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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Il faut prendre acte que Paris n’appartient pas qu’aux Parisiens , une importante tribune dans Le Monde aujourd'hui

[Bon ça fait vingt ans qu'avec Bertrand Delanoë,  nous avions fait notre cette conception:  17 protocoles de coopération [conseils départementaux, communes, intercos] , 700 actions de coopérations [identifiées par le bureau d'études Mansia, Achères, Saint Ouen, Ivry, Clichy sous Bois,  les canaux, la couverture du périphérique Porte des Lilas...  ], conférence métropolitaine [2006] Paris Métropole [2009] vélib [2007] etc...C'est bon d'avoir un peu de mémoire historique. Pierre Mansat]

Daniel Behar et Aurélien Delpirou : « Il faut prendre acte que Paris n’appartient pas qu’aux Parisiens »

Les interdépendances entre Paris et « ce qu’on nomme encore sa banlieue » étant appelées à se renforcer dans les années qui viennent, la politique urbaine ne peut plus se limiter aux enjeux locaux. Elle doit prendre en compte l’échelle métropolitaine, soulignent les deux géographes dans une tribune au « Monde ».

Tribune. La campagne électorale parisienne est résolument placée sous le signe du local. Anne Hidalgo, la maire de Paris, prône la « ville du quart d’heure » – où tous les services doivent être accessibles dans ce laps de temps. L’ex-candidat Benjamin Griveaux identifiait « 240 microquartiers » à doter d’au moins une « rue-jardin ». David Cormand, ancien secrétaire national d’Europe Ecologie - Les Verts (EE-LV), estimait, en décembre, que le « déclencheur du vote » ne sera pas le rayonnement de Paris ni les JO de 2024 : « L’enjeu, c’est la réappropriation de son espace vital, et c’est nous qui pouvons l’incarner. »

Les explications ne manquent pas pour justifier ce parti pris programmatique commun à différents candidats : le système électoral parisien, organisé par arrondissement, favorise la « miniaturisation » des débats ; les impératifs environnementaux conduisent à imaginer de nouvelles façons de concevoir la ville au plus près des habitants ; enfin, les Parisiens, comme tous les Français, expriment des attentes nouvelles en matière d’ancrage territorial et de repères collectifs.»

Toutefois, cette approche ne peut déboucher que sur des impasses, à la fois urbaines, sociales et écologiques. Elle conduit d’abord à ignorer, voire à annexer les 10 millions de banlieusards qui vivent autour de Paris. Le candidat dissident Cédric Villani, proposant de reproduire à plus grande échelle l’extension haussmannienne de 1860, voudrait ainsi « élargir » Paris aux « communes limitrophes, lesquelles doivent devenir de nouveaux arrondissements. C’est le sens de l’histoire ».

La ville-centre n’est plus seulement débordée par sa banlieue, mais bel et bien intégrée avec elle au sein d’un système métropolitain organisé en réseaux et en interdépendances

Au mieux, ce type de proposition consiste, comme le remarquait en septembre 2019 Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme d’Anne Hidalgo, dans un rapport pour le think tank Terra Nova, à enjoindre aux communes voisines de suivre le modèle de Paris, quand bien même celui-ci repose sur des conditions socio-économiques et des capacités d’action extrêmement singulières.

Cette vision « municipaliste » occulte une évolution majeure vécue par les « Grands-Parisiens » : la ville-centre n’est plus seulement débordée par sa banlieue, mais bel et bien intégrée avec elle au sein d’un système métropolitain organisé en réseaux et en interdépendances. Par contrecoup, les attentes et les problèmes des Parisiens ne trouveront de réponses et de solutions qu’à l’échelle du Grand Paris.

Ainsi, quel que soit le volontarisme de l’équipe municipale – le bilan du mandat qui s’achève en témoigne –, la Ville de Paris n’est pas en mesure à elle seule d’agir efficacement sur la question centrale du logement. La tension du marché est extrême : le centre subit des fortes valeurs foncières et immobilières et en bénéficie à la fois. Dans ces conditions, seule une articulation entre les politiques de l’habitat – diverses sinon contradictoires d’une commune à l’autre – pourrait permettre un rééquilibrage progressif de l’offre et de la demande. A quoi bon réclamer, à l’instar de David Belliard (EE-LV), la fin de la « bétonisation » de la capitale si les grues ne font que se déplacer dans la première couronne, qui connaît déjà une densification rapide et peu contrôlée ?

De la même façon, la végétalisation des toitures parisiennes et la conversion en jardins partagés de quelques parcelles de parcs urbains resteront des innovations anecdotiques si la question des espaces ouverts n’est pas posée à l’échelle régionale. Cette « acupuncture » agri-urbaine ne doit pas faire oublier que l’urbanisation des terres agricoles se poursuit en grande couronne et que la production régionale reste largement tournée vers l’exportation. L’autonomie alimentaire de la capitale dépendra étroitement de la capacité à faire évoluer le système agricole et d’approvisionnement du proche Bassin parisien.

Neutralité carbone à l’horizon 2050

Enfin, il est louable que le plan climat de la Ville de Paris affiche l’objectif d’une neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais pour l’atteindre, il faudra actionner des leviers bien au-delà de la ville-centre, comme celui de la transition des plates-formes aéroportuaires, qui conditionnent la vitalité de l’économie parisienne. Les écueils de l’approche par la proximité sont particulièrement flagrants en matière de mobilité. Ainsi, l’instauration d’une zone à faibles émissions interdisant la circulation des véhicules les plus polluants dans une partie du périmètre délimité par l’A86 aura sans aucun doute des effets sensibles sur l’amélioration de la qualité de l’air dans les 45 communes concernées. Toutefois, si elle n’est pas accompagnée d’un vigoureux développement de l’intermodalité et de nouvelles offres de transport adaptées à toutes les activités, elle se bornera à reporter polluants et pollutions au-delà de la rocade.

Les interdépendances entre Paris et ce qu’on nomme encore sa banlieue sont donc multiples et de tous ordres. Elles sont appelées à se renforcer dans les années qui viennent : le Grand Paris Express ne sera pas une simple extension du métro de Paris à sa banlieue, mais bien l’un des réseaux supports de l’intensification et de la diversification des liens au sein de l’espace métropolitain, largement au-delà des déplacements classiques entre le « centre » et la « périphérie ».

Dans ce contexte, l’enjeu, pour les futurs élus parisiens, sera de parvenir à concilier deux logiques. D’un côté, il s’agira de concevoir avec les élus des communes périphériques des politiques partagées de régulation de ces interdépendances, notamment par le biais de nouveaux dispositifs de coopération et de solidarité territoriales. D’un autre côté, loin de restaurer la carte postale du « Paris aux cent villages » exalté par le film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet, il faudra innover et expérimenter pour donner à voir aux Parisiens ce que pourrait être une vie locale en métropole. En commençant par prendre acte que Paris n’appartient pas qu’aux Parisiens, mais aussi à tous ceux qui y travaillent, y consomment, s’y promènent – en somme, à tous ceux qui le font vivre.

Penser l’avenir et le rôle de Paris au cœur d’un système métropolitain en pleine mutation : voilà une question qui pourrait donner une tout autre envergure au débat électoral en cours.

Daniel Behar et Aurélien Delpirou sont géographes et enseignants-chercheurs à l’Ecole d’urbanisme de Paris (université Paris-Est). Ils ont dirigé l’Atlas du Grand Paris, à paraître le 26 février aux éditions Autrement.

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