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Pierre Mansat et les Alternatives

Pierre Mansat et les Alternatives

Sous ce titre style groupe de rock des années 60, se cache un blog consacré aux luttes émancipatrices, à la recherche du forum politico/social pour des alternatives, à la critique du système territorial français et à son évolution possible, aux luttes urbaines et au" Droit à la Ville", au Grand Paris, aux relations Paris/Banlieues; aux enjeux de la métropolisation, .......par Pierre Mansat, délégué général de La Ville en Commun, animateur de l'Association Maurice Audin

ITV de Thierry Lajoie, directeur général de Grand Paris Aménagement, dans Le Journal du Grand Paris

Th. Lajoie : « On ne construira pas le Grand Paris à petite échelle »

Dans une interview exclusive accordée au Journal du Grand Paris, Thierry Lajoie revient sur la transformation récente de la gouvernance d’un établissement conduit comme une entreprise. « En 4 ans, notre valeur ajoutée par salarié équivalent temps plein (ETP) a été multipliée par 2 », fait valoir le directeur général de Grand Paris aménagement. Appels à projets innovants, annulation de la ZAC du Triangle de Gonesse, loi Elan… L’aménageur se livre également à un tour d’horizon de l’actualité.

Le conseil d’administration de Grand Paris aménagement s’est réuni ce 12 mars 2018 pour tirer les enseignements de 2017 et préparer 2018. Où en êtes-vous, d’abord, du regroupement et de la gouvernance de Grand Paris aménagement ?

Nous nous construisons. 2017 a été l’année du changement attendu de notre format : la fusion avec l’établissement public d’aménagement de Plaine de France est intervenue au 1er janvier 2017, la fédération avec l’EPA Orly-Rungis-Seine-Amont est en vigueur depuis le 1er novembre 2017, la société publique locale d’aménagement d’intérêt national « Porte Sud du Grand Paris » a été créée avec la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart le 6 décembre 2017. La composition du conseil d’administration de l’établissement a été modifiée, notamment pour intégrer les établissements publics de coopération intercommunale et la métropole du Grand Paris.

Thierry Lajoie, directeur général de Grand Paris aménagement. © GPA

Notre conseil de développement, qui réunit quelque 150 personnalités politiques, économiques, sociales et associatives dont plus de 70 maires et présidents d’intercommunalités, a été mis en place dans l’année, et a désigné Karl Olive, le maire de Poissy, comme président et Alexandra François-Cuxac, la présidente de la fédération des promoteurs immobiliers, comme vice-présidente. Notre organisation déconcentrée, à travers cinq directions territoriales, a été parachevée. Il n’aura pas fallu moins d’une loi et trois décrets pour mettre tout cela en place, et que Grand Paris aménagement succède pleinement à l’ex-AFTRP. L’Etat a été efficace.

Mais la présidence du conseil d’administration de Grand Paris aménagement n’est pas encore stabilisée ?

En effet. J’avais proposé, dans le rapport de préfiguration de Grand Paris aménagement remis au gouvernement en 2015, que soient dissociées la fonction non exécutive de président du conseil d’administration et celle, exécutive, de directeur général. Cette dissociation du mandat de président-directeur général correspond à un standard répandu de bonne gouvernance. Il me paraissait en outre pertinent que la croissance de l’établissement public, qui allait intégrer ou associer d’autres établissements publics dont les conseils d’administration étaient eux-mêmes présidés par des élus, soit l’occasion de porter à sa tête un élu susceptible de l’incarner.

Cette dissociation a été inscrite dans les textes en 2017, d’abord dans la loi relative au statut de Paris et à l’aménagement métropolitain puis dans le décret statut de Grand Paris aménagement. Elle a commencé à trouver à s’appliquer, puisque le préfet Yannick Imbert, secrétaire général aux affaires régionales auprès du préfet de la région Ile-de-France, a été porté dès le 29 novembre puis renouvelé ce 12 mars à la présidence du conseil d’administration, pendant que je poursuis mon mandat de directeur général. Mais elle n’est pas achevée, puisque cette élection de Yannick Imbert est transitoire, dans l’attente des orientations du président de la République sur l’organisation territoriale pour le Grand Paris. Alors seulement, un élu pourra être porté à la présidence du conseil d’administration de Grand Paris aménagement.

S’agira-t-il de Valérie Pécresse, la présidente du conseil régional d’Ile-de-France, qui siège désormais au conseil d’administration de Grand Paris aménagement ?

Il ne revient évidemment pas au directeur général de Grand Paris aménagement de se substituer aux administrateurs de l’établissement public représentant l’Etat et les collectivités, ni aux discussions entre le gouvernement et les élus franciliens, ni au ministre de la Cohésion des territoires qui assure la tutelle de l’établissement public. Il en sera ce qu’ils en décideront. Ma responsabilité se limite à expliquer à chacun ce qui me paraît pertinent pour l’établissement que je dirige.

A ce titre, je fais valoir depuis ma nomination en 2013, et je l’ai écrit dans le rapport de préfiguration de Grand Paris aménagement remis au gouvernement en 2015 et qui a été rendu public, que quel que soit le périmètre institutionnel métropolitain, le périmètre opérationnel de Grand Paris aménagement, lui, est naturellement régional. C’est d’abord une conviction stratégique de l’aménageur. Nous estimons que le Grand Paris est la mise en réseau de polarités de territoires à enjeux de densité et de développement. C’est selon nous un Grand Paris polycentrique qui ne s’organise pas autour d’un centre rejetant les périphéries à ses franges, mais qui se construit de plusieurs centralités reliées entre elles et formant un tout.

Partant de là, il n’y a pas pour nous de Grand Paris sans grande couronne. C’est une conviction stratégique, qui place Grand Paris aménagement en acteur de la cohésion des territoires, mais c’est aussi une position plus prosaïque : Grand Paris aménagement réalise plus de la moitié de son activité, de son chiffre d’affaires et de ses marges opérationnelles en grande couronne, et réduire son rayon d’intervention à la seule zone dense engendrerait un risque de déséquilibre économique pour la structure. Tout conduit donc à la préservation du périmètre régional de notre intervention. Grand Paris aménagement est un établissement de l’Etat dont la vocation est l’aménagement francilien et dont l’ambition est le développement métropolitain.

Quel bilan dressez-vous de l’année 2017 pour Grand Paris aménagement ?

Au-delà de la réussite du changement de format, j’avais fixé trois grandes orientations pour cette année, et je crois que nous y avons satisfait. J’avais d’abord indiqué que nous serions conquérants, et nous l’avons été.

Avec deux nouvelles opérations d’aménagement acquises en concession de collectivités au terme de procédures de mise en concurrence – à Nangis en Seine-et-Marne et Courcouronnes en Essonne -, deux nouvelles opérations d’aménagement ayant fait l’objet de prises d’initiative par l’établissement en partenariat avec les collectivités concernées – à Carrières-sur-Seine dans les Yvelines et à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis – et 13 nouvelles études urbaines qui nous ont été confiées par des collectivités (dans les Hauts-de-Seine à Bagneux, en Seine-Saint-Denis à Drancy et Sevran pour Paris Terres d’Envol, à Pantin et au Pré-Saint-Gervais pour Est Ensemble et pour les communes de Sevran et Livry-Gargan, en Val-de-Marne au Kremlin Bicêtre pour Grand Orly Seine Bièvre et pour les communes de Cachan et Ivry-sur-Seine, en Essonne pour les communes de Corbeil-Essonnes, Grigny et Vigneux-sur-Seine et dans le Val d’Oise pour les communes de Garges-les-Gonesse et Villiers-le-Bel), 2017 a conforté notre engagement auprès des territoires.

A la fin de l’année, le portefeuille commercial consolidé de Grand Paris Aménagement comprend une centaine d’opérations d’aménagement actives ou en développement, et le volume de chiffre d’affaires à terminaison que nous avons acquis et devons réaliser s’élève à 3 milliards d’euros, dont 800 millions d’euros pour l’EPA Orsa et 100 millions d’euros pour la SPLA-IN Porte Sud du Grand Paris. A titre de comparaison, celui de l’ex-AFTRP était de 670 millions d’euros à la fin de 2012. C’est dire que nous croissons.

2018 est en outre déjà reparti sur les chapeaux de roue, puisque le conseil d’administration a approuvé ce 12 mars l’initiative de trois nouvelles opérations d’aménagement, et non des moindres : à Charenton-le-Pont, pour réaliser en Val-de-Marne la grande opération d’aménagement « Charenton-Bercy » de 12 ha, miroir à celle de « Bercy Charenton » à Paris, avec la ville de Charenton et l’EPT Paris Est Marne et Bois, et le lauréat du concours « Inventons la métropole du Grand Paris » Bouygues Immobilier ; à Ris-Orangis et Bondoufle en Essonne, sur le site de l’ancien hippodrome qui n’accueillera finalement pas le projet de Grand stade de Rugby, pour concevoir et réaliser avec les villes de Ris-Orangis et Bondoufle, avec la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart, avec le département de l’Essonne et avec des opérateurs privés, une destination sports-loisirs exceptionnelle, à la fois économique et résidentielle, sur une emprise totale de 200 ha ; et à Villiers-le-Bel en Val d’Oise, pour reconvertir un foncier public de 8 hectares, l’hôpital Adélaïde Hautval.

Ce que cela signifie, c’est que les collectivités franciliennes font de plus en plus confiance à Grand Paris aménagement, que ce soit en concession d’aménagement ou en compte propre. C’est comme cela que nous sommes devenus le premier aménageur francilien. Cela ne nous donne que des devoirs, et aucun droit. Mais j’en conçois une grande fierté.

Vous aimez répéter que Grand Paris aménagement est une entreprise. Quels sont les résultats de « l’entreprise » Grand Paris aménagement en 2017 ?

C’était la deuxième orientation que j’avais fixée pour l’année, en annonçant que nous serions performants. Nous l’avons été. Avec 6 500 logements futurs générés par nos opérations d’aménagement en 2017, 2 800 permis de construire déposés dans nos opérations d’aménagement sur l’exercice, 129 ha cédés pour l’implantation d’activités économiques et un volume de travaux confiés aux entreprises d’un montant de 52 millions d’euros, le niveau de notre production a battu son propre record pour la 4e année consécutive.

Du coup, nos résultats ont aussi atteint des niveaux inédits. Avec 168 millions d’euros de produits et des charges maîtrisées, nous dégageons en 2017 un résultat net positif de 8 millions d’euros et un résultat d’exploitation de 12 millions d’euros. Ces deux chiffres ont doublé par rapport à 2016. Notre Ebidta atteint 16 millions d’euros, notre endettement est limité à moins de 0,6 fois nos fonds propres, notre trésorerie est positive : nous sommes une entreprise performante et compétitive, qui œuvre pour l’intérêt général mais ne perçoit ni taxe ni subvention de fonctionnement, et dont les quelque 200 collaborateurs travaillent dur. D’ailleurs, en 4 ans, la valeur ajoutée par salarié équivalent temps plein (ETP) a été multipliée par 2, passant de 100 à 200 000 euros. Et dans la même période, l’excédent brut d’exploitation par ETP est passé de 0 à 100 000 euros.

Non seulement Grand Paris aménagement est un établissement public robuste, mais la performance est devenue notre marque de fabrique, et je suis fier de ce modèle entrepreneurial que nous promouvons : c’est lui qui permet à nos opérations d’aménagement de cofinancer davantage des équipements publics, comme des écoles ou des gares de RER ; c’est lui qui favorise l’amorçage de nos opérations futures, sans recourir excessivement à la dette ; c’est lui qui facilite notre prise d’initiative d’opérations plus difficiles sur des territoires en réparation, en en assumant le risque. Parce notre modèle économique est vertueux, notre intervention au service des territoires l’est aussi. Cette vision d’une entreprise performante d’intérêt général répond bien à la feuille de route que l’Etat nous a fixée.

Les différents appels à projets, comme « Inventons la métropole du Grand Paris », poussent à la quantité mais aussi à la qualité de l’aménagement urbain. On disait l’AFTRP plus en retrait sur ce sujet. Est-ce toujours un axe de progression pour Grand Paris aménagement ?   

Oui, et la troisième orientation que j’avais ordonnée pour 2017 était, justement, d’être innovants. Nous l’avons, aussi, été. Le renouvellement de nos certifications ISO 9001, ISO 14001 et Emas (European management audit scheme), la progression de sept opérations dans le label « Ecoquartier » de l’Etat (à Ris-Orangis, Ivry-sur-Seine, Villepinte, Trilport, Bessancourt, Aubervilliers et Louvres Puiseux), la distinction HQE-A de cinq opérations (à Bondoufle, Rubelle, Le Vésinet, Saint-Maur et Créteil), la désignation d’une nouvelle opération (à Bessancourt) comme lauréate des 100 quartiers innovants et écologiques par la région Ile-de-France après les trois de 2016, la distinction par l’Union européenne du projet Cycle Terre à Sevran reconnu « Action innovatrice urbaine » dans la catégorie « Economie circulaire », le succès des cinq sites portés au concours « Inventons la métropole du Grand Paris » (à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, Gonesse et Sevran pour Grand Paris aménagement, à Orly et Thiais et à Vitry-sur-Seine pour l’EPA Orsa)… avec d’autres, ces exemples disent que Grand Paris aménagement inscrit pleinement son action dans la transition écologique et numérique des territoires qui contribuent à la fabrication de la ville-monde attractive de demain.

Quand notre partenaire belge Bopro Sustainable Investments propose un démonstrateur d’économie circulaire, le projet « Triango » à Gonesse, il est dans la logique d’une offre tertiaire réversible, adaptable à un véritable parcours résidentiel pour l’implantation des entreprises. Aux Ardoines, la mixité des fonctions économiques et logistiques sur un même bâtiment développée par l’EPA Orsa avec un autre de nos partenaires, Sogaris, répond à la nécessaire mutabilité. A Paris Nord, nous étudions avec Icade un modèle de reconversion des parcs d’activités en voie d’obsolescence, incluant l’hypothèse d’une transformation d’immeubles de bureaux pour d’autres usages, dont du logement si les collectivités le souhaitaient. Au Fort d’Aubervilliers, les démarches d’urbanisme transitoire sont déjà très ancrées dans le quartier. Au Parc de Maison Blanche à Neuilly-sur-Marne, nous déployons une offre de services à la personne à l’échelle d’un quartier entier.

Et nous expérimentons, à travers un appel à projets avec le ministère de la Cohésion des territoires et nos camarades des établissements publics d’aménagement Euratlantique à Bordeaux et Euroméditerranée à Marseille, le « permis d’innover ». Nous sommes déjà sur tous les fronts de la ville de demain.

On vous doit l’invention par l’Etat du contrat d’intérêt national, de la SPLA-IN et de la Semaop Etat-collectivités, et le ministre Jacques Mézard approuvait lors d’une visite de la ZAC des Docks à Ris-Orangis en septembre dernier votre défense d’un « aménagement partenarial » entre les différents niveaux de puissance publique et avec le secteur privé. Qu’attendez-vous du gouvernement à ce sujet ?

Le projet de loi Elan (Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique) du gouvernement porté par le ministre Jacques Mézard et le secrétaire d’Etat Julien Denormandie, d’ailleurs dans une concertation approfondie avec les professionnels du secteur, comporte beaucoup de mesures utiles et en particulier deux grandes avancées pour l’aménagement urbain.

La première avancée conforte l’avènement d’un « urbanisme de projet » de préférence à un « urbanisme de procédure ». Une telle approche est courageuse, car elle demande l’allègement de normes, de procédures, de délais qui enserrent à l’excès l’acte d’aménager et de construire, freinent les projets et limitent l’élaboration commune des projets entre leurs parties prenantes, publiques et privées. Le projet de loi Elan propose dans ce domaine des évolutions importantes. La logique retenue par le gouvernement est non seulement de désépaissir les règles, ce qui est déjà extrêmement satisfaisant, mais surtout d’inverser la logique même qui préside au code de l’urbanisme, en le faisant muter d’une culture de moyens (la fixation de règles pour atteindre un objectif) à une obligation de résultats (la liberté des règles du moment que l’objectif est atteint). Je ne suis pas certain que tous les acteurs aient pris conscience de cette « révolution de la confiance » que cela représente et de sa portée dont ils pourront se saisir.

La seconde avancée renforce un « aménagement coopératif » au détriment d’un « aménagement séparatiste ». Il s’agit de privilégier la réunion des compétences et des énergies autour d’un projet urbain sur la revendication par chacun de l’exercice de sa propre prérogative dans le projet urbain. Dans le Grand Paris en particulier, les grandes opérations d’urbanisme sont complexes et d’autant plus difficiles à conduire (et à financer) qu’elles interviennent sur des fonciers dont la mutation des usages anciens est la clef de voûte.

Le projet de loi Elan propose des « projets partenariaux d’aménagement » (PPA) qui permettraient aux différents niveaux de puissance publique de contractualiser entre eux sur les périmètres, les programmes, les bilans, les modalités et les financements de grandes opérations d’aménagement : c’est particulièrement novateur, parce que cela consacre, sur des échelles qui devront être pertinentes, de véritables opérations d’aménagement métropolitaines dont les contours ne soient pas définis par des périmètres institutionnels mais par un périmètre approprié favorisant la pertinence urbaine et la réunion des conditions de faisabilité de l’opération, ce qui me paraît prioritaire aujourd’hui. J’ai la conviction que ces PPA pourront constituer le support utile de « grands projets pour le Grand Paris » qui transcendent les habituelles frontières territoriales, administratives et même physiques.

Mais cela n’épuise pas la question récurrente du délai de la fabrication de la ville que vous abordez souvent. L’Etat vient de subir un revers avec l’annulation de la ZAC du Triangle de Gonesse par le tribunal administratif. Que vous inspire cette décision ?

L’urbanisation du Triangle de Gonesse est une décision prise par l’Etat et les collectivités territoriales, dont la région Ile-de-France, depuis plusieurs années. Les procédures s’y multiplient, pour réaliser, sur une emprise de 299 ha, un projet d’aménagement qui à la fois préserve l’agriculture et crée de l’attractivité, de l’emploi et de la formation sur un territoire qui en est demandeur. Trouver les équilibres entre l’urbanisation prévue, les projets immobiliers intéressés, et le respect du site, n’est pas chose facile. Nous sommes dans le temps des procédures, pas dans celui des chantiers. Chaque position est légitime, doit être entendue, respectée et, à chaque fois que possible, conciliée. L’Etat, l’aménageur et les investisseurs cherchent en permanence à améliorer leurs projets. Nous allons continuer.

Ce qui est vrai cependant, c’est que plus un projet urbain est vaste et complexe et plus la durée de sa conception et de sa réalisation est longue – jusqu’à 15 ou 20 ans, voire davantage, plus il est difficile à conduire aujourd’hui. Avec la transition écologique et numérique des territoires, l’évolution des technologies et l’irruption de l’économie de la fonctionnalité, immatérielle et servicielle, l’émergence de la ville (et des mobilités) dites « intelligentes » et connectées, nous ignorons beaucoup aujourd’hui des technologies et des usages de la ville à ces échéances là. Cela nous place dans un paradoxe : la réglementation nous demande, dans les études d’impact par exemple, de décrire tout le projet urbain et l’ensemble de ses impacts, ce qui est compréhensible, alors que le grand projet urbain de qualité est aujourd’hui évolutif, adaptable, réversible et mutable, c’est-à-dire celui dont on connaît le début mais dont on ignore la fin au moment où on le commence…

L’idéal serait de réformer la réglementation, pour qu’elle permette de commencer et d’avancer plus vite les grands projets urbains, quitte à ce que des jalons, administratifs et participatifs, donnent l’occasion de rendre compte de l’évolution des projets et de revisiter leur pertinence et leur poursuite à rythme régulier. C’est ce qu’on appelle le « projet processus », qui associe davantage les habitants, qui s’engage plus rapidement mais qui est peut-être moins figé et plus mouvant dans le temps. Ce chantier-là demande une mise en cohérence entre les procédures d’urbanisme et d’environnement qui est très difficile. Le projet de loi Elan pourra peut-être l’engager, à travers ses ordonnances.

Ce que vous dites vaut surtout pour les grands projets d’aménagement urbain, qui ne sont pas si nombreux, même dans le Grand Paris ?

Mais les grands projets urbains sont déjà nombreux dans le Grand Paris, et heureusement. Pour ne citer que quelques-uns de ceux qui concernent Grand Paris aménagement, le Fort d’Aubervilliers, c’est 36 ha. Maison Blanche à Neuilly-sur-Marne, c’est 58 ha. Bercy-Charenton et Charenton Bercy, c’est 90 ha. Sevran Terre d’Avenir, c’est 120 ha. Le terrain PSA et ses abords à Aulnay, c’est 163 ha. De l’hippodrome de Ris-Orangis à la gare RER du Bois de l’Epine, c’est 200 ha. La troisième phase de Paris Nord, qui s’appelle Aérolians, c’est 200 ha aussi. Les Ardoines, c’est 300 ha, et le Triangle de Gonesse c’est encore 300 ha… Toutes sont des opérations d’aménagement inévitablement complexes et longues.

Ces opérations de grande échelle sont cependant indispensables pour fabriquer le Grand Paris, et il en faut davantage encore. D’abord, pardon pour l’évidence, on ne construira pas un Grand Paris multipolaire sans multiplier les polarités – ou alors on considère que seuls comptent Paris, La Défense, Marne la Vallée et Saclay, et on s’arrête là. Ensuite, les territoires méritant réparation et pouvant trouver une destination métropolitaine sont nombreux, et l’aménageur public ne se résoudra jamais à fabriquer un Grand Paris à deux vitesses qui les exclue. J’ajoute qu’il manque beaucoup de logements dans le Grand Paris, et qu’ils doivent être construits dans le recyclage urbain plutôt qu’en extension urbaine.

Enfin, un Grand Paris attractif, ville-monde qui attire les investissements internationaux, les entreprises et la jeunesse et profite au PIB du pays ne se bâtira que si ces grands projets urbains qui le constituent se voient de loin et lui donnent donc une lisibilité forte. Savez-vous qu’un projet d’investissement urbain dans le Grand Paris ne passe la porte du comité d’engagement d’un fonds d’investissement étranger, privé ou souverain, que si son montant est supérieur à 200 millions d’euros ? On ne construira pas le Grand Paris à petite échelle.

Cela renvoie l’image d’un Grand Paris dont la densité et la hauteur font parfois peur aujourd’hui ?

C’est vrai qu’on ne construit pas une métropole sans densité ni hauteur, et que je crains parfois la tentation « faubourienne » d’un Grand Paris uniforme constitué des mêmes immeubles R+3+combles avec chambre de 9 m² qui perpétueraient une certaine idée de la « banlieue », alors que c’est plutôt la densité « haussmannienne » de Paris qui, en essaimant, permettra la fabrication du Grand Paris, ce « Paris en grand ». Mais je crois que tout est affaire de forme urbaine, de qualité de vie et de coût d’habiter, et que l’aménageur doit y être attentif pour convaincre de la pertinence de la mise à l’échelle métropolitaine du Grand Paris.

Forme urbaine, parce que ce n’est pas la densité qui conduit à l’échec urbain, c’est l’uniformité. Les grands ensembles monofonctionnels qui font l’objet de la politique de la ville aujourd’hui sont en moyenne constitués de 50 logements à l’hectare : ils sont peu denses, mais pas attractifs. Alors que le tissu haussmannien est en moyenne composé de 200 à 300 logements à l’hectare : il est un des plus denses du monde, mais agréable et attractif. La différence, c’est la mixité sociale et fonctionnelle et la qualité des espaces publics comme des bâtiments. Ce n’est pas la densité qu’il faut rejeter, c’est l’uniformité.

Qualité de vie ensuite. Plus la ville se densifie et s’élève, ce qui est d’ailleurs une opportunité vertueuse d’économiser le sol, plus elle se caractérise par une mixité fonctionnelle qui peut donner le tournis (habiter, travailler, consommer, se cultiver, se distraire à peu près partout et tout le temps…), plus elle doit respirer pour être agréable. C’est plus que jamais le paradoxe de l’aménageur : nous devons être au moins aussi attentifs à la quantité et à la qualité du « vide » qu’à celles du « plein » : espaces publics, jardins paysagers ou cultivés, superficies libres, usages citoyens, installations éphémères, beautés des lieux, nature et biodiversité en ville, agriculture urbaine… C’est la condition sine qua non de la densité acceptable.

Coût d’habiter, enfin. Si le Grand Paris ne devenait qu’une concentration urbaine et autarcique de populations privilégiées, qui relègue de plus en plus loin nombre d’habitants et leurs familles et prive d’emplois les territoires, il serait un échec. Le parcours résidentiel, et notamment le parcours résidentiel local, permis par la diversité de l’offre immobilière et la maîtrise des prix des logements, sera une clé de la réussite du Grand Paris. J’ai cette conviction très ancrée : le Grand Paris doit loger, pas déloger.

Quelles sont vos priorités pour Grand Paris aménagement en 2018 ?

Avant tout réussir ce que nous avons engagé, parce que nous avons engagé beaucoup, et c’est ce que l’Etat, les territoires comme le marché attendent d’abord de nous aujourd’hui : réussir les projets urbains qui nous sont dévolus, en concession des collectivités comme en initiative propre, pour favoriser partout le développement des territoires, la création d’emplois et la construction de logements, en cherchant toujours à lier la beauté à l’utilité.

Je porterai de surcroît une attention personnelle à trois enjeux importants. Le premier enjeu, si la loi Elan est adoptée par le Parlement dans les termes qui lui sont proposés, sera la préfiguration de premiers « projets partenariaux d’aménagement » pour le Grand Paris. Cette démarche peut concourir à la relance du Grand Paris pilotée par le préfet de la région Ile-de-France, et Grand Paris aménagement sera mobilisé pour que celle-ci soit un succès.

Le deuxième enjeu consistera à contribuer à la réussite des opérations de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (Orcod-IN) en Ile-de-France. 2018 devrait être l’année de l’engagement du grand projet d’aménagement du centre de Clichy-sous-Bois, et nous entendons nous mobiliser auprès de l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif) et du territoire pour sa réussite. Nous allons d’ailleurs mettre en place une organisation dédiée, lisible et efficace, sur cette opération et celles qui la suivront, renforçant encore la pertinence de notre intervention déjà ancienne sur ces sujets. L’Epfif est en droit d’attendre beaucoup de nous, et je veux que nous soyons au rendez-vous. Non seulement les synergies sont naturelles et fortes entre nos deux établissements, mais il y va plus généralement de l’efficacité et de l’exemplarité de l’action publique.

Le troisième enjeu visera à ce que la mission qu’a bien voulu confier le préfet de région Michel Cadot à Grand Paris Aménagement à la fin de 2017, relative à la stratégie d’aménagement entre les aéroports de Paris – Le Bourget et de Paris – Charles de Gaulle, permette à l’Etat d’engager avec les collectivités et les opérateurs les actions nécessaires à la mise en cohérence des projets urbains et au développement de l’attractivité et de l’aménité de cette porte d’entrée de l’Europe continentale si décisive pour le succès du Grand Paris. Le rapport que nous remettrons au préfet à l’été comportera des propositions novatrices, dont j’espère qu’elles seront à la hauteur des attentes de tous les acteurs.

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