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  • : blog consacré au Grand Paris, à Paris Métropole aux relations Paris / Banlieues par Pierre Mansat
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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 14:58

Alors que les élus du Grand Paris éliront leur président, vendredi 22 janvier, Simon Ronai se félicite que la nouvelle métropole ne soit plus un lointain projet combattu avec acharnement par les maires. Conscient que la MGP est encore loin de s'apparenter à une communauté de destin, ce membre du conseil scientifique de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) et spécialiste de géopolitique locale appelle néanmoins à analyser ses potentialités sur le temps long, de manière dynamique.

La naissance de la métropole du Grand Paris (MGP), au 1er janvier 2016, a reçu un accueil pour le moins timoré. Peu associée à sa construction, la grande majorité de la population ignore les objectifs de cette (r)évolution institutionnelle. Elle continue de n’y voir qu’un simple échelon supplémentaire dans le mille-feuille territorial. L’essentiel de la classe politique, comme la presse généraliste, lui assignent volontiers une image de « coquille vide. »

S’il convient que la naissance de la MGP n’est pas synonyme de « grand soir », Simon Ronai, urbaniste directeur du cabinet d’études Orgeco – qui a aidé la mairie de Paris à retisser des liens vertueux avec plusieurs de ses banlieues voisines depuis le début des années 2000 – estime que le regroupement de 131 communes de la petite couronne dans 12 établissements publics territoriaux est un premier pas encourageant.

A quel mal est censée répondre la création de la métropole du Grand Paris ?

S.R : Cette nouvelle structure vise à corriger l’extraordinaire fragmentation institutionnelle qui prédominait jusqu’à il y a peu, encore, en Ile-de-France. In fine, l’objectif n’est pas juste de satisfaire des « professionnels de la politique » recherchant de nouveaux postes, mais de rendre plus juste ce vaste espace aussi interdépendant qu’inégalitaire.

Les réalités socioterritoriales différenciant les banlieues riches et pauvres ont été sans cesse renforcées par l’absence de coopération intercommunale. Faute d’une autorité politique élaborant, à la bonne échelle, des politiques publiques régulatrices, le mouvement de valorisation des sols a eu pour conséquence de repousser toujours plus loin tous les citoyens qui ne pouvaient pas payer, accentuant les inégalités que les décideurs disaient pourtant vouloir résorber.
Bien que largement ignorées du grand public, les conséquences de cette organisation territoriale se sont révélées désastreuses.

Comment expliquez-vous, dans ce cas, le scepticisme entourant sa création ?

Comme ses détracteurs se plaisent à le répéter, la création de la MGP en reste encore à ses tout débuts. La métropole intégrée rêvée par l’Etat et par la ministre de la Décentralisation et de la fonction publique n’est pas vraiment pour demain. Les égoïsmes communaux et autres rivalités territoriales ne s’effaceront pas d’un coup de baguette magique.

Si certains préfèrent voir le verre à moitié vide, il y a tout de même de quoi positiver : c’est une première étape nécessaire. La grande majorité des maires ont aujourd’hui enterré l’idée d’un retour pur et dur aux communes ; tous admettent la nécessité de traiter les questions de mixité sociale, de mobilisation du foncier, de fiscalité locale ou d’implantation des sièges sociaux au niveau métropolitain.

Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour rationaliser le paysage politique francilien ?

Le cœur de la région parisienne n’a rien de comparable avec les métropoles de province, tant par sa taille et sa démographie que par les relations conflictuelles opposant la capitale et ses voisines. Les villes de Boulogne-Billancourt ou celles de Montreuil et Saint-Denis ne sont pas de simples banlieues-dortoir que Paris pouvait avaler. Ce sont de puissantes collectivités de plus de 100 000 habitants disposant d’une tradition politique affirmée, si l’on considère la spécificité de la banlieue rouge, qui s’estimaient donc légitimes de rester autonomes.

Par ailleurs, la gestion des coopérations techniques (transports, eau, etc.) par de grands syndicats a également permis au statu quo politique de perdurer. Rien ne poussait l’Etat – qui craignait, pour ne rien arranger, l’émergence d’un contre-pouvoir – à forcer le débat institutionnel sur ce territoire.

La métropole du Grand Paris a donc, finalement, eu raison des divers clivages politiques et de toutes les autres formes de résistance qui l’empêchaient jusqu’ici de voir le jour ?

Oui, car la MGP est le fruit d’un compromis qui n’a, en réalité, que peu de choses à voir avec le clivage gauche-droite. Les différences de point de vue entre les acteurs politiques étaient importantes, mais il s’agissait bien plus d’un combat entre, d’un côté, les maires d’Ile-de-France – toutes couleurs politiques confondues – et de l’autre, l’Etat – incarné par le préfet de région comme par Bercy – et les parlementaires de province

Face aux pressions extérieures, les élus municipaux franciliens sont parvenus à se fédérer pour défendre leurs intérêts communs. Ils ont imposé leur vision au gouvernement et obtenu des délais supplémentaires pour mettre en place la MGP progressivement.

La bataille pour geler le fonds de péréquation intercommunale et communale (FPIC), alors que députés et sénateurs considèrent la région parisienne comme une poule aux œufs d’or destinée à financer le reste du territoire national, a fini de faire prendre conscience aux maires – y compris ceux n’étant pas de farouches métropolitains – qu’il y avait désormais urgence à collaborer.

Que faut-il attendre de la séquence qui s’ouvrira le 22 janvier prochain, avec l’élection du président de la MGP ?

Il y a fort à parier que cela ne produira aucun bouleversement immédiat ! Contrairement à ce que souhaitaient certains chefs d’état-major politiques et, en particulier, Nicolas Sarkozy, la grande majorité des élus semble vouloir aller vers un mode de fonctionnement consensuel, avec un président de droite, et des vice-présidences de gauche.

Ils devront apprendre à collaborer pour organiser cette nouvelle gouvernance institutionnelle, négocier leurs pouvoirs effectifs et définir l’intérêt métropolitain. De nouveaux clivages, plus politiques, risquent dès lors d’apparaître entre les maires, puisque des questions sensibles seront abordées, notamment celles sur la régulation de la construction de bureaux et de logements ou la péréquation locale.

Cette repolitisation du processus est-il susceptible de mettre à mal l’idée métropolitaine ?

C’est un processus normal et pas forcément préjudiciable à la construction de la métropole. Je ne pense pas qu’il y ait à craindre de ce côté-là. En parallèle du travail administratif et politique, qui commence donc à se mettre en place, de nombreuses initiatives prises en dehors des enceintes institutionnelles participent, en effet, à la crédibilisation de l’idée supracommunale.

Le Grand Paris express, le plan climat, les Jeux olympiques 2024, l’Exposition universelle 2025, comme le livre blanc de l’économie circulaire ou l’extension métropolitaine du Vélib’, sont autant de briques posées ici ou là, accélérant l’émergence d’un véritable projet partagé. A leur échelle, toutes ces dynamiques locales tentent d’amorcer des approches plus transversales, de type métropole inclusive et solidaire.

sur La Gazette.fr

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Published by Pierre MANSAT
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