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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Grand Paris, interview de Hugo Bevort, directeur des statehgies territoriales au CGET

H. Bevort : « Une nouvelle réforme mal comprise risquerait de déstructurer le jeu collectif »

Dans son rapport sur la cohésion des territoires remis en juillet 2018, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) pointe les paradoxes du développement de l’Ile-de-France et, plus spécifiquement, au sein du Grand Paris. Hugo Bevort, directeur des stratégies territoriales au CGET, présente les grands enseignements de ce rapport sur la région capitale et les enjeux d’une éventuelle réforme institutionnelle.

Le rapport de juillet sur la cohésion des territoires dresse un portrait contrasté de l’Ile-de-France, à la fois marquée par une croissance soutenue mais dont les performances économiques sont en deçà de son potentiel. Comment analysez-vous ce paradoxe ?

Ce rapport rappelle que l’Ile-de-France se maintient dans le premier cercle des métropoles mondiales, infirmant les discours récurrents sur son déclassement. Et en effet, l’Ile-de-France n’a jamais concentré autant de richesses et d’emplois, et en même temps la région capitale n’a jamais autant divergé du reste de la France. A la suite des crises financières et économiques de 2008, puis de 2011, l’Ile-de-France a certes plongé plus vite, mais a retrouvé puis dépassé rapidement ses niveaux de croissance d’avant la crise. Elle n’a cessé depuis de creuser l’écart avec toutes les autres régions françaises. Le Grand Paris se caractérise par une sous-exploitation des ressources qu’offre le milieu métropolitain. Ainsi, la croissance économique y crée peu d’emplois, deux fois moins que dans le Grand Lyon ou le Grand Londres à croissance égale du PIB. Ce qui renforce l’effet d’éviction.

Quelles en sont les conséquences ?

Il en ressort une déformation extrêmement forte de la société francilienne notamment, car la croissance dans le Grand Paris a été essentiellement portée par les emplois les plus qualifiés et les mieux rémunérés. La représentation de cette société prend la forme d’un sablier : un haut fort, puissant, qui croît avec des emplois très qualifiés ; un bas identique, mais avec des emplois peu qualifiés ; et un pincement au milieu avec une classe moyenne qui ne s’y retrouve pas. Il n’y a jamais eu autant de riches ni autant de pauvres dans le Grand Paris. S’il existe des contrastes à l’intérieur de la France et aussi de l’Ile-de-France, leur ampleur est beaucoup plus marquée à l’intérieur du Grand Paris.

Hugo Bevort

« La question est de déterminer ce qui est urgent pour le Grand Paris, comment on aide les acteurs du Grand Paris à mieux activer les ressources qui sont présentes », estime Hugo Bevort. © Service communication du CGET

Comment cela se traduit-il concrètement ?

La classe moyenne supérieure est évincée du Grand Paris, cela engendre une polarisation sociale qui devient géographique avec des contrastes très puissants. Pour la première fois de son histoire et alors que tous les indicateurs vont bien, Paris est incroyablement peu attractive, avec un solde migratoire déficitaire dès l’âge de 35 ans et de 25 ans si on ne compte pas les étrangers : cela signifie qu’au deuxième enfant les gens veulent partir. Le départ des classes moyennes et des personnes d’âge moyen engendre un vieillissement de la population, en contradiction avec le profil classique des métropoles. Le niveau des prix de l’immobilier, à l’achat comme à la location, est devenu le symptôme de cette nouvelle crise urbaine. On ne peut pas maintenir un tel décalage entre la vigueur du dynamisme économique et la faiblesse de l’attractivité résidentielle. Ce phénomène, qui n’a jamais atteint autant de telles proportions, n’est pas durable.

L’organisation institutionnelle mise en place en 2016 avec la création de la métropole du Grand Paris et l’éventuelle évolution qu’Emmanuel Macron doit présenter en octobre peuvent-elles inverser cette tendance ?

La situation que nous décrivons dans le rapport, marquée par cette déformation de la société grandparisienne, a prospéré sous l’organisation précédente. L’un des enjeux de la réforme institutionnelle avec la création de la métropole du Grand Paris en 2016 était de se doter d’institutions capables de régler ces contradictions. Mais, seulement deux ans après, cette transformation sociale si puissante n’a pas pu être régulée. En revanche, la vraie bonne nouvelle est le triomphe du Grand Paris. Tout le monde a compris que le développement de Paris passait par le Grand Paris et que celui du Grand Paris ne se faisait pas en affaiblissant la Capitale. Le discours sur le Grand Paris a favorisé cette nouvelle relation entre les acteurs locaux, qui ont accepté de partager le fait qu’il fallait créer une relation vertueuse, dynamique, positive entre Paris et la banlieue. Reste à savoir si les politiques publiques sont à la hauteur de ce changement d’état d’esprit.

Les contraintes financières sont-elles un frein ?

La contrainte financière est effectivement forte. La métropole doit avoir les moyens de conduire des politiques publiques mutualisées. Sans ressources, la métropole ne peut pas répondre aux enjeux qui se présentent à elle. Les difficultés auxquelles le Grand Paris est confronté appellent une force de frappe beaucoup plus grande via des mutualisations efficaces, mais surtout via une solidarité de projet. Les problèmes de la ségrégation sociale, de la pollution, des mobilités, ne trouvent pas à ce jour de réponse à l’échelle métropolitaine. La juxtaposition de décisions toutes positives individuellement ne répond pas aux enjeux métropolitains.

Que peut apporter la mission Castro à laquelle le CGET a contribué ?

En effet, Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, a souhaité que le CGET accompagne et nourrisse la mission qu’Emmanuel Macron a confiée à Roland Castro. Roland Castro traite précisément le même défi : comment faire une métropole quand la moitié de la population rêve de partir ? Mais son ambition est d’y répondre par un nouveau modèle d’urbanité. Son mérite, c’est notamment sa capacité à croiser des analyses urbaine, historique et politique. Mais aussi d’avoir écouté des acteurs plus jeunes à l’instar de Julien Beller, le fondateur et président de l’association 6B.

Pourquoi l’Etat doit-il s’impliquer dans l’organisation locale francilienne ?

L’État a son mot à dire dans l’organisation institutionnelle du Grand Paris parce que la région capitale a une responsabilité vis-à-vis de la France. Il ne faut jamais perdre de vue que les enjeux du Grand Paris dépassent le territoire francilien et sont aussi ceux de la France. En effet, les transformations du Grand Paris interrogent l’organisation de l’ensemble du pays. Si la nécessité de développer les richesses du Grand Paris est acquise car elles tirent tout le pays, la définition des politiques publiques qui garantissent au Grand Paris un effet d’entraînement sur tout le pays reste encore à réaliser. Le ruissellement ne coule pas de source, il doit se construire.

De quelle marge de manœuvre dispose l’Etat ?

Le fait métropolitain est désormais reconnu, c’est un acquis, mais tout le monde a le sentiment que le dispositif est resté au milieu du gué. Il y a clairement un besoin d’aller au bout d’une réforme. La question est de déterminer ce qui est urgent pour le Grand Paris, comment on aide les acteurs du Grand Paris – habitants, élus, entrepreneurs – à mieux activer les ressources qui sont présentes ; de déterminer comment les institutions peuvent favoriser le règlement des contradictions liées au développement métropolitain. Une nouvelle réforme institutionnelle peut être nécessaire, mais elle a un coût énorme, notamment en temps. Mal comprise, elle pourrait contribuer à davantage déstructurer le jeu collectif en train de se constituer.

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