Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

La formidable série du Monde sur Alain Delon / L'insoumis

Dans « L’Insoumis », Alain Delon en animal blessé de la guerre d’Algérie

Par Samuel Blumenfeld

Récit
Réservé à nos abonnés
Publié le 24 Juillet 2018
 

Delon en six films-cultes (3/6). Dans ce long-métrage méconnu d’Alain Cavalier, l’acteur porte la violence du conflit colonial. Un rôle qui renvoie de façon troublante à sa biographie.

 

En 1964, Alain Delon a beau se trouver au début de sa carrière d’acteur, il a d’emblée placé celle-ci à très haute altitude, entre films d’auteur et cinéma populaire. Il a tourné Plein soleil, de René Clément,Rocco et ses frères et Le Guépard de Luchino Visconti, L’Eclipse, de Michelangelo Antonioni.Mélodie en sous-sol, d’Henri Verneuil est un immense succès public, avec en prime la rencontre déterminante avec Jean Gabin. La filmographie est si dense que le patron de la Cinémathèque française, Henri Langlois, décide de consacrer une rétrospective à cet acteur qui n’a pas 30 ans, mais qui a déjà seize films à son actif.

Et maintenant ? Une seule certitude. Il entend diriger avec encore plus d’acuité le cours de sa carrière. L’acteur devient producteur et commence déjà à parler de lui à la troisième personne. « Il existe une marchandise Delon, explique-t-il, et je me suis dit : “Pourquoi moi, Delon, je ne l’exploiterais pas, cette marchandise ?” » Il entreprend pour cela, en compagnie de son imprésario, Georges Beaume, de créer sa maison de production, baptisée Delbeau, soit la première syllabe des deux noms de famille des fondateurs. Courtisé par Hollywood, s’apprêtant à lancer sa carrière américaine, Delon hérite de l’argent de la prestigieuse Metro-Goldwyn-Mayer qu’il va gérer, à sa guise.

Mais cet acteur ne fait décidément rien comme les autres. Delon accepte, fait nouveau pour lui, la proposition d’un réalisateur de sa génération, Alain Cavalier, 33 ans, et accepte de jouer et de produire son nouveau film, L’Insoumis. Cavalier se trouve au tout début d’une longue et prestigieuse carrière, où il va s’imposer comme l’une des voix les plus singulières du cinéma français – La Chamade(1968) ; Un étrange voyage (1980) ; Thérèse (1986) ;Le Filmeur (2005) ; Pater (2011). Quand il rencontre Delon, le réalisateur n’a qu’un film à son actif, Le Combat dans l’île, tourné deux ans plus tôt, en 1962.

Un film idéal pour lui

Delon pressent néanmoins que ce nouveau projet, qui prend pour toile de fond la guerre d’Algérie – très vivace dans les esprits –, est un film idéal pour lui. Le scénario est écrit par Cavalier avec le journaliste et romancier Jean Cau, ancien secrétaire de Sartre, grand reporter et essayiste, Prix Goncourt en 1961, bref en vogue, et qui n’a pas encore basculé de la gauche vers la droite.

Cavalier et Delon se rencontrent sur le plateau duCombat dans l’île. L’acteur rend visite à sa compagne, Romy Schneider. L’apparition de la vedette de Rocco enchante l’équipe du film, par son charisme, sa beauté et sa faconde. Son inscription, si jeune, si vite, dans l’histoire du cinéma, fascine. Encore un peu, il aurait presque éclipsé Romy Schneider, qui hérite ici d’un de ses premiers vrais rôles au cinéma, celui d’une femme tiraillée entre son époux, un fils de bourgeois membre d’un groupe d’extrême droite, et l’ami de ce dernier, hostile à cette violence.

Le réalisateur opte pour le poison

Le film fait de nombreuses allusions à l’OAS et à la guerre d’Algérie qui n’échappent à personne. Pas plus qu’il n’échappe pas à de nombreux spectateurs que la Romy Schneider de Cavalier n’a plus rien à voir avec celle qui a incarné l’impératrice Sissi d’Autriche dans trois films à succès – au point que certains réclament le remboursement de leur ticket à l’issue de la séance.

Ce soldat d’occasion, pour qui la lutte pour l’Algérie française n’a plus de sens, trouve 
des résonances intimes chez l’acteur

Après Le Combat dans l’île, Alain Cavalier tient, avecL’Insoumis, à poursuivre son exploration de la guerre d’Algérie. C’est pour lui une histoire personnelle. Adolescent, il vit trois ans en Tunisie, où son père est un fonctionnaire du temps du protectorat. Rentré en France, et alors qu’il a terminé son service militaire, Alain Cavalier est rappelé pour combattre en Algérie. Une perspective insupportable pour cet opposant aux guerres coloniales. Se faire passer pour un déséquilibré afin de se faire réformer n’est pas une option – il n’a pas le talent nécessaire pour simuler la folie. Le futur réalisateur opte alors pour le poison lent d’une bouteille de cognac, avalée à jeun, juste avant de passer devant le conseil médical. Celui-ci ne pourra que constater les dommages inévitables causés à son estomac, perforé, nécessitant d’être recousu.

Alain Cavalier échappe à la conscription mais pas à l’ulcère. Il endure des souffrances insupportables dès qu’il commence à tourner L’Insoumis. La nuit, il ne dort pas. Il souffre. Sa force vitale, sa lucidité et sa présence au tournage s’en trouvent écornées, sans que personne autour de lui, à commencer par Delon, ne sache, ou ne mesure, le combat silencieux d’un réalisateur prêt à s’effondrer. Une lutte qui fait écho à celle du personnage incarné par Delon, malade comme un chien, qui va mourir pour avoir fait la guerre d’Algérie.

La censure gaulliste veille

Au-delà des deux films de Cavalier sur le sujet, le cinéma français, contrairement à une idée reçue, aborde avec persistance, et un évident courage, tant la censure gaulliste veille, la question de la guerre d’Algérie : parmi tant d’autres, citons Le Petit Soldat, de Jean-Luc Godard (réalisé en 1960, sorti en 1963) ; Adieu Philippine (1962), de Jacques Rozier ; La Belle vie (1963), de Robert Enrico ; Muriel ou le temps d’un retour (1964), d’Alain Resnais. La différence entre L’Insoumis et les films qui le précèdent réside, entre autres, dans la présence de la star Delon. La lutte anticoloniale ne trouve pas avec lui un porte-parole. En revanche, elle récupère un acteur inoubliable dans un film qui ne l’est pas moins.

« J’ai fait L’Insoumis, expliquait Alain Cavalier, parce que je voulais tourner un film avec Delon. J’ai parlé avec lui, il m’a raconté sa vie, cette période très incertaine qu’il a passée en Indochine pendant trois ans »

Delon interprète un jeune Luxembourgeois engagé dans la Légion étrangère pour combattre les « rebelles ». Devenu membre de l’OAS, il se trouve à la fois traqué pour avoir trahi ses amis (en refusant, en 1961, d’exécuter une avocate, dont il va tomber amoureux, venue à Alger plaider en faveur de deux Algériens), et poursuivi par la justice française pour désertion après le putsch manqué d’Alger.

Delon saisit évidemment les enjeux d’un film qui, deux ans après la signature des accords d’Evian en 1962, un an après le retour des pieds-noirs en France, s’aventure sur un sujet brûlant. Il aime ce rôle aussi parce qu’il affectionne au plus haut point les personnages ambigus, déchirés entre plusieurs vérités. Enfin l’acteur de Visconti comprend que ce film, écrit pour lui, deviendra un film sur lui. « J’ai fait L’Insoumis, expliquait Alain Cavalier, parce que je voulais tourner un film avec Delon. J’ai parlé avec lui, il m’a raconté sa vie, et le plus intéressant pour moi était cette période très incertaine qu’il a passée en Indochine pendant trois ans. Petit à petit, je me suis dit que le meilleur moyen d’approcher le comédien serait de profiter des circonstances mêmes de sa vie pour écrire une histoire qui tienne debout. »

Et c’est vrai que le personnage de Thomas Vlassenroot, l’insoumis, c’est Delon. Ce soldat d’occasion, pour qui la lutte pour l’Algérie française n’a plus de sens, trouve des résonances intimes chez l’acteur. Ce conflit le renvoie à la guerre coloniale livrée en Indochine. Engagé volontaire à 17 ans, Delon rejoint en 1953 la marine pour fuir l’ambiance familiale, la charcuterie où il était apprenti, et la banlieue parisienne exécrée. Le tout jeune homme veut s’engager dans l’aviation, mais il faut patienter six mois. La marine lui permet de partir tout de suite. Et il ne pouvait plus attendre. Mais sans doute aussi découvre-il en Indochine l’absurdité de la présence coloniale en Asie, ou ailleurs.

Mélancolie sourde

En fait, le sort réservé aux soldats perdus de la colonisation, Delon en a si peu parlé ! A l’exception d’un épisode, sur lequel Cavalier s’est d’évidence appuyé pour saisir la mélancolie sourde du protagoniste de L’Insoumis. En revenant d’Indochine, un avion dépose le soldat Delon sur la base de Villacoublay. Il suit l’un de ses camarades de régiment jusqu’à la place d’Italie, à Paris, où l’attend sa femme. Le couple s’enlace pour ses retrouvailles. En s’embrassant, il oublie la présence de Delon, puis le laisse seul dans la rue. Il s’en va avec juste un peu d’argent rapporté d’Indochine.

Delon porte la violence de ceux qui ont combattu dans une guerre infâme, trahi par son pays qui a brutalement tourné la page d’un combat douteux. De ce retour, Delon racontera : « J’étais un peu atteint. Un animal sauvage qui ne savait pas qui il était, ce qu’il allait retrouver, mais savait seulement d’où il revenait. Je n’avais pas eu peur de la mort, par inconscience peut-être, mais plutôt peur de la souffrance physique, de la maladie, de l’amputation. J’aurais préféré mourir que de revenir estropié, physiquement ou moralement. »

Les gestes de Delon racontent, aussi bien que ses rares paroles, son passage sous les drapeaux. Il se révèle magnifique quand il démonte et remonte un pistolet, avec une précision horlogère

Delon considère à l’époque L’Insoumis comme son plus beau rôle, au point de ne jamais chercher à discuter avec Cavalier sur les aspects fondamentaux du personnage. Il accepte de se couper les cheveux, très court, et de porter la même chemise et le même pantalon durant tout le film, sans les faire passer au lavage. Cette idée romantique d’un bourreau tombant amoureux de sa victime, au point de la sauver, l’idée encore d’un homme tenant seulement à retrouver sa maison, sa mère et sa petite fille, ne peut que séduire Delon.L’Insoumis n’est pas tant une œuvre politique qu’un film où la politique bouleverse le destin des individus. Delon devient un homme malmené par l’Histoire, cherchant à reprendre le cours de son existence. Un personnage tragique dont l’acteur saisit le potentiel dramatique.

Dans L’Insoumis, les gestes de Delon racontent, aussi bien que ses rares paroles, son passage sous les drapeaux. Il se révèle magnifique quand il démonte et remonte un pistolet, au milieu d’une conversation. Alors qu’on voit chez tant d’autres acteurs effectuant la même opération qu’ils ne comprennent rien à leurs gestes, Delon se révèle d’une précision horlogère. On croirait une sculpture en mouvement. C’est d’ailleurs ainsi que le filme le directeur de la photo de L’Insoumis, Claude Renoir, neveu de Jean Renoir, qui a travaillé sur la plupart des films de son oncle avant guerre, dont La Grande Illusion, le film préféré de Delon. Renoir comprend que, s’il éclaire l’acteur trop de face, son corps est mis en valeur, mais que son visage devient fade. Renoir et Cavalier essaient toujours de mettre une partie du visage dans l’ombre, pour le sculpter.

Il s’agit du seul ajustement habile et nécessaire pour parfaire l’équation Delon, tant l’acteur sait habiter le cadre, témoigne d’une intuition phénoménale de la caméra, devine quand il faut se mettre de dos, remplit l’espace avec intelligence.« Son déplacement dans le cadre, expliquait Alain Cavalier, était animal… et contrôlé. Il savait parfaitement la taille du plan, quand il sortait du champ, quand il y revenait, comment il s’inscrivait dans la profondeur. Il prenait possession de l’espace comme un animal qui chasse, qui attend ou qui aime. C’était d’autant plus fort que son personnage était traqué et toujours aux aguets. A tel point que j’avais l’impression de cadrer non pas une bête de scène, mais un vrai animal, avec ce corps parfaitement proportionné et sa constante justesse, digne de celle du cheval, qui ne peut être faux. »

Ce qui surprend, avec L’Insoumis, c’est la nature de la charge érotique dégagée par Delon. Là où Clément et Visconti, plus tard Jean-Pierre Melville dans Le Samouraï (1967), filment Delon en femme, Alain Cavalier le regarde comme un homme. La fragilité du personnage, touché par une balle tirée par l’un de ses anciens complices, incapable de se soigner correctement alors qu’il quitte l’Algérie pour retrouver en France l’avocate dont il a sauvé la vie, y est pour beaucoup. L’image d’un Delon soignant sa blessure dans les toilettes d’un train, explorant minutieusement la plaie, restitue un acteur vivant, concret, réel, loin de toute image en papier glacé. Il devient un intense objet de désir.

Delon s’approprie le film pour le façonner à son image

Filmer Delon en action est, pour Cavalier, chose facile : l’acteur entre, il s’assoit, il mange et, très rapidement, traînant une blessure par balle, se meurt. Plus difficile est ce que le réalisateur cherche vraiment : non pas filmer Delon en déserteur de la guerre d’Algérie mais dresser un portrait de l’acteur. Et là, entre les deux, ce fut parfois facile, parfois douloureux. Un vrai combat de coqs. Un jour, devant tout le monde, Delon se met à hurler contre Cavalier. Par arrogance, liée à son statut de vedette, son rôle de producteur, son ego, son tempérament aussi, qui le rend un jour simple à diriger, et le lendemain plus difficile, le fait également qu’il commence à avoir des idées sur la mise en scène qu’il entend imposer à ce réalisateur naissant. « Mais pourquoi tu me regardes comme ça ? », demande Delon agacé. Cavalier rétorque :« Parce que je suis payé pour ça ! » Pétrifié par la repartie, Delon se tait. Ce qui le dérange, ce n’est pas tant que le metteur en scène l’observe, c’est ce qu’il pourrait déceler chez lui.

L’Insoumis baigne dans un univers que l’on identifiera plus facilement par la suite comme appartenant à Delon, Ce dernier s’approprie le film pour le façonner à son image. A un moment, il s’approche d’une cage avec des oiseaux et lance à l’avocate incarnée par Lea Massari « Si l’on m’avait attrapé, je serais le tueur aux oiseaux. » Impossible de ne pas songer au tueur à gages mutique qu’il incarnera trois ans plus tard dans Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville, couvant des yeux son bouvreuil à l’intérieur de sa cage. Et quand, à la fin de L’Insoumis, Delon retourne chez sa mère, au milieu de la nature, parmi les chevaux – une image qui rend hommage au dénouement de Quand la ville dort, de John Huston, où le truand incarné par Sterling Hayden, élevé parmi les chevaux, ressent le besoin de mourir au milieu d’eux –, on pense à l’homme Delon qui, dans la vraie vie, a besoin de rentrer chez lui, en Sologne, où il élève des chevaux.

Alain Delon dans « L’Insoumis ».

Alain Delon dans « L’Insoumis ». CIPRA / PROD DB

Avec son tout premier cachet d’acteur, 400 000 francs anciens, tout l’or du monde pour celui qui, à 23 ans, était garçon de café et déchargeait des camions aux Halles, Delon achète un cheval, qui coûte alors moins cher qu’une voiture. Plus tard, il montera une écurie de chevaux de course. Et quand il devient collectionneur d’art, Delon accumule avec passion les toiles de Géricault, un peintre qui saisit merveilleusement la « plus noble conquête de l’homme », par exemple dans son Derby d’Epsom (1821), et qui meurt à 33 ans d’une chute de cheval – l’acteur trouvait des ressemblances entre son destin et celui du peintre.

L’Insoumis n’est pas encore dans les salles qu’Alain Delon vogue, en août 1964, en compagnie de sa femme, Nathalie Delon, enceinte, vers d’autres cieux. Aux Etats-Unis, où une carrière américaine l’attend. Lorsqu’il débarque à Hollywood, c’est avec une copie du film d’Alain Cavalier sous le bras. Il entend le montrer aux producteurs américains et à d’autres comédiens. Il ne s’agit pas de prouver son talent – c’est fait – mais de signifier son goût du secret, sa difficulté à dire qui il est pour laisserL’Insoumis l’exprimer à sa place.

Demi-échec de sa carrière américaine

Dès sa sortie, le 25 septembre 1964, L’Insoumis se retrouve sous les feux de la censure gaulliste. Au début du film, on entend crier : « Algérie française ! » Le ministère de l’information ordonne à Alain Cavalier de baisser le son afin de taire ce slogan. Puis c’est Mireille Glaymann, l’avocate enlevée en 1962 à Alger par un commando de l’OAS, et dont s’inspire le film pour le personnage incarné par Lea Massari, qui estime que le film porte atteinte tant à sa vie privée qu’à sa vie professionnelle. L’avocate vise surtout le moment où son personnage tombe amoureux de son ancien geôlier. Mireille Glaymann obtient l’interdiction deL’Insoumis, qui ressortira amputé d’une vingtaine de minutes.

Le film est un échec public. Pour Delon aussi. Son premier. L’acteur en sort blessé 
Ce film dont il est si proche, qui dit tant de lui, presque personne n’en veut

Avec 700 000 entrées en France, le film est un lourd échec public. Pour Delon aussi. Son premier. L’acteur en sort blessé, le producteur qu’il est devenu aussi, en raison de l’argent investi et perdu. Ce film dont il est si proche, qui dit tant de lui, presque personne n’en veut. Des années plus tard, Alain Delon aperçoit Robert Castel à la générale d’un concert de Georges Brassens, à Bobino. Castel incarne dans le film le complice de Delon, un tueur de l’OAS qui inflige une blessure mortelle à son compagnon. « Alain m’aperçoit et hurle :« Amerio ! » C’était le nom de mon personnage », raconte Castel. Comme si Delon ne voulait pas s’extraire d’une aventure qui l’a si profondément marqué.

La carrière américaine de Delon sera un demi-échec. Trois films. Un polar, Les Tueurs de San Francisco (1965) de Ralph Nelson. Un western,Texas nous voilà (1966) de Michael Gordon. Et un film sur la guerre d’Algérie, un autre, Les Centurions(1966) de Mark Robson. Dans une Espagne franquiste que ce réalisateur tente péniblement de faire passer pour les montagnes d’Algérie, alors que la guerre du Vietnam commence à occuper les esprits, Delon incarne un ancien d’Indochine devenu le soldat d’une autre guerre coloniale dont il perçoit la forfaiture et l’injustice. L’acteur, on le sait, a de la suite dans les idées et des obsessions. Comme si, de cette guerre d’Algérie, Delon ne voulait renoncer à devenir le visage.

Robert Castel a été interviewé en juin. Les citations d’Alain Delon proviennent du livre Alain Delon,d’Henri Rode (éditions Pac, 1982) et de l’article « L’Enigme Delon », de Pierre Billard, publié dans Le Point du 1 février 1997. Les propos d’Alain Cavalier sont extraits d’entretiens aux Lettres françaises(30 septembre 1964), au Monde (27 septembre 1964) et à Télérama (24 septembre 2015).

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article