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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Dans Rolling Stone "Bruce Springsteen : American Trilogy"

Bruce Springsteen : American Trilogy

 
Bruce Springsteen, en plein road trip américain sur son album "Western Stars"

Photographie de Danny Clinch

Avec la version filmée de son album Western Stars, Bruce Springsteen clôt sa trilogie personnelle lancée en 2016 avec son autobiographie suivie de son spectacle à Broadway

« Je pense que j’en ai fini de raconter ma vie, après mon livre, le show à Broadway et maintenant ce film », s’amuse Bruce Springsteen en marge de la conférence de presse donnée à Londres le 12 octobre dernier, lors de la présentation du film tiré de son dernier album, Western Stars. « Place aux choses concrètes maintenant, reprend-il, j’enregistre le mois prochain un nouvel album avec le E StreetBand. » Ça, c’est dit. Après la projection devant la presse européenne, Bruce se rend dans l’arrière salle, où il salue chaleureusement tous ceux qui se sont déplacés pour assister à cette avant-première. Toujours à l’aise, charismatique en diable, il répond avec cet art consommé de vous accorder une attention sans faille. Aujourd’hui, le topo porte uniquement sur le film. L’heure est donc au cinéma et, après avoir renoué avec les cimes des charts mondiaux, il a dû faire face à la difficulté de mettre sur pied une tournée impliquant plus de trente musiciens. La solution ? Le concert filmé. Chez lui, dans son ranch du New Jersey.

« Plus vous vieillissez, plus le poids de votre bagage est lourd. »

Deux jour de tournage dans sa grange située au-dessus de ses écuries, une setlist reprenant l’intégralité de son dernier album dans l’ordre, auquel on a ajouté un morceau bonus et des images, des monologues, des films familiaux, de vacances ou de sa lune de miel avec Patti Scialfa. Au total, une heure et vingt-trois minutes pour solder, comme il le dit lui-même, sa trilogie autobiographique. Car c’est après le succès de son livre Born to Run, dévoilé en 2015, et du carton de son show à Broadway l’an dernier, que l’idée du film a surgi : « L’écriture de ce livre a été le déclencheur de tout cela, le premier volet en quelque sorte de cette plongée dans mon passé, commente le Boss lors de la conférence de presse. Puis ça a lancé l’idée du spectacle dans un théâtre. Je pense que ce film en est quelque part la conséquence. » Si l’homme a fêté ses 70 ans en septembre dernier, le lien avec ces regards appuyés dans le rétroviseur n’est pas bien difficile à établir : « Ces cinq dernières années, je me suis senti inspiré et créatif. J’ai fait des choses que je n’avais jamais faites auparavant. »

Sur grand écran, son visage apparaît, taillé dans le roc. Paysages américains, chevaux sauvages, montagnes et longues routes rectilignes. Vêtu de noir, Stetson sur la tête, Springsteen se promène au milieu des cactus. Au volant d’une Chevy El Camino, il traverse le décor vallonné du désert de Mojave : d’emblée, il rappelle sa passion pour les moteurs, voitures et motos confondues : « Je suis toujours entrain d’écrire sur les voitures », dit-il dès le début du film. La route, ses départs, ses destinations, sont au centre de Western Stars et, avec elle, la notion de liberté qu’elle implique, une image cruciale pour Springsteen depuis ses tout débuts. « Les bagnoles ont toujours été une métaphore puissante pour moi. Il y a quarante ans, elles représentaient la liberté. Aujourd’hui, nettement moins. Une métaphore du mouvement au mieux. » C’est avec cette mise en condition que débute cet atypique documentaire doublé d’un concert, assorti d’une confession poétique, et des textes en voix off. Les interludes parlés suscitent la réflexion. Ici, en nous invitant chez lui, il nous laisse aussi pénétrer au plus profond de sa psyché : « Plus vous vieillissez, plus le poids de votre bagage est lourd. »

Le show en lui-même est un tour de force et si au départ il ne s’agissait que de filmer un concert, l’idée a surgi d’y ajouter une voix off au lieu de commentaires de fans et des musiciens, « des interviews où les gens racontent à quel point il est formidable de travailler avec moi et quel plaisir et honneur cela a été », rigole-t-il. Alors il s’est posé, a saisi son bloc-note et « devant la télé, en quelques heures » avait écrit le scénario et les textes de la voix off. Le film est donc construit sur des interrogations et quelques réponses, voire affirmations. « C’est en quelque sorte l’achèvement de cette trilogie entamée avec mon livre, des thèmes philosophiques sur lesquels j’ai travaillé toute ma vie, depuis que je suis gamin, analyse Springsteen devant le public de professionnels captivés. Faire le film m’a permis de raconter une histoire que je n’avais pas racontée directement auparavant, enfin, d’une manière que je ne l’ai jamais racontée. » L’une des questions centrales posées reste de savoir à quoi cela peut ressembler d’être le Boss, pas l’homme, mais l’icône. Pour beaucoup, il est un héros national depuis presque un demi-siècle. Dans le film, il vit entouré de chevaux, manière de patriarche contrôlant son domaine, un peu vieux cow-boy usé aussi. Et ce qui est aussi célébré ici, c’est l’histoire d’amour qu’il vit avec Patti Scialfa depuis plus de 30 ans, qu’il raconte de manière allégorique avec le somptueux final « Moonlight Motel ».

Co-réalisé par Springsteen et Thom Zimny — qui ont déjà travaillé ensemble sur le documentaire The Promise et réalisé Springsteen on Broadway —, ce long-métrage émouvant souligne à quel point le Boss reste encore l’un plus grands chroniqueurs de l’ère rock, et sans chercher à déconstruire les mythes de son plus grand personnage — lui-même — il s’applique non pas à conforter son image de légende du rock, mais de la mettre en perspective avec son propre vécu.

Plus qu’une confession, on peut y lire une recontextualisation de sa carrière. Pour l’artiste dont l’hymne s’intitule « Born to Run », il est très intriguant de le voir affirmer « Vous courez jusqu’à ce que vous ayez laissé tout ce que vous avez aimé et qui vous aime. J’ai beaucoup couru comme ça. » Ici, il poursuit son introspection, celle lancée avec son autobiographie. Mais mise en image cette fois-ci. Et à le voir jouer tout son remarquable dernier opus, ainsi qu’une reprise en clin d’œil plus que légitime, le jubilatoire « Rhinestone Cowboy » de Glen Campbell, on se dit qu’il offre à ses inconditionnels un grand moment de partage. Bref, du Bruce en somme…

Belkacem Bahlouli

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