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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

Roland Castro dans Le Journal du Grand Paris

R. Castro : « Dézoner les territoires, décorporatiser les raisonnements »

Roland Castro met la dernière main au rapport qu’il rendra le 31 juillet au président de la République. L’architecte décrit ses pistes pour bâtir un Paris en grand : centralités intérieures, mobilités fluviales, oasis verte… le Grand Paris de Roland Castro repose sur une logique de projet, décloisonnée, scénarisée.

Votre rapport pour un « Paris en grand » va proposer des centralités intérieures ?

Je pense, par exemple, que l’on peut en effet transformer l’A86 en boulevard urbain, à la fois rapide au centre mais aussi doux et de nature à abriter une urbanité sur ses bords. J’ai participé récemment à une réunion rassemblant les maires des communes situées aux abords de l’A86 pour évoquer sa mutation. L’idée était de dire aux maires présents que leur ville est située au centre du Paris en grand. L’A86 est proche de nombre de lieux majeurs de la métropole. Je n’en ai pas dit davantage. Cela tombait bien, car le Forum métropolitain du Grand Paris a lancé une consultation internationale sur la transformation des autoroutes urbaines en zones urbaines. Les grands esprits se rencontrent… Plus généralement, dans mon rapport, je propose que les questions urbaines soient regroupées par catégories de sujets.

Roland Castro, mercredi 18 juillet 2018, dans ses bureaux rue de Varenne, au ministère de la Cohésion des territoires. © Jgp

Pouvez-vous citer quelques exemples ?

Le port de Gennevilliers, par exemple, peut devenir un de ces lieux majeurs du Paris en grand, s’il devient autre chose qu’un port autonome. En gardant une partie portuaire, mais aussi une partie mêlant à la fois activité et habitation. C’est le plus beau ciel de Paris en grand, tout comme Argenteuil. Il y a là quelque chose de formidable qui pourrait se fabriquer. Pareil pour Rungis, si Rungis change de statut et devient le ventre du Grand Paris, un lieu fréquenté par tous, un site hôtelier très fort avec peut-être de l’habitat, plein de commerces, sans remettre en cause pour autant le Marché d’intérêt national tel qu’il est aujourd’hui. Cela fait également partie des lieux majeurs du Paris en grand. Les Champs-Elysées du Bourget avec une vraie avenue bordant l’aéroport, le parc de La Courneuve, qui concerne sept communes, sur l’aménagement duquel je propose aux maires de reprendre la réflexion, tout comme le site du lac de Vaires-sur-Marne, après Chelles, qui va être très utilisé pour les Jeux olympiques, constituent également des lieux majeurs du Paris en grand.

En même temps, pour le coup, je ne défends pas seulement ces lieux majeurs. Il peut certes y avoir de grandes polarités attractives, en dehors de l’attractivité du centre, mais la grande question du Grand Paris, c’est d’arriver à en finir avec les grands ensembles, en finir avec les quartiers dits politique de la ville. Je parle en l’espèce d’initiatives privé/public pour y arriver, d’intérêt public.

Vous vous intéressez beaucoup aux fleuves ?

Je propose, toujours dans cet esprit, que l’on réunisse tous les maires des communes de la Seine amont, des deux côtés du fleuve, sachant que la Seine de Paris en grand est huit fois plus longue que la Seine du Paris historique. Si l’on veut fabriquer des berges, des ponts, inventer une belle urbanité de fleuve, il faut que l’ensemble des communes des deux rives soit regroupé de façon ad hoc, pas nécessairement administrative. Je parle beaucoup de bateaux sur la Seine. Je reprends des chiffres. Au début du XX° siècle, il y avait 25 millions de déplacements sur la Seine, de Suresnes à Ivry. Les ouvriers allaient chez Citroën en bateau. Il n’y a aucune raison de ne pas retrouver cette culture-là.

Votre rapport aborde la question administrative ?

Pas du tout. Je ne propose aucun regroupement administratif. Je ne parle pas d’administration. Je ne parle que d’assemblées d’élus, liées à des lieux, autrement dit d’assemblées d’habitants représentés par des élus, qui fonctionnent sur des questions singulières. Tous les maires de toutes les communes dans lesquelles il y a un fort, un promontoire ou une route de corniche. C’est ce que j’appelle « lisboniser » Paris en grand, le donner à voir à ses habitants. C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai amené le président au fort d’Ivry, pour lui montrer qu’il y avait là un Montmartre potentiel. Il existe de nombreux endroits comme cela dans Paris en grand. Mais la commande du président était précise, me demandant de ne pas m’occuper d’institutions. Si une logique de projet s’installe, si elle se met à prévaloir, les institutions s’adapteront et la question institutionnelle deviendra moins importante. Je n’opposerai pas l’un à l’autre. J’ai été reçu par les établissements publics territoriaux. Ils m’ont décrit leur mission. Je leur ai dit comment je voyais les choses en tant que poète urbain. Je ne suis pas un fabricant d’institution.

« Il y a un énorme chantier à mener sur les toitures végétalisées », estime l’architecte. © Jgp

Vous proposez de faire du Grand Paris une oasis verte ?

Vendredi 20 juillet, nous réunissons les services des espaces verts des Région, départements, communes pour travailler ensemble, voir comment on peut en effet fabriquer une oasis métropolitaine. Il y a un énorme chantier à mener sur les toitures végétalisées, les constructions neuves, les jardins partagés, l’agriculture urbaine, sur la question de la plantation d’arbres dans le Grand Paris, pour créer une métropole-jardin. Nous avons écrit aux élus pour pouvoir nous adresser directement aux agents qui fabriquent ces espaces verts.

Vous évoquez un téléphérique reliant les collines de Clichy-sous-Bois, de Romainville et des Buttes-Chaumont ?

C’est pour dire simplement que si vous pensez téléphérique, Montfermeil, qui est très loin, se rapproche considérablement. Ce qui est perçu comme lointain est souvent lié à l’histoire, à des histoires. Dans mon rapport, je parle de transport poétique, dont ce téléphérique fait partie. Ce n’est pas un dessin. C’est une pensée.

Le Grand Paris express fait partie des centralités intérieures ?

Evidemment. Le réseau des futures gares du Grand Paris express, c’est les tripes du Paris en grand. J’en parle comme une donnée. 95 % des gens vont habiter à moins de 2 km à pied d’une station. Le Grand Paris express aura des effets sur les mobilités douces, surtout si l’on ajoute des mobilités poétiques comme les téléphériques, les tramways ou les bateaux sur la Seine. Les mobilités pédestres, autonomes, les gyropodes, tout cela va se développer énormément également.

Certains continueraient de militer pour que l’on revienne sur le dessin des gares du Grand Paris express et qu’on les réduise à de simples bouches de métro. Quel est votre avis ?

Mon avis est qu’il ne faut pas bloquer ce qui est en cours. Les dix architectes de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) étaient pour un métro aérien. Il n’est pas aérien. Voilà. Mais je suis pour que, sur cette question-là, on avance. Point.

Vous allez formuler des propositions législatives ou réglementaires ?

Je serais incapable de rédiger un projet de loi, mais je vais dire quel type de loi il faudrait faire. J’ai dit aux parlementaires qu’il était indispensable qu’ils travaillent sur la question. Nul besoin d’être spécialiste pour cela. Tous les gens ont du bon sens urbain, les mêmes répulsions, et parfois les mêmes émotions. Comme Descartes l’a dit, le bon sens est la chose la mieux partagée au monde. Les gens veulent à la fois de la métropole et du village. Et ils nous disent : « débrouillez-vous avec ça ». A part cela, j’explique dans mon rapport pourquoi il faut introduire aussi du « mou ». De même que l’on a créé le droit à l’erreur, il faut introduire un droit à interprétation des textes, arrêter de tout régir par une règle unique.

Roland Castro préconise de redonner toute leur place aux mobilités fluviales. © Jgp

Vous proposez la création d’une école de la pensée ?

Je propose de créer une école de l’urbanité. Qui soit à la fois de haut niveau et complètement ouverte au public, une école d’élus, une école pour les citoyens. Je fais le pari que la question de l’urbanité peut être traitée par tout le monde. Cette question-là doit devenir complètement publique, ce qui n’empêche pas qu’elle soit de haut niveau, à l’instar du Collège de France où les leçons sont ouvertes à tous. J’avance également l’idée que l’on a besoin de scénaristes urbains. Il faut arrêter de penser en termes de zones, zonage, tracés, ZAC, il faut penser globalement, scénariser avant d’architecturer. Je propose également des gymnathèques, mêlant sport et culture, et des cathédrales de l’accueil pour les exilés.

Quel bilan dressez-vous des multiples rencontres menées dans le cadre de cette mission ?

J’ai rencontré plein de gens formidables qui sont un peu chacun dans leur coin. Didier Fusillier, président de la Villette, par exemple, qui souhaite créer des folies de la Villette dans le Grand Paris, idée formidable. J’ai rencontré les paysagistes, les gens de la lumière, de l’énergie, des gens d’institutions diverses. J’ai vu Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, très sensible à la question urbaine, aux lieux où l’on travaille, au chemin qui mène à l’école. J’ai rencontré les parlementaires, mercredi 18 juillet. Je leur ai dit qu’il fallait légiférer, de façon intelligente, sur les plans d’exposition au bruit, sur les questions de zones inondables, qui sont très mal gérées, sur les bistrots interdits près des collèges, sur la transformation de tous les rez-de-chaussée… Je n’ai pas senti d’hostilité, plutôt de la bienveillance, une envie de faire des choses ensemble.

Il faut, comme le dit Dominique Alba (NDR : directrice générale de l’Apur), que les gens discutent entre eux, que les institutions parlent entre elles. Que l’Etat fasse son travail, et que l’on puisse échanger par exemple avec les Voies navigables de France (VNF), afin qu’ils ne s’opposent pas à une hausse du nombre de bateaux sur la Seine. Il faut voir s’il y a des fondements dans l’angoisse vénitienne d’une circulation excessive sur l’eau dans Paris en grand. Tout ça, c’est chez nous, la Seine, le port autonome, les forts, qui n’ont plus de raisons militaires d’appartenir à l’armée.

Quelles conclusions tirez-vous, à l’approche du terme de votre mission ?

Il faut dézoner les territoires et décorporatiser les raisonnements, les manières de faire, démembrer les grands ensembles. Arrêter de raisonner dans des logiques étroites ou de raconter des aberrations, comme la smart city. Il faut être city avant d’être smart. Sur la smart city, on a fait une analyse assez précise, démontrant que la ville doit d’abord être belle avant d’offrir le bonheur absolu de savoir combien d’énergie on consomme, et à quelle heure. Il y a eu la mode des écoquartiers, puis aujourd’hui celle de la smart city. Ces modes absolutisent une question, or la question urbaine n’est pas absolutisable. Je vois Paris en grand extrêmement agricole, avec des jardins dans l’espace, partout, sur les toits, mais cela ne suffira pas non plus. Le Grand Paris dont je parle sera extrêmement vert, contribuant au défi climatique à relever. Mais il reflétera aussi cette idée de plus en plus répandue qui veut que l’économie soit, autant que faire se peut, circulaire. On a rencontré à ce sujet les responsables de supermarchés coopératifs, qui sont des nouveautés dans le champ du commerce.

Il faut réfléchir au cas de La Défense, qui n’a rien produit à Nanterre. Au fil des années, La Défense est devenue un lieu puissant, sans aucun effet à 500 m à la ronde, ni sur l’emploi, ni sur la qualité de la vie. Il faut donc faire vraiment attention à la manière avec laquelle les choses sont faites. C’est le cas pour plein d’actions volontaires, il faut être extrêmement attentifs aux liaisons, à la manière d’articuler, de relier les vides et les pleins.

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