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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Dans Le Monde: Pour Macron, Castro dessine le Grand Paris en « poète urbain » #GrandParis

Pour Macron, Castro dessine le Grand Paris en « poète urbain » 

 

Grégoire Allix

 

Le rapport présenté, mardi, par l’architecte de Banlieues 89, veut redonner du sens à la métropole

 

Dans le bureau parisien de Roland Castro, deux coussins habillent un canapé rouge : l’un affiche le visage de Che Guevara, l’autre celui d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a confié à l’architecte de 77 ans la rédaction d’un rapport sur l’avenir du Grand Paris, qui devait être rendu public mardi 25 septembre. Le héros de la révolution cubaine a sans doute nourri ce travail d’une forme d’idéalisme qui confine parfois à la naïveté. « Si je suis naïf, c’est volontaire : être rêveur et baladeur, c’est le minimum syndical pour penser la ville correctement », assume Roland Castro, qui revendique avoir accompli « un travail de poète urbain ».

 

Dans cette synthèse de 91 pages, augmentée des contributions de vingt-sept élus, architectes, artistes ou promoteurs, Roland Castro, intellectuel longtemps proche du Parti communiste, déconstruit avec mordant la succession de catastrophes qui ont produit le Grand Paris actuel – des grands ensembles enfantés par le mouvement moderne aux effets pervers des marchés publics et de la commande privée. Avec un constat alarmiste : la moitié des habitants de la métropole rêvent de la quitter. Mais loin de la disruption macronienne, les propositions de l’architecte et urbaniste ne surprendront guère ceux qui le suivent depuis près de quarante ans.

 

On y retrouve ses obsessions de toujours, comme l’installation de ministères en banlieue – les affaires étrangères du côté de Roissy (Val-d’Oise), l’intérieur à Bobigny (Seine-Saint-Denis), la culture à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne)… Mais aussi la transformation de l’autoroute A86, rocade de la petite couronne, en nouveau centre de la métropole, sous forme d’avenues accueillant piétons et cyclistes, avec « des voies rapides, des contre-allées dans les arbres, des jardins devant les bâtiments ». Ou la mutation des zones industrielles – le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le marché de Rungis (Val-de-Marne) – et commerciales en quartiers mixtes, incluant des logements.

 

Assouplir les règles

 

Pas un mot en revanche sur les innovations numériques et l’économie du partage qui bouleversent la fabrique urbaine, et le thème de la smart city n’est évoqué que pour s’en méfier. Pour faire de ce « Paris en grand » une « ville-monde-jardin » et résoudre de concert le défi climatique et l’urgence sociale, l’architecte a un credo : l’embellissement. « Le beau est productif de valeur », écrit-il, quand « beaucoup de lieux nous parlent avec désespoir, rage, haine » ou « mépris ».Et une méthode : « Libérer les énergies, casser les hiérarchies, décloisonner, dézoner, décorporatiser. »

 

Pour réparer ce territoire illisible, haché, morcelé, Roland Castro en appelle à la géographie : fleuve, rivières, lacs, plateaux, vallées, forêts, corniches, belvédères, anciens forts… « Tous les kilomètres carrés proposent un lieu magique possible. Le caractère spécifique de chaque ville-monde vient en partie de sa géographie »,écrit-il. La mise en valeur de cette « armature naturelle », complétée par la domestication des autoroutes et du périphérique en boulevards urbains, doit former le « squelette » du Grand Paris.

 

Reste à soigner les muscles. Quand le Grand Paris continue de programmer des pôles spécialisés comme la « Silicon Valley à la française » sur le plateau de Saclay, M. Castro dénonce une pensée « déshumanisante et asséchante », qui produit « un monstre urbain ». L’urbaniste veut en finir enfin avec le zonage qui isole quartiers résidentiels, centres commerciaux, ensembles de bureaux et parcs récréatifs, construire du logement partout et encourager la transformation de tous les rez-de-chaussée en commerces, en échoppes d’artisans, en bistrots qui animeront les quartiers. Dans les cités difficiles, l’architecte, père fondateur de la rénovation urbaine, préconise de remplacer les démolitions-reconstructions, menées jusqu’ici pour le bonheur des groupes de BTP plus que pour celui des habitants, par une stratégie de remodelage plus fin, plus contextuel et moins coûteux. Il propose aussi de mobiliser massivement l’investissement privé pour transformer en profondeur ces quartiers, y créer de la densité et de l’intensité, les embellir et convaincre enfin les classes moyennes de s’y installer.

 

Comment passer de l’incantation à l’action ? A l’Etat, il revient de lever les blocages, de favoriser « l’intelligence plutôt que l’interdit » en assouplissant les règles « hygiénistes » qui proscrivent de construire en zone inondable, exposée au bruit ou près d’une autoroute, de modifier les rez-de-chaussée, d’ouvrir un café non loin d’un collège. Aux maires, il propose de s’organiser en « chapelets de communes » liées par un intérêt ou un projet commun, sans souci de découpage administratif ou de débat sur la gouvernance. Aux citoyens, enfin, il suggère de multiplier les initiatives collectives, les lieux participatifs, les jardins partagés.

 

Pour accompagner ces mutations, M. Castro aimerait voir émerger une nouvelle figure, celle du « scénariste urbain », chargé, auprès des élus, d’esquisser une histoire de la ville qui s’impose aux aménageurs et aux promoteurs, avant de commencer à compter des mètres carrés. Nul doute que l’architecte de Banlieues 89 se voit, auprès du président de la République, comme le premier de ces scénaristes.

 

M. Macron a fait appel à Roland Castro pour redonner du sens à la construction du Grand Paris, égarée dans les polémiques sur le futur métro et les querelles de pouvoir, et préparer son arbitrage, sans cesse repoussé, sur la gouvernance de la métropole. Pas sûr, toutefois, que des propositions de l’architecte, qui visent à « recréer de l’enracinement dans les 3 001 villages de Paris en grand, en travaillant sur la proximité, les échoppes, les guinguettes », se dégage la vision du « nouveau modèle de métropole durable » attendu par le président.

 

Le chef de l’Etat lui a demandé de diffuser largement son rapport et « de lancer un grand débat avec les élus, les institutions, les citoyens », indique M. Castro. L’architecte, qui espère une « mobilisation générale », doit aussi préparer avec le préfet de région une « série de projets » sur lesquels « le président de la République devrait se prononcer dans quelques mois ». En attendant, M. Macron sera à New York lors de la présentation du rapport qu’il a commandé. On aurait pu rêver meilleur portage politique.

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