les prêts aux PME (6,8 milliards de dollars pour JPMorgan, 3 milliards pour Wells Fargo).

Ces institutions limitent la casse, avec un recul en Bourse compris entre 23 % (Goldman Sachs) et un tiers (JPMorgan), et continueront de le faire tant que la Fed et le Trésor mettront l’économie sous perfusion afin d’éviter les faillites, en garantissant des prêts tous azimuts.

Pour la première fois, elles ne sont pas accusées d’être à l’origine de la crise. Le PDG de Goldman Sachs, David Solomon, s’est offert pour 2020 une hausse de rémunération de 20 % (27,5 millions de dollars par an), qui a exaspéré les actionnaires : la résolution n’a été approuvée, jeudi 30 avril, qu’à 71 %. Comme si le monde d’après ressemblait déjà furieusement au monde d’avant…

 

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